56] davies

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La confiance ce n'est
pas un cadeau, c'est une bataille
qu'on mène chaque jour

La maison dort. Enfin.

Le genre de silence qui ne vient qu'après une journée pleine de rires, de chamailleries, de nourriture en excès et de moments doux volés entre les regards. Le genre de silence qui devrait être reposant. Mais pas pour moi.

Jayden dort à côté de moi. Une main abandonnée sur mon ventre, comme s'il voulait me garder près de lui même en rêve. Pourtant, je n'arrive pas à fermer l'œil. Un trop-plein dans la poitrine. Pas de peur, cette fois. Juste... le besoin de parler. D'un truc qui flotte, un poids dans les souvenirs. Et Noah est là. Mon repère depuis toujours.

Alors je me lève. En silence. Enfile un pull, des chaussettes. Je me dis que je descends juste pour cinq minutes. Pas pour fuir. Juste... respirer.

Je le trouve dans le salon, comme je l'avais pressenti. Assis sur le canapé, l'air réveillé depuis longtemps.

- Je me disais que tu viendrais. dit-il simplement.

Je souris.

- Je crois que j'avais besoin de te voir.

Je m'installe à côté de lui. On parle à voix basse. On rit un peu. On partage deux cookies à moitié rassis. C'est simple. Familial. Confortable. Jusqu'à ce que la lumière s'allume.

Et tout bascule.

Jayden est là. Torse nu. Cheveux en bataille. Regard noir. Expression figée.

Il nous fixe. Silencieusement. Pendant un instant, le silence est plus bruyant que n'importe quel cri.

- Sérieusement ? finit-il par lâcher, glacé.

Je me redresse, confuse.

- Jayden.

- Et je suis censé croire quoi exactement ? Je me réveille et tu n'es plus là. Tu t'es même pas donné la peine de me laisser un mot. Et je te retrouve en bas, seule avec Noah, à chuchoter dans le noir comme deux ados ?

Noah se lève, les paumes ouvertes.

- Mec, c'est pas-

- Toi, tais-toi. Sa voix claque comme un fouet.

Je me lève aussi, le cœur serré.

- T'exagères complètement, Jayden.

- Non, je t'ai vue. J'ai vu vos regards. T'étais bien. Trop bien. Plus que dans notre lit, apparemment.

- C'est injuste.

- Ce qui est injuste, c'est de me faire passer pour un abruti.

Je croise les bras.

- maintenant je suis une menteuse ?

- Je dis que tu fais des trucs derrière mon dos.

- J'ai eu besoin de parler, ok ? Et t'étais en train de dormir ! J'allais pas te secouer à trois heures du matin juste parce que j'ai eu une crise existentielle !

Il secoue la tête, les mâchoires serrées.

- Non. Ce que t'as eu, c'est un vieux réflexe. Quand t'as besoin de quelqu'un, c'est lui que tu cherches. Pas moi.

Un silence.

Puis je souffle, amère :

- T'as peut-être raison.

Il ne s'attendait pas à ça. Il recule d'un pas. Moi, j'ai le cœur qui bat trop vite, trop fort.

- Tu sais quoi ? Je vais te laisser seul avec ta jalousie.

Je tourne les talons. Monte l'escalier en tremblant de rage. Et au lieu de retourner dans notre chambre, je bifurque à gauche. Vers son ancienne chambre. Celle qu'il n'utilise plus depuis qu'on dort ensemble.

Je claque la porte derrière moi. Allume la lampe. Et m'effondre sur le lit.

Je ne pleure pas.

Pas cette fois.

Mais je me sens... fatiguée. Vidée.

Et au fond de moi, une petite voix me murmure : tu peux tout supporter, mais pas qu'il te traite comme une étrangère dans la maison que vous avez construite ensemble.

Je ferme les yeux. Demain, il faudra parler. Mettre les choses à plat. Ou tout casser. Mais ce soir, j'ai juste besoin de silence.
Et de distance

365 joursOù les histoires vivent. Découvrez maintenant