ROSE
AUJOURD'HUI
Comme tous les matin, je croise Roger et lui laisse une pièce de deux euros dans le petit gobelet à ses pieds. "Que Dieu te protège" me dit-il à chaque fois. Je marche dans les couloirs du métro jusqu'à atteindre le quai de la ligne 8 pour me rendre à l'Hôpital Européen Georges Pompidou. Je suis bénévole depuis quelques mois au service d'oncologie de l'hôpital.
Pendant une demi journée je vais voir les patients, j'essaye du mieux que je peux d'égayer leurs journées mornes et répétitives. Je les écoute, tout simplement. La plupart du temps, je reste avec eux durant les heures de chimiothérapie. J'accompagne aussi parfois des jeunes patients pendant leur balade, en fauteuil roulant ou à pied. Et quelques rares fois, il est possible de sortir prendre l'air.
Une règle simple dicte ces heures de bénévolats : ne pas s'attacher.
Les infirmières que je croisent me le répète assez, aussi je m'empêche de leur répondre que de toute façon, il m'est impossible de m'attacher à qui que ce soit.
J'arrive à 9 heure et demi au service d'oncologie et je vais, comme à mon habitude, dire bonjour à toutes les infirmières puis je passe dans chaque chambres pour prendre des nouvelles des patients.
Je remarque que le patient de la chambre 122 n'est plus là, les bouquets de fleurs qui ornaient sa chambre encore hier matin ont été retirés, de nouveaux draps sont soigneusement pliés sur le matelas nu et un oreiller les surplombent.
Je ne m'attarde pas plus que ça et me rend dans la chambre voisine.
- Rose ! Tu es là ! crie la jeune fille en face de moi
- Bonjour Lola, comment tu vas aujourd'hui ? réponds-je
Pendant un temps, je n'osais même pas poser cette question, qui me semblait tout à fait déplacé.
- Je suis fatigué... j'ai mal et ça m'empêche de dormir, me répond-elle
Pendant un instant, mon coeur se contracte.
- Tu veux qu'on fasse un jeu ? lui proposais-je alors
- Je suis désolé, Rose. Ma fille doit se reposer, me dit la mère de Lola en entrant dans sa chambre.
- Mais maman ! Je veux que Rose reste un peu avec moi !
- Tu dois te reposer. Cesse donc un peu ces caprices d'enfants.
Lola baisse la tête et ne dit plus un mot. Le regard que me lance ensuite Madame Micheaux est clair ; je dois partir.
Il est bientôt midi, mon service est bientôt terminé, je décide donc de dire au revoir aux infirmières et je me dirige vers l'ascenseur.
Je fais le trajet du retour avec mes écouteurs dans les oreilles, comme toujours.
On me demande parfois pourquoi j'ai voulus faire ce genre de bénévolat. Côtoyer des enfants malades à longueur de journée, m'attacher à eux puis les perdre du jour au lendemain.
Oui, c'est dure. Une sorte de torture perpétrée à longueur de temps. Parfois, certains d'entre eux restent plusieurs semaines, voir plusieurs mois. D'autres sont comme la foudre, momentané.
Mais je mérite ce pincement au coeur lorsque l'un d'eux s'en va. Je mérite la peine et l'horreur que je vois chaque jour.
Je ne vois aucun de ses enfants grandir, et je me dis qu'Ariel ne grandira jamais non plus, par ma faute. Peut-être est-ce pour cela que je suis ici presque tous les jours dans cet hôpital ; pour me souvenir et ne surtout jamais, jamais oublier ce que j'ai fais.
***
Arrivée chez moi, je commence mon rituel.
J'allume une bougie à côté de sa photo posée sur l'étagère en bois juste en dessous de la fenêtre du salon. Le cadre couleur de bronze surplombe l'espace, la photo en son sein m'enveloppe et je me laisse aller. La lumière de la flamme au sommet de la bougie en cire blanche reflète sur la vitre du cadre. Je regarde son visage si jeune, ses yeux rieurs et ses cheveux bouclés. Je ne parviens plus à faire résonner sa voix dans ma tête, elle m'est désormais étrangère et s'échappe à chaque fois que mon esprit essaye de la capturer pour en écouter sa mélodie.
Mon petit coeur... tu me manques si fort, pardonne moi, pardonne moi...
Mes doigts s'accrochent au bois et m'empêche de tomber. La souffrance file dans mes veines.
Au bout d'un moment, je me calme. J'essaye ensuite d'appeler ma soeur. Comme d'habitude, elle ne répond pas. Je ne rappel pas.
Et elle ne rappelle jamais.
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Mes heures, tes jours
Teen Fiction*** CONTENU MATURE 🔞*** Rose, tout juste 20 ans, n'a plus vraiment de vie social ou de cercle d'ami. Et pour cause, même sa famille lui a tourné le dos. Elle est bénévole dans un hôpital et ce travail est presque la seule chose qu'il lui reste. Ce...
