Chapitre I (18) : He had it coming

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L'écran de la tablette devant moi brille si fort qu'il me fait mal aux yeux. Dix-sept icônes sont affichées, dix-sept portraits, dont un grisé. De Benedikt Manninger-Semmelweis, il ne reste plus rien que des portraits en noir et blanc et un casier froid à la morgue. Je détache mon regard de sa photo en entendant la voix traînante de Monokuma.

– Pour voter, vous touchez l'icône de la personne que vous pensez coupable. Le vote doit être obtenu à la majorité relative, bla bla bla, je vais pas me faire chier à répéter.

Je ne cherche même pas à lui lancer de regard noir ou tout autre signe de désapprobation, j'ai des trucs plus importants à faire. Mes yeux de nouveau sur mon écran, j'hésite devant l'icône d'Hibiki. Malgré ce qu'il vient de se passer, je me pisse dessus rien qu'à l'idée de m'être trompé.e. Sauf que quand faut y aller… J'appuie du bout de l'index sur le portrait, et le retire comme s'il allait me brûler. C'est con, je sais, mais j'ai l'impression que cet écran va m'aspirer pour me changer en une image tout aussi grise que celle de Benedikt.

Rien ne se passe, ce qui veut dire que certains hésitent encore. Les visages de Michiru, Lan Yue et Judicaël sont les plus durs à regarder, si on retire celui, toujours noyé de larmes, de la Tatoueuse. Ema aussi semble particulièrement sonnée ; il faut dire qu'elle et Hibiki se valaient presque niveau chiantise, et je crois bien qu'Ema était plus proche d'elle que la normale. Enfin, je dis ça mais j'en sais rien. J'y ai à peine prêté attention jusqu'à maintenant. Hibari et Kiseki ont l'air sur le point de gerber, mais ça, c'est parce qu'ils sont rebutés à l'idée de cette justice qui n'en est pas une. En même temps, personne n'est emballé, mais eux ont encore du mal à l'accepter. L'expression de Sora aussi est douloureuse, mais je préfère ne pas m'attarder dessus.

L'écran géant s'allume, et m'arrache un sursaut. Les icônes sont projetées, et un nombre apparaît à côté de celle d'Hibiki. Ce n'est d'abord qu'un 1, qui passe très vite à un 5, et continue jusqu'à 15. Le "1" restant trône à côté de l'icône de Tritri. Hibiki fixe l'écran avec de grands yeux, puis se tourne vers la pilote.

– T'as… T'as voté pour toi-même ?

Le hochement de tête de Tritri est accueilli par un ricanement moqueur de Monoaku, mais il se fait royalement ignorer. On commence à avoir l'habitude. C'est ça le pire.

– 15 votes pour Hibiki Hibikaze, ultime Tatoueuse, contre 1 pour Tritri, ultime Pilote de drone. Hibikaze votée coupable à la majorité, récite Chirurgienne en jouant avec une peluche de son pull. On va voir maintenant si vous avez fait le bon choix ou pas…

Une nouvelle projection apparaît, cette fois sur le sol au milieu du cercle formée par les pupitres : une immense horloge en chiffres romains, dotée d'une seule aiguille. Ça me fait penser à un soldat amputé.
L'aiguille se met à tourner dans un tic-tac infernal, à une vitesse étourdissante. Sora se bouche les oreilles en grimaçant, c'est dire. Puis le rythme ralentit progressivement, l'aiguille se traîne sur le portrait de Benedikt, puis sur Michiru, sur Tritri… pour s'arrêter, pointant vers Hibiki comme un doigt accusateur. Un son de cloche solitaire se réverbère sur chaque mur, se cogne aux grotesques fresques murales avant de poignarder nos oreilles.

Il ne reste plus que le silence, et les lents applaudissements de Monoaku.

– Bravo, vous aviez raison ! Hibiki Hibikaze a tué Benedikt Manninger-Semmelweis.

– C'est sûr et certain ?

Monoaku regarde Lan Yue avec étonnement, mais bien vite il retrouve son sourire perfide.

– Tout à fait.

Lan Yue baisse les yeux. Il serre les poings, le visage fermé. Theodosia soupire, son visage empreint d'une profonde lassitude.

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