Chapitre 10

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ROSE

AUJOURD'HUI

- Putain, Rose ! Ramène toi, j'en ai marre de t'attendre !

- Oui, j'arrive !

Je fume encore une dernière latte et fait passer le joint à contrecoeur.

- Tu fais chier, tu m'as rien laissé, putain. Raph se plaint à côté de moi, et attrape sa bouteille de rhum posée à ses pieds. T'auras pas de cette jolie petite chose pour la peine, me dit-il le regard trouble.

Je pouffe de rire et m'étale un peu plus sur lui ;

- Aller, fait pas ton crevard... je paierai la prochaine fois, répliqué-je.

- Tu dis toujours ça, Rosie.

Arg, je deteste ce surnom !

- Rose, merde ! Je vais finir par te laisser là ! crie Noah sur le pas de la porte, son casque de moto déjà enfilé et le mien sous le bras.

- Ça va, j'arrive. Raph fait encore son perso.

- La ferme, Rosie chérie... glousse t-il avant de prendre une grande gorgée d'alcool.

Je me lève, évite de trébucher sur tous ces corps entremêlés et rejoins Noah à l'entrée de ce trou à rat. Où on est déjà ?

Noah me parle mais ses paroles sont étouffées. J'ai trop bu, trop fumé. La fatigue s'empare de moi pourtant je continu de marcher plus ou moins droit, de tenir sur mes talons hauts et de garder un brin de sourire aux lèvres pour les rassurer sur mon état.

- Oh, je te parle ! me crie soudant Noah.

- Oui, j'ai compris, répond-je sans même savoir de quoi il parle.

- J'en ai assez, j'appelle ton mec.

- Non, putain non ! Mais qu'est-ce qui te prends ? Tu veux qu'il me tue ? Laisse tomber, je vais prendre un taxi.

- Dans cet état ? Hors de question. Vient avec moi, je te ramène.

Mais je suis déjà loin, loin de lui, loin des autres, loin de moi même.

Le chauffeur m'a dragué, j'ai refusé ses avances. Mais il s'est avéré qu'il avait de quoi fumer. Alors, j'ai accepté.

Je me réveil en sursaut. Je suis trempée de sueur et mes cheveux me collent au visage et dans le cou. Merde, ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Les « cauchemars-souvenirs » comme je les appellent. J'ai presque encore le gout de l'alcool et de la drogue dans la bouche. Une nausée fulgurante s'empare alors de moi et je décide d'aller avaler un petit quelque chose.

Je tombe sur mon portable sur la table de la salle à manger et remarque que j'ai plusieurs messages.

Le premier est de Noah. Tiens donc. J'en ai aussi de Marie et, à mon plus grand étonnement, j'ai aussi un message de ma soeur.

Je l'ouvre en premier : « prépare ton CV et ta lettre de motivation, on va te chercher une école aujourd'hui, ;) »

Noah me propose de déjeuner avec lui ainsi que Marie. Apparemment, on aura de la compagnie. J'apprends que deux autres de mes anciens amis vont nous rejoindre ce midi. J'accepte avant de changer d'avis et file me préparer, ma tartine encore dans la bouche.

***

Je rejoins Noah et Marie à Bastille et on décide de déjeuner dans une brasserie boulevard Beaumarchais. Installée en terrasse, j'écoute d'une oreille attentive l'histoire qu'ait en train de raconter Marie. Même les ragots m'avaient manqués.

- Et donc je lui dis, « mais comment tu veux le quitter, alors que vous n'avez jamais été ensemble ? » Et cette gourde me répond « de toute façon, il va regretter de m'avoir quitté». Je te jure, cette fille est complètement à l'ouest, c'est vraiment flippant. Tu penses que ses parents en sont conscient, ou tu crois que je devrais leur envoyer une lettre anonyme du style « lettres découpé dans les journaux » pour le côté psychopathe ? dit-elle.

- On devrait surtout prévenir tous les mecs de Paris que cette fille est timbrée. Ça leur éviterait des ennuis, répond Noah en riant.

- Quoi ? Aller, c'était drôle ! me dit Marie en voyant mon air morne.

Je lui offre alors un sourire exagéré et elle me lance d'une voix un peu plus sérieuse :

- Je sais que tu t'inquiète à l'idée de revoir les autres, mais tu n'as pas à t'en faire. Tu les connais, ils sont compréhensifs et surtout, ils ne se mêlent pas de ce que ne les regarde pas !

Je me rend compte que je ne me suis pas détendu depuis que nous sommes arrivés et j'ai bien peur que cela dure jusqu'à la fin de ce déjeuner. Et le fais de passer une après-midi entière avec ma soeur n'arrange pas vraiment mes affaires.

- Hey... me lance alors Noah en mettant sa main sur la mienne, tout va bien ce passer. Personne ne te posera de question embarrassantes.

Je hoche la tête et boit une gorgée de mon soda.

Peu de temps après, Max et Alice nous ont rejoins. Je les avaient rencontrés à ma première année de lycée et ont avaient vite formé un petit groupe soudé et un peu barré. Après l'appréhension qui avait suivi leur arrivé, je m'étais vite détendu. En effet, personne de posait de questions gênantes, personne n'abordait le sujet. Cela me rassurait en quelques sortes, mais au fond de moi je ressentais soudainement une envie de parler, de faire ressortir tout ces mois de solitude et de confinement, de honte aussi. Pendant un instant, je me suis dis que, étant mes amis, ils accepteraient d'écouter mes confidences. Puis ensuite, je me suis dis que si quelqu'un avait voulu m'écouter, ils se seraient manifesté plus tôt.

J'ai donc décidé de garder tout cela en moi pour encore quelque temps, peu être pour toujours.

Je les ai laissé parlé entre eux, à propos de choses et de personnes que je ne connaissais pas. A propos d'un passé auquel je n'appartenais plus.

Mais la vérité était qu'en réalité, je n'en avait aucun souvenirs.

Et puis, je me suis demandé si j'avais un jour appartenu à un temps, quel qu'il soit.

Perdue dans mes pensées, je regarde sans vraiment voir tout ce flot de passant sur les trottoirs. La discussion perdure à côté de moi, et peut-être devrais-je y prendre part mais une silhouette parmi la foule attire mon regard. Une jeune femme brune au visage ovale et au charme évident passe juste à côté de notre table. J'ai vu son visage, et il m'est familier. Mais impossible de me rappeler d'où ce souvenir me vient. Sans vraiment contrôler mon geste, je tend la main et attrape l'avant bras de la jeune femme. Son visage se tourne alors vers moi et son regard foncé et profond me transperce de l'intérieur. Je l'ai déjà vu... je l'ai déjà vu... je l'ai déjà vu quelque part...

Elle fronce les sourcils et ramène son bras près de sa poitrine, alors je retire ma main.

J'aurais juré avoir vu ses yeux s'écarquiller et ses lèvres se pincer. Peut-être se souvient-elle de moi elle aussi.

Mes heures, tes joursOù les histoires vivent. Découvrez maintenant