11 JUIN 2022, 20H — NABIL
Je me gare et je me tourne vers Aylin qui me tend le sac de McDo' qu'on vient d'acheter.
Elle a les yeux rougis, elle n'a pas arrêté de pleurer depuis qu'elle s'est réveillée. J'ai essayé de la rassurer mais ça n'a pas marché. Elle m'a simplement demandé d'aller faire un tour. J'avoue que j'ai trouvé ça un peu bizarre quand elle m'a proposé de faire un tour en voiture, sachant que ses cauchemars viennent d'un accident de voiture. Mais après tout, chacun réagit à sa manière face à un traumatisme.
Je commence à manger mes frites et je souris en observant la vue qui s'offre à nous. Je l'ai emmenée à un endroit qui me tient à cœur.
- Je viens souvent ici quand ça va pas. Je me pose sur le capot de la voiture, je m'allume un joint et je réfléchis face à cette vue.
Elle me regarde et me fait un sourire triste.
On a une vue sur toute la ville. Quand on voit toutes ces maisons qui semblent minuscules vues d'ici, on se dit qu'en vrai on est juste des êtres encore plus minuscules et qu'au final nos problèmes ne sont pas si graves que ça.
Je décide de me taire et d'apprécier le silence. C'est son droit de parler ou non alors je n'ai pas envie de la forcer. Elle le fera si elle se sent prête. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que nos histoires se ressemblent beaucoup plus que je ne le pensais... Après tout, on a tous les deux grandi avec l'absence d'un de nos parents, peu importe la raison de cette absence...
Elle commence à manger elle aussi mais elle ne me regarde pas, elle fixe un point devant elle.
- L'accident qui apparaît dans mon rêve... c'est l'accident où mon père a perdu la vie y a 10 ans.
Je pose mon regard sur elle et elle garde le sien baissé sur ses mains.
- T'étais là quand il est...?
- Oui. On était tous les deux dans la voiture mais il est mort et je suis vivante. Parfois j'aurais préféré mourir ce jour-là parce que je ne me suis plus sentie vivre depuis.
Sa lèvre inférieure tremble et elle déglutit. Elle recommence à pleurer et tente de le cacher tant bien que mal. Je pose ma main sur la sienne et émets une légère pression dessus. Elle me fait un sourire, les yeux remplis de larmes. Je ne peux pas prétendre comprendre ni même imaginer sa douleur mais je peux essayer d'être là pour elle.
- Mais le pire ça a été après l'accident. Le jour de l'enterrement, on nous a demandé de partir. De quitter la maison dans laquelle j'ai grandi et où ma mère a passé la moitié de sa vie également. Du jour au lendemain, on a tout perdu. Enfin, c'est plutôt qu'on nous a tout pris. Même l'argent de mon père. On s'est retrouvées à la rue! dit-elle avec difficulté.
Je la tire légèrement en avant par le bras et je la serre maladroitement contre moi. Elle se raidit mais je lui caresse doucement le dos et elle se détend petit à petit.
- Pourquoi ils ont fait ça? demandai-je.
- Ils détestaient ma mère et le fait qu'elle ne soit pas turque. C'est comme ça qu'ils sont! Ils nous ont virées sans pitié!
- Je suis choqué.
Elle est maintenant énervée.
- Je te l'ai dit Nabil, je suis vraiment désolée que tu sois un dommage collatéral dans cette histoire. Je te l'ai jamais expliqué mais j'avais mes raisons. Ils méritaient de souffrir. Je suis consciente que c'était pas la meilleure idée mais j'ai sauté sur l'occasion dès que je l'ai pu. Je voulais les détruire et je sais que Melek est la personne la plus chère aux yeux de Mustafa alors c'était plus simple de la détruire elle.
Je ne réponds pas. Je crois que je la comprends, en quelques sortes. Ce besoin de vengeance.
23H
Je soupire face à la pile de feuilles posées sur mon bureau. On est rentrés il y a un quart d'heure et j'ai du travail à rattraper. C'était étrange, on a plus parlé en une soirée que depuis qu'on s'est rencontré. Elle s'est totalement mise à nu.
Je me mets au travail et je m'allume une clope pendant que je lis un dossier. Je fronce les sourcils quand je vois le nombre de pages qu'il contient. Putain, j'en ai pour toute la nuit là.
De la musique lointaine parvient à mes oreilles et je souris. Je me lève et j'ouvre la porte de mon bureau. Écouter du piano me détend, ça va rendre mon travail un peu plus agréable.
La musique s'arrête et j'entends un gros bruit dans l'escalier. J'arrête de sourire jusqu'à que je vois Aylin débarquer dans mon bureau.
- Nabil, il faut que tu vois ça!
- OK, montre-moi, dis-je en haussant les épaules.
- Suis-moi!
Je lève les yeux au ciel et je me lève pour la suivre. Elle m'emmène en bas, jusqu'au piano, puis elle s'assoit.
- Viens t'assoir et regarde.
- Regarder quoi?
- Arrête de poser des questions.
Elle semble agacée, ça me fait rire. Je m'assois à côté d'elle et elle soulève son t-shirt pour dévoiler son ventre. Je ne peux m'empêcher de le fixer, j'attends l'arrivée de ce petit être avec impatience.
Elle commence à jouer alors je relève mon regard vers elle. Je l'observe, elle est mignonne quand elle est concentrée. C'est une très belle femme.
- Maintenant, regarde!
Elle pointe son ventre du doigt et je suis émerveillé quand je vois que mon fils est en train de donner des coups de pied. On peut même voir la trace de son pied sur le ventre d'Aylin. C'est un peu étrange.
- Je crois qu'il aime bien Chopin! dit-elle en riant.
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AYLIN / N.O.S (PNL)
RomanceEt si pour une fois, on racontait l'histoire du point de vue de la "méchante"? ⚠️DISCLAIMER: Dans cette histoire, seul le prénom et l'apparence physique de N.O.S sont utilisés. Tout le reste (traits de caractère, âge, métier, milieu social, etc) s...
