MADISON
Je deviens dingue, c'est horrible, cette attente... dans ce bateau qui ressemble à un coffre fort... Mathis ne reprend pas connaissance... je ne peux rien faire d'autre que de faire confiance aux médecins à bord... ici, tu peux pas traverser la rue et aller demander un deuxième avis...
J'ai bricolé une écharpe de portage avec un drap volé à la laverie... et là, j'ai laissé mon mari, shooté de médicaments avec Mathis.
Océane et moi, nous déambulons le long du pont. C'est vraiment immense un porte avion...
Nos fringues avaient trop souffert, nous sommes en tenue militaire, j'ai l'air maline en treillis à balader mon bébé au milieu du balai des hélicoptères de secours... Au loin, je vois la terre, il y a de la fumée, Ben dit que les gens s'entre-tuent pour une bouteille d'eau, que chaque vol de distribution de nourriture finit en émeute et qu'il y a énormément de gâchis... Pourquoi sommes nous une espèce qui ne sait pas s'entraider?
Nous avons eu beaucoup de chance que Debbie nous géolocalise et que Ben vienne nous chercher, nous pourrions être encore là bas... Cam dit que les bandits ont pris les choses en main... Il ne restera sûrement pas grand chose de notre paradis, du complexe et du joli village de pécheurs voisin...
Un militaire arrive en courant. Il me fait peur mais s'excuse tout de suite.
- madame Malket, il faut retourner à votre cabine, votre fils s'agite.
Ohhhhhh.
Je cale bien mon petit poisson contre moi et me dépêche autant que mon dos me le permet. Taïs est assis près de Mathis, il lui tient la main. L'infirmière me sourit et me rassure. A part quelques palpitations et son agitation, il va bien.
Ben arrive avec un plateau de nourriture... des laitages, de la soupe et à boire...
J'ai gardé la petite dans son écharpe, je m'assois à la tête du lit. Taïs tend le bras et presse tendrement ma main.
- maman, maman...
Mon homme récupère le bébé et moi, je passe mon bras autour de mon fils.
- ça va aller...
- maman... est ce que Océane est partie?
- elle est là, regarde, elle ne va pas partir, pas sans toi, moi et maman, elle est notre enfant, autant que toi, elle reste avec nous... répond Taïs.
- et elle va bien, elle a fait pipi sur Taïs ce matin quand il lui changeait la couche.
Bon, mon homme me fait les gros yeux mais Mathis sourit.
- j'ai soif maman.
- regarde, Ben a porté tout ce que tu as droit de te mettre dans le ventre... de l'eau fraîche, de la soupe tiède et un yaourt...
- de l'eau, s'il te plaît.
Je lui soutiens la tête et lui présente un verre, il doit boire doucement. Comme toujours, il fait sérieusement ce qu'on lui dit. Il refuse la soupe mais accepte un yaourt.
L'infirmière arrive avec le médecin. Ils s'occupent d'abord de la jambe de Taïs. Les antidouleurs commencent à faire effet. Ils l'aident à se lever... il peut poser le pied par terre sans souffrir. Il aura donc des béquilles à la mode américaine, longues où on passe le bras au milieu. Il teste le truc et valide, ouais, il peut avancer sans douleur. Bonne nouvelle.
Océane y passe ensuite, comme tous les jours depuis notre arrivée, ils la pèsent, l'auscultent, écoutent son cœur et ses poumons. Tout va bien, pour un bébé sauvé d'un tsunami c'est un miracle qu'elle n'aie pas d'eau dans les voies respiratoires.
Mon dos ne les inquiètent pas... les anti inflammatoires vont faire effet. Nos plaies sont en meilleur état, mais, nous ne devons pas arrêter les antibiotiques vu où nous avons trempé pendant des heures...
Le tour de Mathis arrive. Ça dure assez longtemps. Ils testent ses réflexes, sa vue, ses oreilles... et le déclarent en bonne santé!!!!!!!!
- si je vais bien, est ce que je peux tenir ma petite sœur? En faisant bien attention.
- oui, oui bien sur. C'est une super idée.
Taïs me la passe et, moi, doucement, je la pose dans les bras en panier de son grand frère. Il la tient maladroitement, je m'assure que sa tête est bien calée et je les laisse s'organiser.
- tu es belle... tu ressembles à une petite, toute petite, princesse... je m'appelle Mathis et c'est moi, ton grand frère... pour toute la vie...
Océane ne bouge pas, on dirait vraiment qu'elle l'écoute, je suis persuadée que c'est le cas, elle a ses yeux dans les siens et ils ont tous les deux des mines sérieuses...
- tu as du avoir très peur, mais c'est fini, moi aussi, j'ai eu peur, on a le droit d'avoir peur, même de pleurer, ne t'inquiète pas Océane, Papa et maman veillent sur nous... tu peux grandir tranquillement...
Ma main a cherché celle de mon homme, c'est une scène vraiment belle... vraiment sincère...
à présent, notre petit homme a les yeux qui se ferment... il doit digérer et le peu de force dont il dispose a du mal à gérer.
- allonge toi, mon ange... regarde, ta sœur a l'air fatiguée aussi... je vais la coucher tout contre toi, comme ça elle n'aura pas peur, ni froid.
Je vérifie que son lit est bien plaqué au mur, et dépose le bébé entre lui et le mur. Il se place précautionneusement et on rit en voyant Océane tacher maladroitement de se nicher contre lui. Il a les yeux comme des soucoupes, notre petit garçon, en la regardant faire.
Et bim, les deux s'endorment avec un bel ensemble!
- elle ne risque rien? S'inquiète mon chéri.
- si il envoie un coup de coude oui, il peut lui faire mal, mais, il est tellement fatigué que je pense qu'il va dormir profondément. Le bib est dans un peu plus d'une heure... on va rester pas loin et quand elle râlera, elle le réveillera, on lui donnera à manger et ensuite, nous, on ira manger. Ça lui plaira à Mathis de visiter le porte avion. Et nous, on pourra enfin sortir de cette chambre...
- tout est simple avec toi... On a une heure de câlin alors?
- voilà...
- viens là, fais attention à ton dos...
On est si bien, blottis l'un contre l'autre à regarder nos enfants dormir... nos enfants... oh lala...
- il va bien...
- oui, mon pompon inquiet, il va bien...
- et toi, ça va?
- oui ma chérie, je souffre moins, j'ai toujours des cauchemars mais quand j'ouvre un œil et vois que Mathis et toi allez bien, ça va mieux... toi aussi, tu fais des cauchemars...
- oui... et pareil, te sentir vivant contre moi, voir que Mathis respire calmement, ça m'apaise. Et... Océane, elle me donne une bonne raison de... tenir le coup... c'est merveilleux que tu aies le cœur si grand...
Il bat un peu des paupières, touché par mon compliment qui est sincère à 3000%.
- le tien aussi... il y a la place pour toute l'humanité dedans...
- sauf les cons!
- ouais, t'as raison.
On se marre un peu, mais il me reste un peu d'angoisse... non, pas qu'un peu, l'angoisse la pire, celle d'avoir fait une connerie et mis une petite fille dans la merde.
- dis moi, est ce qu'on n'est pas trop jeune... je veux dire...
- je sais ce que tu veux dire...
Il bouge et se colle sur le coté, pour que nous soyons face à face.
- on est un peu jeune pour avoir déjà deux gosses dont un de 8 ans...
- oh!!! L'anniversaire de Mathis!!!C'est demain!!!
Mais il continue
- on s'en fout de notre age, si nous on est heureux, ils le seront, pas vrai? Alors, je vais rester sur mon idée, et je vais tout faire pour que tu sois heureuse à fond... et tout ira bien!
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Pouvoir y croire
RomansaElle, elle mène sa vie du mieux qu'elle peut mais c'est une sacrée bagarre. Lui, il a des parents supers, une vie de rêve, il publie des vidéos sur You Tube , gagne bien sa vie et s'éclate. Une nuit il va rêver d'une rouquine...
