Bad bitches
♕
Valentina
Bureau privé
Deux jours plus tard
Les chiffres dansent devant mes yeux. Je suis censée analyser ce rapport. Censée le comprendre, le signer, puis passer au suivant. Mais mon esprit refuse de se concentrer. Les lettres floues, les mots distants, comme étouffés par le bourdonnement dans mes oreilles.
Depuis deux jours, je sens les regards glisser sur moi comme des lames de rasoir. Des murmures s'élèvent dès que je passe un couloir. Des sourires ironiques, des conversations qui s'arrêtent trop vite. Et dans chaque silence, j'entends leur question : "Est-ce que c'est vrai ?"
Je sais que ça vient du mercenaire. Celui qui m'a reconnue. Je l'ai vu parler. Je l'ai senti semer son poison. Et maintenant... c'est partout.
Le cuir du fauteuil gémit quand je me redresse. Mes mains sont moites. Mon estomac noué. J'ai la gorge sèche. Et cette peur, insidieuse, rampante, qui me serre le cœur.
Puis, comme si l'univers avait décidé de m'achever, la porte s'ouvre. Sans frapper. Encore.
Audrey.
Je serre les dents. Je reconnais ce parfum trop sucré. Ce claquement de talons sur le sol en marbre. Et ce sourire qui ne l'atteint jamais jusqu'aux yeux.
- Salut, Valentina.
Elle dit mon prénom comme s'il avait un arrière-goût. Je me lève à moitié, machinalement, mais ma voix me trahit.
- Madame Davies. tu voulais quelque chose ?
- Oh, pas grand-chose, non. Juste... discuter. Un peu.
Elle ferme la porte derrière elle et s'approche sans y être invitée. Elle s'assied, croise les jambes. Pose son sac Chanel sur la table comme un trophée.
Je me fige.
Elle me regarde longuement, les yeux brillants d'une curiosité malsaine. Et quand elle parle, sa voix dégouline d'hypocrisie :
- Tu sais, il se dit beaucoup de choses ces derniers jours. Et vu ton silence, j'ai supposé que c'était parce que tu ne savais pas trop comment... gérer.
Je ne réponds pas.
Mon cœur cogne dans ma poitrine. Fort. Trop fort.
Elle continue, plus basse, plus perverse :
- Alors... c'est vrai ? Tout ce qu'on dit ? Que t'étais... une fille enfermée ? Payée pour... satisfaire ?
Je baisse les yeux. Mes mains tremblent. Un frisson glacé me parcourt la nuque. Mes mots restent coincés. Je veux parler. Je veux dire que ce n'est pas ce qu'elle croit. Que ce n'était pas un choix. Mais je n'y arrive pas. C'est comme si ma voix avait disparu.
Audrey le remarque. Et elle jubile.
- Wow. Pas un mot ? Pas même un non ? Intéressant.
Elle se lève, s'approche lentement de moi, se penche un peu, comme pour m'offrir sa dernière morsure :
- T'as peut-être réussi à berner Jayden. Mais crois-moi, ça durera pas. Les hommes comme lui... ils aiment jouer au sauveur. Mais une fois que tout le monde saura vraiment qui t'étais, ce que tu faisais, ce que t'as offert à d'autres... il va pas rester.
Je me fige. Son regard plonge dans le mien.
- Tu crois qu'il va toujours te regarder pareil quand on parlera de toi dans les couloirs ? Quand les gars riront de ce qu'ils savent ? Tu crois qu'un homme comme Jayden supportera que sa femme ait appartenu à tout le monde ? Hmm ?
Elle se redresse, lisse sa jupe avec une arrogance exaspérante.
- Tu devrais pas trop te réjouir de ta place. Elle tient à un fil. Et si j'étais toi, je ferais très attention à ce que je dis. Et à ce que je cache.
Puis elle fait volte-face.
Et elle tombe nez à nez avec Jayden.
Il est debout dans l'embrasure de la porte. Silencieux. Glacial.
Le mug de café qu'il avait dans la main tremble légèrement. Ses yeux ne quittent pas Audrey. Il n'a rien entendu d'autre que les dernières phrases.
Mais c'est suffisant.
- Audrey.
Elle sursaute. Se raidit. Perd aussitôt son assurance.
- M-Monsieur...
- Dans mon bureau. Maintenant.
Il ne crie pas. Il ne hausse même pas le ton. Mais c'est pire. Parce qu'on sent la colère froide. Une tempête sous contrôle.
Audrey hésite, mais elle sort.
Jayden me regarde une seconde, voit mon visage, voit mes mains tremblantes, mon souffle court.
Puis il disparaît à son tour.
Je ne sais pas ce qu'il lui dit là-bas. Mais ça ne dure que deux minutes.
Elle ressort. Pâle. La mâchoire serrée. Les yeux mouillés de rage. Et elle ne me regarde même pas. Elle traverse le couloir, claque la porte d'entrée.
Jayden revient quelques instants plus tard. Son regard est noir.
Il referme doucement la porte. S'approche de moi. Me prend les mains.
- Bébé... pourquoi tu ne m'as rien dit ?
Je secoue la tête. Les larmes me montent.
- J'y arrivais pas. Je... je pensais que si je ne disais rien, ça allait juste passer. Je voulais pas que tu aies à gérer ça encore. J'ai honte, Jayden...
Il se penche vers moi, son front contre le mien.
- Tu n'as pas à avoir honte. C'est eux les ordures. Pas toi. Et si quelqu'un d'autre ose parler une seule fois de ton passé pour te salir, je le vire, je le détru... non, je l'enterre vivant.
Je ferme les yeux. Sa main caresse ma joue. Et je murmure, la voix brisée :
- Tu crois qu'ils auront raison ? Que tu vas finir par me regarder différemment ?
Il se fige. Puis il sourit tristement. Et il dit, tout bas :
- Si tu savais ce que je vois quand je te regarde...
Il m'embrasse doucement sur le front.
- Une reine. Forte. Brisée, oui, mais reconstruite. Plus belle que toutes. T'as pas idée à quel point je suis fier d'être à tes côtés. Et eux ? Qu'ils crèvent dans leur venin.
Je m'accroche à lui comme à une bouée.
Et je respire. Enfin.
VOUS LISEZ
365 jours
عاطفيةMaltraité, trahi aussi mais lui ai moins il s'en ai sortis, avec d'énormes séquelles mais il s'en ai sorti, avec des traumatismes énormes et des problèmes de colère mais au moins tout cela c'est derrière lui. Vendu, torturé, battu, séquestré, maltr...
