Les larmes qu'ils t'ont fait versé,
ils en verseront le triples
♕
Jayden
Le soleil tape contre les vitres teintées de mon bureau, mais la chaleur qui monte dans cette pièce n'a rien à voir avec la météo. C'est l'ambiance. Lourd silence. Concentré. Électrique. Le genre de tension qu'on sent vibrer dans l'air, qu'on reconnaît à l'instinct, comme une bête tapie dans l'ombre.
Je suis assis derrière le bureau, les avant-bras appuyés sur le bois massif, regard rivé sur les dossiers étalés devant nous. Nick est sur le canapé, un pied posé sur l'autre genou, toujours aussi décontracté en surface, mais je vois bien que son regard scrute chaque mot. Chris, lui, tourne en rond. Il tient un dossier noir à la main, le fait claquer contre sa cuisse sans même s'en rendre compte.
- Neuf ans. souffle-t-il finalement. Neuf putains d'années.
Personne ne répond. Il n'a pas besoin de plus. On sait tous ce qu'il veut dire.
Pope.
Notre mentor. Notre frère. L'homme qui nous a sorti de la merde, nous a appris à survivre, à tuer, à penser. Le seul à qui on devait tout. Et celui qu'on a enterré sans jamais comprendre exactement pourquoi ni par qui.
J'ai passé ces neuf années à accumuler des infos, à suivre les pistes qui ne menaient à rien. Puis Chris est revenu. Et soudain, tout s'est accéléré.
- J'ai identifié les deux responsables directs. annonce-t-il en jetant enfin le dossier sur la table. Les ordres venaient d'en haut. Très haut. Mais ces deux-là, ce sont les exécuteurs. Les ordures qui ont fait le sale boulot.
Je me penche et ouvre le dossier. Trois photos. Trois visages. Aucun que je reconnais sur le coup.
- Le premier : Paolo Santino. Tueur à gages napolitain. Utilisé par plusieurs réseaux.
- Le deuxième ? demande Nick, l'air concentré.
- Ernesto Rojas. Ex-lieutenant dans une branche privée de mercenaires en Amérique du Sud. Engagé six mois avant la mort de Pope. Disparu juste après.
Je hoche lentement la tête, grave. Des noms. Des visages. Enfin.
- Et le commanditaire? je demande.
Chris hésite. Il serre la mâchoire, lève les yeux vers moi, puis les repose sur la photo qu'il sort lentement.
- Leonardo Vittorio Garcia Del Rojas
Le nom tombe dans la pièce comme une bombe silencieuse. J'ai à peine besoin d'une seconde pour sentir la gifle.
Garcia.
Je me redresse légèrement, le regard figé sur l'image de l'homme en costume sombre, debout au milieu d'une salle de réception, entouré de sécurité.
Nick, lui, sursaute légèrement. Pas assez pour que Chris le remarque, mais assez pour que je le voie. Nos regards se croisent. Aucun mot. Mais je sais qu'il pense exactement comme moi.
C'est son nom. Le nom de Valentina.
Leonardo. Vittorio. Garcia.
Je l'entends encore me dire, un soir, d'une voix tremblante, son vrai nom complet : Elizabeth Brunetta Valentina Garcia del Rojas.
Garcia. Rojas.
Putain.
Je me lève et fais quelques pas, pour évacuer la tension qui monte d'un coup.
- T'es sûr que c'est lui ? je demande, sans me retourner.
- Cent pour cent. Il a payé. Il a donné l'ordre. Il a effacé les preuves. C'est lui le cerveau derrière l'opération. Un baron discret, mais puissant.
Nick se redresse lentement sur le canapé.
- Il est basé où ?
- Texas. Mais il bouge. Parfois Milan. Parfois à Dubaï. Il finance plusieurs réseaux de drogue, mais il est aussi lié à la traite humaine. Les Reds, notamment.
Je ferme les yeux une seconde. La gorge sèche. Je me revois à la plage, avec Valentina entre mes bras, la voix tremblante, les larmes aux yeux, quand elle m'a tout raconté sur la cellule 365, sur ce qu'elle a subi. Sur les hommes qui l'ont enfermée. Violée. Brisée.
Et ce nom, ce putain de nom, est là, au sommet de cette pyramide de douleur.
Est-ce un hasard ? Ou est-ce lui ? Le père ? L'oncle ? Un lien familial... ou pire ?
Je me rasseois lentement. Pas un mot. Pas une réaction visible. Mais Nick me connaît trop bien.
Il me jette un regard rapide, discret, puis se tourne vers Chris :
- On l'approche comment ?
- Pas tout de suite. On va d'abord neutraliser les deux autres. Les plus accessibles. Puis on resserre l'étau. Quand on aura assez d'infos, on frappera Garcia.
- Et tu veux faire ça quand ? je demande.
- Deux semaines. Maximum.
J'acquiesce sans un mot.
Nick hoche la tête. Mais je vois bien son regard vers moi. On pense à la même chose. Si c'est lui, si ce Garcia est lié à Valentina... alors c'est un tout autre champ de mines dans lequel on vient de poser les deux pieds.
Chris se lève, ferme le dossier, l'air déterminé.
- Je vais me charger de remonter les flux financiers. Vous deux, trouvez-moi des points faibles. Des connexions. Des hommes à retourner.
Il attrape sa veste.
- Et Jayden ?
- Ouais ?
- On va leur faire payer. Pour Pope. Jusqu'au dernier.
Je le regarde droit dans les yeux, et je hoche la tête. Mais dans ma tête, une seule image tourne en boucle.
Valentina.
Et une seule question martèle mon esprit, encore et encore :
Et si c'était son père ?
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365 jours
RomanceMaltraité, trahi aussi mais lui ai moins il s'en ai sortis, avec d'énormes séquelles mais il s'en ai sorti, avec des traumatismes énormes et des problèmes de colère mais au moins tout cela c'est derrière lui. Vendu, torturé, battu, séquestré, maltr...
