Chapitre 38

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ROSE

AUJOURD'HUI

L'atmosphère de la pièce était chargée d'une émotion particulière. Une sorte d'étau étouffant et froid, terrifiant. J'étais extrêmement mal à l'aise et je ne reconnaissais presque plus ma mère. Elle avait tellement changée. La tristesse avait marqué ses traits, on aurait dit qu'elle avait 10 ans de plus.
A cette sensation de froideur s'ajoutait un sentiment de bonheur assez inattendue.
Ma mère m'avait manqué, je devais bien l'avouer. J'avais envie qu'elle me sert dans ses bras et qu'elle comprenne que ce qui était arrivé n'était que la succession d'évènement que je ne contrôlais pas. L'enchainement malchanceux de détails et de faits dont je n'avait pas imaginé une seule seconde la répercussion.
Il fallait qu'elle comprenne que je n'étais qu'en partie responsable, et que je souffrais autant qu'elle de la perte de mon frère, de mon erreur d'avoir emmené Ariel se jour là en balade, d'avoir oublié de rattacher sa ceinture de sécurité et surtout, d'avoir laissé Quentin entrer dans ma vie.
- Maman, je... commencé-je.
- Attend, me dit-elle durement.
Elle observa la pièce, tournant sur elle même, le visage fermé. Au bout d'un instant, elle reprit:
- Quand tu rentrais tard le soir, tu passais toujours par la chambre d'Ariel. Il t'attendait à
chaque fois. Il ne pouvait pas s'endormir tant que tu n'étais pas rentré, me dit-elle alors.
- Je me souviens, oui.
- Je faisais tout et n'importe quoi pour qu'il s'endorme, et pourtant il me disait : « c'est au
cas où Rose aurait un problème, si je suis réveillé, je pourrais le sentir, si je dors, je pourrais pas » me dit-elle en se rappelant.
Je n'avais jamais entendu ça...
- Et comme si tu le sentais toi aussi, tu venais le voir pour lui montrer que tu allais bien, qu'il n'avait plus de soucis à se faire, continua t-elle. Je ne peux pas t'en vouloir toute ma vie, Rose. Mais je ne sais pas comment toi, tu vas faire pour te pardonner tes actes. Il t'aimait tellement, plus que n'importe qui, et toi tu l'as jeté dans la gueule du loup, cracha t-elle.
J'encaisse ses paroles, après tout, elle a raison.
- Maman, je l'avais emmené avec moi pour une sortie entre frère et soeur. Il me manquait
tellement, j'avais besoin de m'occuper de lui et il avait besoin de passer du temps avec moi ! Tout ça n'était qu'un accident ! Je m'en veux terriblement d'avoir laissé Quentin entré dans ma vie, de l'avoir laissé faire tant de mal, mais je ne pouvais pas faire autrement ! Il avait cette emprise sur moi et je... j'étais faible... avoué-je alors.
- De quoi parles-tu ? me demanda t-elle, confuse.
- Il... il me battait, dis-je en chuchotant. Souvent, il me faisait payer mes erreurs par la violence et je ne pouvais pas le quitter, maman ! si j'avais pu, je l'aurais fais avant ! mais j'avais justement peur qu'il ne déraille complètement et qu'il s'en prenne à nous, à vous ! Ce jour là, je ne savais pas qu'il m'attendait en bas de la maison, il a débarqué d'un coup et à prit le volant, j'ai essayé de l'arrêter, je te le jure, mais il m'a menacé et j'avais tellement peur... je suis si désolée... dis-je en m'effondrant devant ma mère.
- Pourquoi tu n'en as jamais parlé ? on aurait pu éviter tout ça, me dit-elle, imperméable à ma détresse.
- Je... je ne sais pas... je n'y arrivais pas. Et puis, je me disais que je le méritais. Avec toutes les conneries que je faisais... dis-je, honteuse.
- Exactement, toutes tes « conneries » ont tué mon fils. Et ce n'est pas un dîner organisé par ton copain qui va le ramener parmi nous, cracha t-elle sans scrupule.
Ma mère quitta la pièce et laissa un air glacial la remplacer.
Je perdis alors tout espoir de réconciliation avec ma mère, sachant qu'elle allait m'en vouloir toute ma vie. Je fermais les yeux, essayant de retrouver une respiration régulière.
Quelle idée de me faire venir ici, j'allais avoir une bonne discussion avec Aiden.
Je sentais alors la main de mon père sur mes cheveux et celle de ma soeur sur mon bras.
Au milieu des larmes, des sanglots et des étreintes, j'avais au moins retrouvé une infime partie de l'amour de ma famille.

Mes heures, tes joursOù les histoires vivent. Découvrez maintenant