Chapitre 46

744 52 0
                                        

ROSE

Un pur ravage.

Tout mon être n'était que ravage.

Cela faisait au moins une heure que Noah me berçait, me serrait contre lui pour endiguer ma tristesse, ma peine et mon désespoir. Il me répétait des mots réconfortants, encore et encore. Sans cesse. Mais rien n'y faisait.

Tout remontait, l'accident, Aiden, ma mère, Quentin, tout remontait à la surface pour tout ravager sur son passage.

Je n'étais que désolation. Noah se leva une énième fois pour aller chercher le peu de mouchoir qu'il restait dans tout l'appartement.

Le vide qu'il laissa dans son sillage en me laissant seule réveilla en moi une sensation particulière. C'est à ce moment là que je l'ai senti.

Ce besoin irrépressible et insoutenable d'en finir avec moi même, avec cette vie qui ne voulait décidément pas de moi. Cette Terre qui ne voulait plus me porter. Cet Univers qui s'acharnait à me faire souffrir.

Comme hypnotisée par un besoin surhumain de me faire du mal, je me rendais dans la salle de bain attenante à ma chambre, prit un rasoir et arrachait l'embout pour en faire sortir les lames qu'il contenait. Trois petites lamelles fines et argentées se présentaient à moi et je pris la plus abimées.

Comme moi.

Je plaçais la lame sur la peau fine de mon poignet gauche et commençais à appuyer. Ma douleur se matérialisa devant mes yeux, puissante et sombre. Je pouvais presque la prendre dans mes mains. Impossible d'endiguer le flux d'émotion qui me parcourait alors, je m'apprêtais à entailler ma peau quand je sentis deux bras puissant me tirer en arrière. Ma tête cogna sur la poignée de la porte en verre de la douche et mon corps frêle retomba au sol comme un animal mort. Les yeux ouverts, j'observais un Noah désemparé et hors de lui. Il me criait des choses que je ne pouvais entendre, les lames et le rasoir démonté dans les mains. Je vis des larmes perler sur son visage et pourtant, je regrettais qu'il m'ai arrêté.

L'ampleur de ce que je m'apprêtais à faire s'abattis sur moi et je repris conscience. Je tentais de me redresser et Noah fondis sur moi. Enfin, sa voix parvenait à mes oreilles.

- Rose... Rose... sanglote-il.

- Pardon Noah, excuse moi... pardon...

Je me confondais en excuse et il prit mon poignet. Un petit point rouge, dont une perle rouge s'échappait discrètement, sur le côté de mon poignet témoignais de ce que je m'apprêtais à faire, mais il était arrivé à temps.

Il expira tout l'air contenu dans ses poumons et me serra contre lui d'avantage.

- Ne refais jamais, jamais ça. Tu entends ? m'implore-t-il en me regardant droit dans les yeux.

Je hochais la tête, muette, en sentant la plaie à l'intérieur de moi s'ouvrir toujours plus. Le venin imprégnait mon sang, mes os, mes muscles, et je savais à cet instant que j'étais perdue. Jamais je n'arriverai à remonter la pente, et cette idée acheva mon existence.

Noah entrepris d'embrasser chaque recoin de peau de mon visage, de mon cou, comme pour s'assurer que j'étais bien là. Ses lèvres chaudes masquaient la froideur de mon corps, mais même un feu ardent ne pouvait en rien ramener la moindre chaleur à mon coeur.

Noah avait décidé de rester dormir chez moi, pour me surveiller surement. Il avait collé un fauteuil à mon lit et me veillait toute la nuit. Aucun de nous deux n'avait vraiment fermé les yeux, mais aucun mot n'étaient sortis de nos bouches. Un silence réconfortant, certes, mais une solitude amer malgré tout.

Mes heures, tes joursOù les histoires vivent. Découvrez maintenant