Je mords dans un morceau de brioche, la boule au ventre. En face de moi, Judicaël fait bouger son assiette pour faire trembloter le flamby posé dessus. Ça serait presque rigolo s'il n'avait pas l'air aussi déprimé. Sora est toujours dans la cuisine, même si ça fait un moment qu'aucun autre plat n'a été apporté à table.
L'ambiance est franchement pesante, et la fatigue se lit sur tous les visages. Personne n'a passé une bonne nuit ici, et peu ont pris le temps de se préparer ce matin. Theodosia est en survêtement, loin de ses chemisiers habituels, les cheveux de Michiru ressemblent à un nid de vautours, et certains, comme les jumeaux, sont tout simplement repartis dans leurs chalets sans passer par la case bouffe.
Eiji, assise à côté de moi, me lance un regard désolé. Je hausse les épaules, sans y répondre. Il y a un bandage autour de sa main, celle que j'ai mordue, et à chaque fois que je le vois c'est tout le reste que je revois. La crise, et la honte, et la culpabilité. J'ai pas fait les choses à moitié. Ma brioche massacrée repose misérablement dans mon assiette et le goût métallique me revient dans la bouche.
– … Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?
La voix bougonne de Shun, précédée du tintement de sa fourchette, brise le silence. Eh bah putain, pour que ce soit lui qui parle en premier c'est qu'on est tombés bien bas. C'est Hibari qui enchaîne après un instant d'hésitation.
– Comment ça ?
– Bah, tout ça. La signature du papier le matin. On continue ? On rajoute des trucs en plus ? Ou bien on laisse tout tomber et on est libres de déambuler comme on le sent ?
Silence. Franchement, je pense pas que ça serve à quelque chose d'instaurer d'autres règles que celles déjà imposées par l'autre junkie en noir et blanc, mais j'ai pas envie de parler, ni de me faire remarquer. Sauf que vu la gueule des autres je suis pas lae seul.e. Je regarde autour de moi, mais tous les visages sont fermés. Si Noelle était là, elle saurait sûrement quoi dire. Sauf qu'elle est rentrée directement et… merde, voilà que je me surprends à la regretter. On est à quel niveau de déchéance là ?
– Mais bordel, dites quelque chose ! Un coup je suis l'ultime serpillère et le deuxième vous attendez que je vous dise quoi faire, on se moque de qui là ??
Kiseki se recroqueville sur elle-même devant le haussement de ton de Shun, qui tout à son énervement n'a pas l'air de la remarquer. Altaïr, loin de se laisser impressionner, réussit à produire un sourire à peu près sincère.
– Ta colère est tout à fait légitime. Tu fais partie des plus jeunes ici, tu ne devrais pas avoir à prendre ce genre de décisions.
Shun semble presque déboussolé à l'entente de ces paroles, mais bien vite le naturel revient au galop.
– Merci, je sais bien ! Sauf que ça répond pas à ma question.
– Non, en effet.
Altaïr, toujours d'un calme olympien, va tranquillement se placer à côté du Technicien de surface.
– Je sais que nous ne sommes pas tous présents, mais je pense que signer la liste le matin au réfectoire n'est pas une mesure particulièrement utile. Si jamais une personne est introuvable, nous le réaliserons vite. Cela ne changera pas grand chose de l'enlever.
Il pose ses mains sur les épaules de Shun, un sourire aux lèvres, dans un geste si aérien que ce dernier se tend à peine à son contact, malgré un léger claquement de langue agacé.
– Il serait de bon ton de parvenir à un accord, ne serait-ce que pour saluer l'effort de notre jeune ami ici présent. Vous ne croyez pas ?
Le silence s'éternise encore quelques minutes de plus, mais un long soupir de la part de Theodosia empêche l'apparition du malaise.
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Danganronpa : Babel's Curse
De Todo« Dieu savait. Il savait que s'ils finissaient la tour, alors... les humains pourraient L'oublier complètement. » L'illusion de pouvoir choisir son destin, d'être autre chose qu'un simple rouage dans la sinistre machinerie de ce jeu... Une carotte q...
