ROSE
AUJOURD'HUI
Depuis une semaine, Marie prenait de mes nouvelles tous les soirs. Elle passait à l'appartement de temps en temps, des fois mêmes à peine 1 heure. Et elle m'appelait souvent.
La veille, elle m'avait avoué qu'elle regrettait la façon dont les choses s'étaient déroulés l'année dernière et elle regrettait aussi de ne pas être venue vers moi plus tôt. Mais je comprenais ; si on s'en tenait aux rumeurs et autres versions qui avaient suivis l'accident il y a un an, j'étais devenu LA personne à éviter, la responsable de ce drame, la fille qu'il ne fallait plus fréquenter.
J'avais accepté tout ça, parce qu'au fond, c'était la vérité.
J'étais une personne horrible, une soeur horrible, une amie horrible. Je ne méritais plus l'attention de personne. Pourtant, Marie semblait sincèrement vouloir ressouder une amitié perdue.
Et cela ne me faisait pas de mal au contraire, mais une pointe de culpabilité me mordait l'âme à chaque fois qu'un éclat de rire ou de joie s'emparait de moi. Je ne méritais pas d'être heureuse, ni même d'être encore en vie après ce que j'avais fais.
Marie m'avait demandé plusieurs fois pourquoi je ne reprenais pas mes études. Je savais qu'avec mes résultats au bac je pouvais aisément intégrer une filière qui me plairait, et dans laquelle j'excellais. Mais comment faire quand aucune motivation, ni ambition ne vous porte ? Il me fallait d'abord retrouvé cette envie de réussir, de faire quelque chose de ma vie autre qu'attendre le jour ou ma famille me pardonnerait, ou je me pardonnerais à moi même.
Par curiosité, je regardais rapidement sur internet qu'elles étaient les démarches pour intégrer une licence, ce qu'il fallait comme documents et quels étaient les derniers délais. Je pouvais encore m'inscrire.
Il était peut-être temps pour moi d'arrêter le bénévolat que je faisais depuis des mois, et me préoccuper un peu de mon avenir.
Je décidais de passer demain à l'hôpital.
J'étais si concentré sur l'écran de mon ordinateur que je n'entendais même pas les coups frappés à ma porte.
Ils se faisaient de plus en plus fort.
Je me précipitais à l'entrée de l'appartement et regardais par le judas qui pouvait bien se pointer chez moi.
C'était comme si quelqu'un, ou plutôt quelque chose, venait d'abattre tous son poids sur moi, m'étouffant, me privant d'oxygène. Je sentais mes membres s'alourdir pour devenir mou et immobile.
Un an que je ne l'avais pas vu, qu'elle ignorait mes appels, que je n'avais aucune nouvelle d'elle.
J'ouvrais la porte sans plus réfléchir.
Caroline se trouvait là, devant moi. C'était presque irréel comme situation.
Ma soeur, qui m'avait tourné le dos en même temps que tout le reste de ma famille, ayant promit de ne plus jamais m'adresser la parole, se tenait là, devant moi.
J'avais presque les larmes aux yeux.
- C... Caroline ? murmurais-je.
- Bonjour, Rose. Est-ce que... je peux entrer ? me demanda t-elle.
J'avais envie de sauter au plafond, et par la fenêtre aussi.
- Biensur ! Je t'en pris, entre.
Je me déplaçais légèrement et laissa entrer ma soeur dans ce si grand, et vide, appartement.
- Tu peux t'installer dans le salon, ou bien dans la cuisine, si tu veux... tu as soif ? Ou tu veux peut-être manger quelque chose ? bredouillais-je.
Caroline sembla confuse.
- Rose... j'ai quelque chose à te dire, me lança t-elle.
- Quoi ?! C'est papa ? Il est malade ? Ou maman ? m'emportais-je.
Caroline secoua la tête et tendis un bras vers moi.
- Vient, on va s'asseoir, me quémanda t-elle.
Une fois installé sur le canapé du salon, et Caroline assise sur le fauteuil en face de moi, elle toussota.
- Je ne sais pas trop comment aborder le sujet...
- Dit moi simplement pourquoi tu reviens me voir au bout de presque une année, répliquais-je.
- C'est juste que... que tu me manquais. Et même si je t'en veux pour ce qu'il c'est passé, tu es ma soeur... et te savoir ici tout seule...
Caroline passa les mains dans ses longues mèches et baissa les yeux.
- J'ai essayé te de joindre plusieurs fois. Pourquoi n'as tu pas répondu dans ce cas ?
- J'avais peur, dit-elle en relevant les yeux vers moi, j'avais peur de ne pas savoir quoi dire, j'avais peur que papa et maman l'apprenne...
Sa franchise me froisse un instant, mais la vérité est ce qu'elle est. Je ravale le sanglot qui monte dans ma gorge. « Ils ne veulent plus jamais te revoir, Rose » est la phrase que Caroline garde silencieuse.
- J'aimerais tant que tout redeviennes comme avant... repris Caroline.
- J'envisage de reprendre mes études, lui dis-je de but en blanc.
- Oh, tant mieux... tu as raison.
- Tu pourrais m'accompagner déposer mes dossiers de candidatures, non ? je lui demande.
Sans crier gare, ma soeur se lève et vient se jeter dans mes bras en sanglotant.
- Je serais ravis de t'accompagner, Rose, chuchote t-elle à mon oreille.
***
Le lendemain, comme prévus, j'étais passé à l'hôpital.
J'arrivais devant la chambre de Lola et attendais un instant avant de rentrer.
Il va falloir que je dise adieu à cette petite fille, et même si je n'en ai aucune envie, je suis bien obligé. J'entre finalement sans un bruit en cachant dans mon dos le cadeau que j'ai acheté à Lola. Celle-ci paraît encore plus fragile que la dernière fois que je suis venu. Elle semble perdu au milieu de son lit immense, son visage creusé plus pâle que jamais.
Lorsqu'elle me voit, elle semble réellement heureuse et cela me fait chaud au coeur. Je m'approche d'elle tout en gardant les mains dans mon dos.
- Bonjour, Lola.
- Je pensais que tu ne reviendrais pas... dit-elle faiblement.
- Jamais je ne t'abandonnerais, tu le sais très bien. D'ailleurs, j'ai quelque chose pour toi, dis-je un sourire aux lèvres.
Ses yeux s'illuminent tout à coup.
- Ah oui ? dit-elle.
Le bruit des appareils médicaux qui l'entourent me parviennent aux oreilles, rassurant mais effrayant à la fois. Je me suis pourtant habitué à eux au fil des jours.
Je pose alors la boite recouverte de papier cadeau sur ses genoux et attend qu'elle l'ouvre.
Elle déchire le papier de ses mains frêle et je réprime un hoquet de douleur. Je sais que l'état de Lola a empiré et je m'en veux de n'être pas passé la voir plus souvent durant ces dernières semaines.
Quand elle découvre l'attrape-rêve au fond de la boîte, elle lance sur moi un regard si empreint de joie que mon coeur semble se remplir. Il se rempli de gratitude.
- Oh, merci Rose ! Je l'adore !
Il empêchera tes rêves de se noircir, et tu pourras être en forme pour continuer ton traitement, lui dis-je.
- Tu sais... des fois, j'en ai un peu marre de devoir rester des heures et des heures allongés sans bouger à attendre que toutes ça m'enlève ma maladie, me dit-elle alors de sa petite voix.
- Pourtant, tu dois continuer encore un peu, Lola. Rappel toi ce qu'on c'est dit : « être patiente et courageuse, pour guérir et être heureuse ».
VOUS LISEZ
Mes heures, tes jours
Roman pour Adolescents*** CONTENU MATURE 🔞*** Rose, tout juste 20 ans, n'a plus vraiment de vie social ou de cercle d'ami. Et pour cause, même sa famille lui a tourné le dos. Elle est bénévole dans un hôpital et ce travail est presque la seule chose qu'il lui reste. Ce...
