C'est pas vrai.
C'est impossible.
Je cauchemarde, c'est pas possible autrement. Ce n'est pas possible.
Ça ne peut pas arriver. Pas à moi, pas à nous.
Benedikt était encore là il y a quelques heures, il était encore en train de se plaindre du bruit causé par la fête, bien vivant, et maintenant…
Maintenant, il est… mort.
Il est mort.
Le garçon qui dessinait des gravures dans la pierre à l'arrière de la tour, qui ne savait pas se servir d'une machine à laver, ce fils à papa au caractère imbouffable, il est mort.
Mes oreilles sifflent. J'entends des voix qui m'appellent, mais ma tête semble être coincée sous l'eau, et je n'arrive pas à remonter. Je n'ai pas perdu connaissance. Pas encore. Mais mon champ de vision s'est considérablement rétréci, pour ne plus contenir que la neige à mes pieds.
La neige souillée de sang.
Dans le coin de mon œil, j'aperçois du bleu. Kiseki s'est accroupie à côté de moi, je crois. Elle m'appelle encore. De l'autre côté, je sens qu'on me secoue. Ha, je reconnais là les manières délicates de Shun. Le sifflement se fait plus fort d'un seul coup, mes oreilles se débouchent brutalement. Je cligne des yeux, et ma vision s'élargit de nouveau.
J'ai froid aux genoux. Je n'avais même pas remarqué que j'étais tombé dans la neige, mon bas de pyjama est trempé. Je relève les yeux.
Le corps est toujours là.
Et les trous.
Et le sang.
Le sang, partout.
C'est la première fois que je vois un cadavre. C'est d'une immobilité terrifiante. Il n'y a pas un souffle, pas un mouvement. Plus aucune chaleur. Ce n'est plus qu'un sac de muscle, d'os, de chair et d'organes inactifs.
Ce n'est plus rien.
Kiseki ne dit rien, elle se contente de renifler et de m'aider à me relever. Shun m'a lâché dès qu'il a constaté que j'avais repris mes esprits. Ha. Je ne trouve rien de désagréable à penser. Je devrais déjà être reconnaissant.e qu'il se soit inquiété pour moi.
Voir la biathlète s'acharner à me remettre sur mes pieds a quelque chose de surréel, de ridicule, presque. Pourquoi est-ce que tu cherches à me remettre debout, Kiseki ? Il y a un mort à moins d'un mètre de toi. C'est de lui dont tu devrais te préoccuper. C'est lui qui ne bouge plus. Pas moi.
Fais comme Shun, plutôt. Il n'arrive pas à détacher son regard de Benedikt. Enfin, si on peut considérer que ce qui repose par terre est bien le tailleur de pierre. Shun le fixe comme s'il avait le pouvoir de le ressusciter par le regard. Si seulement.
Des crissement pressés se font entendre dans la neige derrière nous, et Theodosia apparaît, un gilet en laine enfilé à la hâte par dessus sa chemise de nuit, des bottes de neiges aux pieds, et le visage tendu. Sur ses talons, Michiru, emmitouflée dans un plaid en pilou, a l'air de se les peler allègrement.
– Poussez-vous, souffle la Kinésithérapeute.
Je m'écarte sur la droite avec Kiseki, Shun sur la gauche, tels la mer rouge devant Moïse. Theodosia s'accroupit près du corps, et je vois bien sa répulsion à poser les genoux au sol. Michiru suit, l'air vaguement nauséeuse, et colle son masque à gaz sur son visage. Ouais, la grossesse peut donner une certaine hypersensibilité, moi-même j'ai la nausée face au relent métallique qui monte du cadavre. Je ne sais pas si ça vient du sang ou d'autre chose. Je ne veux pas savoir.
Les autres arrivent, un à un. Je sens quelqu'un s'accrocher à mon bras, et tourne mon regard vers Sora, tremblante dans son sweat Hello Kitty. Elle ne pleure pas, mais je n'avais encore jamais vu une expression aussi terrorisée sur son visage. Ses yeux restent fixés sur le corps quelques secondes, avant qu'elle ne se détourne et enterre son visage contre mon épaule. Pour ne plus voir.
Je ne tressaillis même pas, cette fois. Tout ce que je fais, c'est poser ma main libre dans son dos. Un geste ridicule comparé à la situation.
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Danganronpa : Babel's Curse
Random« Dieu savait. Il savait que s'ils finissaient la tour, alors... les humains pourraient L'oublier complètement. » L'illusion de pouvoir choisir son destin, d'être autre chose qu'un simple rouage dans la sinistre machinerie de ce jeu... Une carotte q...
