33- un torrent de larmes

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Dans la salle du trône du palais, toute vêtue de noirceur, gisait un corps affaibli. Drinn, à bout de force, était enchainé entre deux poteaux par des grosses chaines de fer. Il avait les bras étirés par les chaines, et le frottement constant de celles-ci sur ses poignets écorchait la peau et faisait rougir le fer. La tête baissée et les yeux clos, il attendait que le temps passe, minute par minute, seconde par seconde ; interminable moment. Depuis que le camp avait été décimé par les troupes d'Alda, Drinn avait été enchaîné ici sous la surveillance de sa sœur. Elle essayait depuis lors de faire tourner les vents, qu'il rejoigne ses rangs, mais l'amour qu'il avait pour Adana était trop fort pour elle. Il avait de l'espoir. Mais plus le temps passait, et plus il sentait ses nerfs faillir. Il savait qu'il n'allait pas tenir longtemps contre son ancienne adorable sœur.

Celle-ci entra d'ailleurs de fort bonne heure, et de fort bonne humeur. Elle fity calquer les lourdes portes contre les murs, dans un fracas assourdissant. Drinn n'y prêta aucune attention. Le pas d'Alda se dirigea immédiatement vers lui.

« Comment vas-tu mon cher frère ? »

Drinn ne répondit pas, préférant ignorer cet être répugnant.

« Sache qu'aujourd'hui, je vais te faire une petite surprise. Gardes ! »

En un éclair, quatre gardes arrivèrent dans la salle : deux déchaînèrent Drinn des poteaux, et deux le portèrent à un petit siège de bois près du trône. Trop épuisé, Drinn se laissa faire. Il savait que sa sœur avait élaboré un autre plan pour le faire changer d'avis. Mais il était décidé à ne pas céder, quoiqu'il arrive. Alda fit amener un socle d'or très sophistiqué, représentant trois serpents qui s'entrelaçaient. Il supportait une sphère de verre, de la taille d'une citrouille. Omis sa taille, celle-ci n'avait rien de particulier. Alda regarda alors son frère en s'asseyant ; et Drinn frissonna. Elle avait esquissée un sourire distordu, rictus qui était en tout point malsain. Ce qu'elle avait préparé était vraiment son coup de théâtre. Cela allait plus torturant que toutes les autres tentatives, violentes comme non-violentes, réunies. Un frisson lui parcourut alors l'échine. Il avait pour la première fois peur, peur de subir la pire des choses.

« Vois-tu mon cher, j'ai décidé de te faire plaisir. Je sais que je te malmène depuis ton arrivée, mais sache que j'œuvre pour le bien. Et je... »

Elle fut coupée par un rire, sonore et sarcastique.

« Tu es pathétique, Alda. Comment oses-tu ? Tu ne m'as pas malmené, tu m'as enchaîné, énervé, scalpé, torturé, poussé à bout ! Tu m'as fait du mal ! Et tu penses qu'après cela, tu peux me demander de me joindre à ta cause ? Quelle réponse vais-je t'envoyer au visage, d'après toi ? »

Après cela, il cracha sur la robe de sa sœur. Alda perdit d'un seul coup son sourire malicieux. Son visage se ferma, son teint perdit de la couleur. Des rides de colère de dessinèrent alors sur son front. Elle souffla son frère d'un revers de main. Il se laissa faire. Puis elle continua.

« Tu crois que des gens t'aiment sur ce monde ? Mais quelle stupidité ! Il n'y a que moi qui tienne à toi ! Je vais te le prouver de ce pas d'ailleurs. »

Elle passa sa main droite au-dessus de la sphère de verre, qui se remplit aussitôt d'une fumée blanchâtre. Drinn fut intrigué ; une boule de cristal ! Qu'allait-elle lui montrer ? Il aperçut des formes, d'abord floues et difformes puis peu à peu, elles devinrent nettes. Il vit alors Léo, remplissant une sacoche d'eau et de nourriture. Une vieille dame parlait avec Adana, près de l'escalier.

Drinn crut sauter de sa chaise : il était sans nouvelles d'Adana depuis près de deux semaines, et il craignait le pire ; mais voilà qu'il la voyait vivante, en bonne santé et sans blessure. Comme il était heureux ! Il aurait tant voulu traverser cette boule pour la rejoindre, mais cela était impossible, et il dut s'en résigner. Il aperçut alors la dame, qui lui était inconnue.

« Qui est-ce ?

- Voyons, tu ne la reconnais pas ?

- Je devrais ?

- Bien sur ! Il s'agit de notre cousine ! »

Drinn blêmit alors. Que faisait sa cousine en compagnie d'Adana et de Léo ? Voyant le visage qui se décomposait de son frère, Alda éclata de rire.

« Quel hasard que tes gentils petits amis passent justement dans la maison d'une personne de notre famille !

- Tu l'as fait exprès ! Quelle ordure que tu es ! Depuis combien de temps les suis-tu de ta boule ?

- Depuis le début, mon cher. Mais cela m'amuse tellement ! Pendant qu'eux bravent tous les dangers et frôlent la mort, moi je suis emmitouflée de mon confort royal. Comme ils devraient m'envier !

- Que va-t-elle faire à mes amis ?

- Ce que vais décider. Pour l'instant, les laisser repartir sur leur chemin. Nous verrons ensuite.»

Drinn n'en revenait pas. Sa sœur était vraiment détestable !

« Regarde ! Adana monte à l'étage ! »

Drinn aperçut alors Rydon dans un lit, le bras dans un bandage et le front perlé de sueur. Il semblait souffrir dans un sommeil des plus agités.

« Que lui est-il arrivé ?

- Oh ça ? J'ai envoyé une de mes expériences à leur poursuite, pour qu'il les pousse vers le village de Rida. Cela a mieux marché que je l'imaginait... Il s'est avéré que le sort lancé à cet homme l'ai rendu empoisonné, tuant quasiment sur le long terme tout ce qu'il touche... Comme c'est intéressant.

- Il va mourir alors... Il ne mérite pas une mort aussi indigne, Alda !

- Je me contrefiche de lui ! Seuls Adana et Léo m'intéressent.

- Si je n'étais pas attaché, tu sais ce que...

- Voyons, on ne tape pas sa sœur adoré ! Regarde plutôt ! »

Ne pouvant rien faire, Drinn regarda la boule en ruminant sa colère. Il voyait Adana assise près de Rydon, lui caressant les cheveux. Elle lui fit un baiser sur la joue. Drinn ne put s'empêcher de froncer les sourcils ; la jalousie le rongeait ! Ensuite, Adana sembla hésiter, puis l'embrassa sur la bouche. Ce fut alors le drame.

Il ne pouvait pas croire ce qu'il venait d'apercevoir. Non, c'était impossible ! Adana, l'être de sa vie, venait de le tromper avec Rydon ! Drinn sentit un mélange de rage et de tristesse l'envahir complètement. Comment avait-elle osé ? Il ne pouvait détacher son regard de ce visage désormais étranger. La colère la plus sourde lui révulsait le corps, de son visage à ses pieds. Comment avait-elle osé, cette gamine acerbe, cupide, hypocrite, impulsive, libertine et surtout déloyale et manipulatrice le trahir lui, son compagnon le plus fidèle ? Ses traits ses durcirent alors : des rides de colère lui déformèrent le visage, le rouge lui monta aux joues, ses yeux se plissèrent ; il serra les poings ; et ses yeux, remplis de larmes, déversèrent sur ses jours un torrent de tristesse.

Alda sembla satisfaite de la réaction de Drinn, puisqu'elle sourit malicieusement. Elle se dit alors qu'elle avait réussi.

Drinn, empli de colère et de tristesse, regarda sa sœur. Entre deux larmes déversées, il lui dit alors :

« Je suis avec toi ; tu as réussi... Adana est maintenant mon ennemi. »

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Bonjour bonjour !!!

Comment ça va ? Je sais, j'ai publié le chapitre une semaine plus tôt que prévu, mais voila, un élan d'inspiration et POUF !

Ça a été horrible d'écrire ce chapitre. Drinn n'est pas, à la base, quelqu'un de méchant, mais il fallait pour la suite de l'histoire qu'il change de camp.... Sorry pour ceux qui l'aimaient bien (même si on ne l'a pas beaucoup vu, désolé)

Je suis actuellement en train de me demander si mon histoire ne part pas un peu sur un chemin dangereux... Je ne sais pas ce qu'il va se passer dans la suite !! Hihihi, c'est ça qui est drôle ! Si je ne le sais pas moi-même, cela vous laisse tout le suspense !

Bref, je vous dis à dans deux semaines, pour un nouveau chapitre, et d'ici là, si vous avez des choses à me dire, je suis là ! J'adore parler avec vous !!

Bon, je vous dis au revoir les gens ! Raph'

Le conte des hérosOù les histoires vivent. Découvrez maintenant