"T'es mal élevée"

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- Bon alors écoutez-moi bien les mollusques ! Il est 8h et ce matin on fait un sprint sur 100m. Vous êtes notés sur le placement des bras et le déroulement des jambes. Ce n'est pas une compétition entre vous ! J'aimerais quand même que vous alliez chercher le chrono ! Une personne dans chaque couloir allez, allez !

EPS. Normalement c'est l'une de mes matières préférées mais quand ça tombait le lundi à 8h, ça n'était pas vraiment agréable. Le petit-déjeuner était encore en cours de digestion et je n'étais pas réveillée à l'instar de mes camarades. Sarah avait dormi à la maison le restant du weekend, participant aux "samedi-ménage" en musique. Mon père nous avait emmené faire du bowling où j'avais évidemment perdu.

Nous nous levions tous, encore endormis pour nous éparpiller sur le tartan en commençant les échauffements nécessaires. Mike était sur le banc, ne pouvant pas faire sport pendant sa période d'ostéopathie.
Le prof qui s'était placé en ligne d'arrivée souffla dans son sifflet avant de dire tout haut :

- Ok sur les starting-blocks je veux : Laïla, Clarisse, Emma et Tess.

Le prof sembla hésiter quand il posa ses yeux sur ma soeur et moi. Il fut soulagé de ne pas avoir à nous différencier quand je m'avançai en traînant des pieds. Je me plaçai entre Laïla et la fille qui semblait être Emma en posant mes doigts gelés sur le tartan humide.

- Salut, me dit Laïla.

- Tu perds ton temps, grognai-je.

- Moi aussi je vais très bien, merci.

Je ravalai un sourire narquois à sa répartie.

- Prêtes ?! cria notre prof.

Cinq secondes s'ensuivirent avant la détonation du starter. Je poussai sur la pointe de mes pieds et redressai mon buste, relevant la tête vers l'arrivée. Je vis Laïla prendre de l'avance sur moi tandis qu'Emma et Clarisse se disputaient la troisième place. Je canalisai ma respiration autant que je pouvais, poussant sur mes pieds à chaque impulsions. Je me rapprochais de Laïla petit à petit mais pas assez pour passer la ligne d'arrivée avant elle.

- Et top ! Laïla première avec 11"38 excellent. Ensuite Tess 11"40. Clarisse 12"23 et Emma 12"30. C'est bien les filles. Faites un tour de terrain en détente.

Je reprenai mon souffle en me tenant les côtes pour essayer de diminuer les points de côtés qui m'assaillaient. J'étais vraiment déçue que Laïla m'aie battue aussi facilement. Je détestais perdre et encore plus contre elle. Ma gorge était sèche, mes poumons en feu, j'avais l'impression que mes jambes allaient me lâcher. Quelque chose d'encore plus étrange : mon tatouage me brûlait me provoquant une douleur derrière l'oreille. J'y passai les doigts, effleurant ma peau brûlante en grimaçant.

Laïla s'était assise sur une des nombreuses pierres qui longeait le stade. Elle ne semblait nullement fatiguée. Disgracieusement, elle s'essuya le nez en reniflant.

- Tu devrais pas rester assise, lui lançai-je.

Elle releva les yeux, gardant le silence un moment. Elle essayait de discerner de l'ironie dans ma voie.

- Pourquoi ?

- Tu vas avoir des crampes. Il faut que tu marche.

Qu'est-ce qui me prenait de donner des conseils à cette fille. Elle incarnait tout ce que je haïssais. Quelques crampes en plus finaliseraient la liste.
Malgré l'hostilité présente dans ma voix, elle se leva à mon grand étonnement et chemina à mes côtés en silence, les mains dans les poches. La petite voix de ma soeur me revint en tête, sociabiliser avec elle, était-ce vraiment une bonne idée ?

- La prochaine fois je te défonce, suis-je alors en shootant dans les gravillons.

- Rêve pas trop.

Je souris légèrement par politesse et ne cherchai pas à échanger davantage avec elle. Nous arrivâmes au robinet que Laïla prit d'assaut, buvant l'eau avidement. Ses cheveux pendaient dans le vide, passant parfois sous le jet d'eau qui les embrumèrent. Elle poussa un grognement exaspéré et tenta tant bien que mal d'éloigner sa chevelure de l'eau.

- Ça serait trop te demander un élastique Johnson ?

Elle était penchée face à moi, tenant ses cheveux d'une main, l'autre suspendue en l'air. Je levai les yeux au ciel avant de lui passer l'élastique tenu à mon poignet droit. Elle le prit machinalement.

- De rien, grognai-je.

- Tu ne veux pas un massage non plus ?

Cette fois-ci, je ris à sa blague entraînant le sien. Ça ne dura que quelques secondes avant que je me reprenne aussitôt.

- T'es mal élevée Laïla.

- Et toi t'es chiante Tess.

Je lui tendis mon majeur en croisant les bras. Elle rit puis pencha la tête pour rassembler ses cheveux.
Et là ce fut comme la foudre dans mon corps. Je reculai jusqu'à percuter le mur du bâtiment qui abritait les vestiaires.

- Ça va pas ? demanda la blonde en s'essuyant la bouche.

Un chignon ornait maintenant sa tête, laissant échapper quelques mèches sur ses épaules. Je sentais le froid me monter aux yeux. Laïla s'approcha en me jaugeant du regard.

- Eh Tess, qu'est-ce qu'il se passe ?

Je me passai les mains sur le visage en gémissant d'horreur, refusant de voir la vérité en face. Mes mains devenaient moites et je manquais d'air.

- Tess ! Arrête tu me fais peur là.

Elle me secouait les épaules. Sa voix se faisait plus ferme laissant transparaître de l'inquiétude.
Il fallait que ce soit elle.

- Va-t-en, soufflai-je avec difficulté.

- Tu veux que j'appelle le prof ? Tu ne te sens pas bien ?

Je la poussai violemment. Elle laissa échapper un hoquet de surprise en tombant sur le dos.

- Putain mais t'es tarée ! C'est toi qui as un problème !

Elle se releva, secouant ses mains trouées de gravier et tapotant son survêtement blanchi. Je l'entendis soupirer. Je me laissai glisser contre le mur. Je hurlai mentalement, appelant May à mon secours. Ma tête tournait, le monde tournait. Laïla disparut au coin du bâtiment d'un pas énervé, laissant place à May qui parut surprise de la voir provenir du même endroit que moi. Elle accourut vers moi en s'exclamant :

- Tess ! Merde, ça va ?

Elle s'agenouilla face à moi et je me jetai dans ses bras. Ses mains me caressèrent le dos doucement ce qui eu pour effet immédiat de me calmer.

- C'est à cause de Laïla ? Qu'est-ce qu'elle t'as fait ?

Elle me prit la tête entre ses mains, la faisant pivoter pour détecter d'éventuels bleus.

- May stop, dis-je en me dégageant de ses inspections, c'est Laïla. Elle est comme nous.

- Comment ça ?

Je respirai un grand coup avant lui montrer mon tatouage du doigt.

- Elle a Oméga.

Un(lim)itedDes histoires addictives. Découvrez maintenant