Chapitre 1 : la perte

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Le bruit d'une alarme déchire mes tympans qui se mettent à dégouliner le long de ma nuque, mais ce n'est pas réellement ça, qui me fait crier

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Le bruit d'une alarme déchire mes tympans qui se mettent à dégouliner le long de ma nuque, mais ce n'est pas réellement ça, qui me fait crier. Dépourvu d'une combinaison prévu à ce que je suis en train de vivre, je suis littéralement en train de me faire écraser par la chute. Enfoncé dans mon siège, je peux sentir l'attraction de la Terre me ramener à lui comme une mère rattraperait son enfant perdu dans les rayons d'un super-marché. Même si je le voulais, je ne pourrai pas bouger. Pourtant, j'essaye de toutes mes forces de m'accrocher au tableau de bord qui me fait face, mais en vain. Je ne peux pas. Personne ne le peut.

Une main arrive tout de même à se poser sur mon avant-bras et je sens du sang venir s'infiltrer sous l'épiderme qu'il griffe.

Je parviens à tourner la tête vers Lev. Si avant, je le jugeais que par sa grande carrure sculptée dans un bloc de glace, ses petits yeux froids qui pouvaient paralyser autant qu'un basilic, aujourd'hui, je découvre une tout autre facette de lui. La peur ride son visage, mais aussi la douleur, et pour cause... Quand je baisse les yeux vers sa combinaison bleue sur laquelle figure le logo NASA, je remarque un gros fragment de métal, enfoncé dans son ventre.

- C'est la merde, British.

Son gros accent russe perce sa voix déjà étranglée et rend le surnom qu'il m'avait attribué plus ironique encore. On s'était rencontré il y a deux ans à Houston et bordel, il ne m'a jamais appelé autrement. Je le soupçonne même de ne secrètement pas connaître mon prénom. Mais ce n'est pas le moment pour moi de le sermonner. Pas alors que je vois du sang couler sur le sol de la capsule d'urgence qui nous ramène sur Terre.

Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je ne sais pas comment moi, Lev et Jonathan avons fait pour échapper à temps. Mais dans la précipitation, on n'a pas vérifié si les dégâts s'étaient propagés jusqu'à la capsule d'urgence. Maintenant, on en paye les peaux cassées.

Du moins, Jonathan en tout cas. L'astronaute américain, assis à ma droite semble inerte. C'est peut-être le poids de la gravité. Ou alors la conséquence logique du coup dans sa tête qui fait couler du sang le long de son corps. Comme Lev avant moi, je pose une main sur son avant-bras et essaye de le secouer. Comme si la capsule ne le fait pas assez...

- Les Américains meurent toujours en premier. Retiens ça, British.

- Putain...

Une vive secousse manque de fracasser mon cou contre l'entête de mon siège et je hurle à nouveau de douleur. Des objets de toute sorte se mettent à voler et absolument toutes les manettes de contrôle lancent leurs signaux d'alerte. Lev ramasse ses dernières forces et passe ses doigts fébriles sur les fonctions. Mais en effet... Peu importe ce qu'il essaye de faire... Rien ne marche. Le grand Russe, frustré, défait sa ceinture avec une force herculéenne et plaque sa main sur ma poitrine. J'essaye de le retenir de faire un truc aussi inconscient. S'il bouge, il crève. Et il est déjà aux portes de la mort. Je me débats, sentant la force me quitter alors qu'il impose la sienne sur moi. Je ne le laisserai pas, bordel ! On est déjà trop à avoir souffert à bord de l'I.S.S Alpha 33. Des mois et des mois d'entraînement à Houston, où j'ai dû courir à l'envers, me faire secouer par une centrifugeuse et apprendre à évaluer les états d'âme du capitaine Lev Malikov, pour qu'on se retrouve dans une station spatiale en cours d'évaluation. On nous avait dit qu'on allait être mis à rude épreuve. Mais moi, comme tous les cons qui avaient accepté la mission, était trop aveuglé par l'orgueil pour réfléchir aux conséquences.

Winter ✅Des histoires addictives. Découvrez maintenant