15] confusion douce et amère

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Plus les plaisirs vous
sont petits et rares,
moins on se résigne à les lâcher

L'air frais du matin m'avait frappé au visage dès que j'avais franchi le portail. J'étais sorti de la maison après avoir parlé à Valentina. Pas pour prendre l'air, ni pour réfléchir. J'avais fui. Fui la tension, fui la peur que j'avais vue dans ses yeux. Cette peur... c'était la même que celle que j'avais ressentie enfant, lorsque j'avais vu ma mère s'écrouler au sol, sans vie.

Et là, Valentina... elle avait ce regard. Elle était brisée. Et j'avais peur qu'elle ne se recolle jamais.

Je n'avais pris que mon téléphone, les clés de la voiture, et ce bouquet de fleurs que j'avais acheté à la hâte en chemin. Des lys blancs, ses préférés. Enfin, ce qu'elle disait aimer dans mes souvenirs. Maman...

Le vent faisait légèrement claquer ma veste tandis que je me garais dans le petit parking du cimetière. Mon cœur s'alourdissait à chaque pas que je faisais sur le gravier, comme si mes bottes s'enfonçaient dans la terre du remords.

Je m'étais approché de la tombe lentement, comme chaque fois. Comme si j'attendais qu'elle me parle avant que je n'ose parler moi-même.

Je me suis agenouillé devant la pierre tombale, le bouquet à la main. Ma voix a brisé le silence comme une goutte d'eau dans un lac calme :

- Bonjour, maman...

Je dépose les fleurs dans le vase de pierre, puis m'assis à même le sol. Mon dos se courba sous le poids de tout ce que je portais en moi. Mon regard balaya les lettres gravées : Ashley Davies, épouse, mère, lumière éteinte trop tôt.

- Ça fait longtemps que je suis pas venu, je sais. Murmurai-je. J'en suis désolé.

Je pris une longue inspiration, fermai les yeux.

- La vérité, c'est que... je peux pas venir ici sans me rappeler à quel point je t'ai perdue. À quel point rien ne sera jamais plus pareil.

Je passai une main sur mon visage. La gorge nouée.

- Hayden me dirait sûrement d'aller voir un psy... et tu sais quoi ? Il aurait probablement raison. Mais... j'veux pas parler à un inconnu payé pour m'écouter. Je veux quelqu'un qui m'aime pour ce que je suis. Quelqu'un qui reste même quand je suis invivable.

Et, presque malgré moi, un prénom s'imposa à mon esprit. Valentina.

Elle m'avait souri. Et ce sourire... ce foutu sourire valait plus que tout ce que je possédais. Je donnerais n'importe quoi pour le revoir.

Je me penchai en avant, posant une main sur la pierre froide.

- Maman... j'crois que j'ai un problème.

Je ris doucement, nerveusement.

- Enfin, pas un problème de business... là-dessus, t'en fais pas, j'assure. Mais un vrai problème. Un... cœur qui bat trop fort. Trop souvent. Pour elle.

Je restai un moment silencieux. L'émotion me bloquait les mots.

- Ce que je ressens avec Valentina... c'est flippant. Et pourtant, c'est doux. C'est chaotique mais c'est calme. Elle me rend dingue... mais j'veux rester fou, tu vois ?

Je souris tristement.

- Le pire, c'est pas ce que je ressens. C'est que... elle est exactement le genre de femme que je pourrais aimer. Et ça me fout une trouille bleue.

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