Un flocon de neige par-ci, une hache par là et on obtient la recette parfaite d'une vie sans pépins à New Garden. Car oui, ce petit village perdu au fin fond du Maine a tout d'un véritable havre de paix.
C'est du moins ce que pensait Heden Keye. Si...
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— Et... Et alors ?
— Et alors... c'est tout.
— Tu plaisantes, j'espère ?
Assise sur le banc qui donne sur l'immense sapin au centre de New Garden, je parviens à décoller mon regard des flocons de neige qui chutent à merveille sur les chalets et leurs lumières colorées. Le soir sonne à peine ses dix-huit coups que la nuit noire a complètement envahi le ciel, ne laissant plus que les milliers de lumières colorées qui proviennent des guirlandes. Arbres et chalets sont couverts et je suis à peu près sûre qu'on peut voir ce village depuis les avions, à présent.
Si toutes les fêtes sont préparées avec strass et paillettes à New Garden, Noël, en revanche, est celle que l'on organise bien des mois à l'avance.
C'est à se demander d'où sort le budget, certainement avec le maire qu'on a...
Mais malgré tout, ça a toujours eu le don de m'émerveiller.
Avec un sourire niais, je croise mes bras sur ma poitrine et finis tout de même par répondre à Prescott qui trémousse sur son siège :
— Non. Je ne plaisante pas. Il s'est passé ce qui s'est passé et... Me revoilà... Que veux-tu que je te dise de plus ?
Voir Prescott s'énerver est une chose très rare. Mais quand elle le fait, son visage s'empourpre au point de former une autre boule de guirlande, parmi toutes celles déjà présentes autour de nous.
— Je n'en reviens pas !
— Pourquoi est-ce que ça te déranges autant ?
Elle rattrape son bonnet tricoté à la main du bout de son moufle à bonhommes de neige et se lève brutalement pour me faire face.
— Donc tu te barres, en laissant un pauvre mot de trois lignes sur ta porte d'entrée, comme quoi, tu vas chercher l'autre blaireau, après bien sûr, avoir pleuré pendant des jours...
— Je n'ai pas pleuré, Prescott, essayé-je de protester.
En vain.
— ... Pour que finalement, tu reviennes, sans lui, soit dit en passant, et ce, avec un sourire stupide sur le visage ? Bon sang, l'orgasme n'est pas encore redescendu ou quoi ?
D'une poigne, je balaye une flopée de neige fraiche sur le rebord du banc et lui jette une petite boule.
— Hey !
— Tu n'es plus enceinte. Tu as perdu ta carte de protection. Alors, je te balance des boules de neige, si je veux !
Prescott abaisse les bras et soupire en secouant la tête.
Mais qu'est-ce que je peux lui dire ?
Au fond de moi, je sais que Caleb reviendra.
Je le sais. C'est tout. Il est même plus proche de moi qu'il ne l'a jamais été.