30 | Le sérum, l'explication

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Lorsque je m"éveillai, un mal de crâne s"évertuait à m"asséner des coups de massue mentale. J"étais allongée dans le le lit que je partageais avec Dave, j'en reconnaissais l"odeur des draps. En revanche, je ne parvenais pas à ouvrir mes paupières, elles étaient si lourdes, si lourdes... Je sentis une main me caresser l"avant-bras et je sursautai. En deux temps trois mouvements, j"étais assise dans le lit, les jambes ramenées contre ma poitrine, les paupières toujours fermées. Je sentais des larmes couler sur mes joues et mes yeux brûler.

Une voix douce, celle de Kyhan, atteint mes oreilles avec un temps de décalage.

« Thalia, c"est bon. Tu peux ouvrir les yeux, maintenant. J"te préviens, ça risque de piquer fort, au début. »

Je m"efforçai d"écarter tant bien que mal les extrémités de mes paupières. Mon œil droit s"ouvrit en premier. L"œil gauche, quant à lui, peinait à s"entrouvrir. Je sentais une douleur comme je n"en avais jamais connu traverser le globe oculaire. Les filets de la panique se refermèrent sur mon cœur lorsque je me rendis compte que tout ce que cet œil ouvert parvenait à m"offrir, c"était la vision d"un noir infini. Je sentais l"étreinte de la peur se refermer de plus en plus sur moi, et je me mis à sangloter comme une enfant, la tête enfouie au creux de mes bras croisés sur mes genoux.

La main de Kyhan s"était posée sur mon épaule, cette fois.

« Thalia. Je suis désolé, mais "faut que tu me regardes ! » dit-il un peu trop fort.

Je relevai la tête vers lui, et la vision de mon aile de nez droite au milieu de mon champ de vision me fit verser quelques larmes de plus.

« Bordel de merde ! »

Kyhan me lança un regard brillant.

« C"est pas forcément définitif, ok ? T"as une chance sur trois que ça foute le camp. Perds pas espoir. »

Sa main s"était crispée sur mon épaule et je peinais à garder les yeux ouverts pour affronter son regard.

« Reste là. J"vais appeler Dave. »

Lors de l"opération, Kyhan avait fait sortir mon compagnon de la pièce. Il m"avait branchée à toutes sortes de machines sans que je n"y comprenne rien, puis il avait fait couler une larme violette dans mon œil gauche, et après ça, je ne me souvenais de rien. C"était plutôt bon signe, que je me souvienne de tout ça. Je me rappelais de toutes nos conversations, excepté le sujet même qui en avait animé l"existence. Je ne me rappelais plus de ce que j"avais oublié, je savais simplement que c"était quelque chose que j"avais effacé volontairement.

A mon avis, Kyhan était en train de parler avec Dave, car ils ne semblaient pas apparaître sur le pas de la porte, qui n"était pas loin du salon. Je bataillais pour garder les yeux ouverts, et mes pieds se mirent en mouvement d"eux-même. La porte ouverte me faisait de l"œil. D"un pas précipité, je me dirigeai vers la salle de bain, sans me soucier de savoir si Dave et Kyhan m"entendaient le faire.

Le petit miroir face à moi me renvoyait une vision d"horreur. J"avais les traits tirés, le visage blafard, des yeux rouges soulignés de larges auréoles violacées, mais le pire dans tout ça, c"était l"apparence de mon œil gauche. Il était recouvert d"un voile blanchâtre qui ne laissait aucune place au doute. J"étais atteinte de cécité.

[...]

Lorsque la porte s"ouvrit, Samir s"écarta d"un bond. Soudain, il ne put s"empêcher de grimacer. La lumière du couloir était venue inonder sa cellule, elle qui n"en avait pas réellement vu depuis que la porte s"était fermée derrière lui cinq mois auparavant. L"excitation faisait trembler les membres du jeune homme, et ses yeux clignaient frénétiquement, s"habituant difficilement à la luminosité. Peu à peu, il put discerner une silhouette située en avant par rapport aux autres. Elle était en contre-jour, et Samir peinait à reconnaître la personne qui se tenait devant lui. Ce ne fut que lorsque le soldat s"avança vers le prisonnier que ce dernier parvint à savoir qui il était.

C"était Adrian, le meilleur ami de Thalia. Maintenant que ses yeux s"étaient réhabitués, Samir détaillait l"apparence de cet homme qu"il considérait comme un possible allié dans la quête de sa belle. Adrian avait beaucoup changé depuis son internement. Il avait l"air fatigué, une barbe de trois jours sur le visage et les yeux rouges. Sa voix grave fit trembler Samir de l"intérieur. Entendre une autre voix que la sienne lui coupa la respiration. Il s"était tellement parlé à lui-même qu"il doutait même que ce soit une réelle voix et non pas une manipulation de son esprit. Après tout, il avait entendu celle de Thalia, mais Samir le savait, Samir était certain que ce n"était que le produit de sa folie.

Cette fois, quand l"homme en face de lui avait ouvert la bouche, il avait prononcé des mots que Samir ne lui aurait pas attribué de la même façon, et il avait une apparence moins fantomatique que tous ceux qui étaient venus visiter la cellule du brun. Il laissa échapper un imperceptible soupir de soulagement.

« Prisonnier numéro 751, nous vous demandons de nous suivre sans opposer de résistance. »

A n"en pas douter, Adrian était resté tel que Samir l"avait toujours connu : rigoureux, obéissant. Bien qu"il s"y soit attendu, le fait qu"il le nomme par son matricule de détention et non pas par son nom de famille l"avait heurté. A ses yeux, il n"était sans doute désormais plus qu"un traître pour lequel toute attention face à sa dignité humaine n"avait pas lieu d"être.

Il avala difficilement sa salive, et chevrota :

« Je suis libre ? »

Adrian avait été rejoint par un camarade, qui lui, semblait se ficher des apparences solennelles. Il s"était accoudé sur l"épaule du meilleur ami de Thalia, et un rire tonitruant de sa part avait répondu à la question.

« Oui et non, mon gars. C"est une affaire de perspective. »

Samir fronça les sourcils. Il lui semblait évident que Jordan allait lui demander beaucoup en échange de sa liberté, mais il était prêt à en payer le prix.

« Une affaire de - »

Adrian le coupa d"un signe sec de la main. Il dégagea par le même coup le coude du blond qui s"était appuyé sur lui. Ce dernier lança un dernier regard mauvais à Samir tourner les talons en crachant dans un rictus :

« Paye le prix de la trahison, salaud ! »

Les narines d"Adrian frémirent.

« Dans le rang, soldat ! »

Samir commençait à paniquer. Adrian vint le menotter, et lorsque dans un halètement rauque le brun demanda ce qui allait lui arriver, l"ami de Thalia le poussa hors de la cellule et lui répondit à l"oreille.

« Tu es condamné à mort. »

[...]

Holà la populace ! Comment allez-vous ? Oui, je viens vous checker au milieu de votre lecture. Oui, vous pouvez parler de vos déboires amoureux dans les commentaires si vous voulez. Mais sinon, je voulais juste savoir si vous aviez des remarques par rapport à comment avance le récit. J'essaye d'introduire du suspense et de développer des intrigues intérieures en ce moment. Est-ce que le récit bouge suffisamment ?

Par ailleurs je m'excuse de l'irrégularité complète des jours où je poste, mais pour tout vous dire je suis en train de boucler les derniers chapitres de l'histoire et je viens tout juste de reprendre les chapitres là où je m'en étais arrêtée à la base.

INTEBIANOù les histoires vivent. Découvrez maintenant