Un flocon de neige par-ci, une hache par là et on obtient la recette parfaite d'une vie sans pépins à New Garden. Car oui, ce petit village perdu au fin fond du Maine a tout d'un véritable havre de paix.
C'est du moins ce que pensait Heden Keye. Si...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
Je suis en train de trépigner sur mon siège, alors que je ne me suis même pas encore garée sur le petit parking goudronné de l'entreprise de menuiserie de mon père. Les rayons de soleil font scintiller les tas de neige fraichement déblayés et m'aveuglent au passage, ratant mon créneau. J'ignore l'éraflure que j'ai causé sur la Ford de l'un des employés, claque la porte et me met à courir dans la direction de l'entrepôt. Peu importe si je manque de glisser plusieurs fois ou le regard furibond que me lancent les employés, peu importe celui que je bouscule alors qu'il a les bras chargés de buches.
Il faut que je trouve mon père.
— Papa ?
Mon cri ricoche à travers l'entrepôt et les couloirs boisés du bâtiment, sans trouver une réponse. Je m'arrête à mon bureau, mais il n'y a personne. Je fais de même avec les deux autres bureaux jusqu'à tomber sur Eva. Le bout de son long nez fin enfoncé dans l'écran d'un ordinateur datant du siècle dernier, l'administratrice de "Keye & co" semble frustrée. Elle abat plusieurs fois sa main gantée sur le clavier désarticulé et marmonne des insultes peu glorieuses avant de se tourner vers moi.
- Ah, Heden ! Bon sang, on avait vraiment besoin de toi, tu sais que...
- Je n'ai pas le temps, est-ce que tu sais où est mon père ?
Agacée, la quarantenaire retire ses petites lunettes rondes de ses cheveux blonds cendrés taillés en coupe et se redresse dans sa chaise grinçante.
- Il est parti voir les bûcherons, ce matin. Apparemment, avec le blizzard, il y a eu des arbres qui se sont écroulés sur quelques-unes de leurs cabanes.
Mon emprise sur la poignée de la porte se desserre et je me laisse basculer d'un pied à l'autre, interloquée par ce qu'elle me dit.
- Je croyais que c'était Colby qui s'occupait de ce genre d'affaires ?
Eva, qui avait déjà porté sa tasse de café fumante à ses lèvres, manque de peu de s'étouffer sur le liquide brûlant. Elle essuie les gouttelettes brunes de son écharpe dodue avant de s'esclaffer ironiquement.
- Colby ? Normalement oui, mais il a démissionné.
- Démissionné ? Comment ça ?!
- Oui, après le blizzard, il est venu chercher ses affaires et il est parti. Il part même pour aller en ville. Il laisse la maison à Laura.
Putain, qu'est-ce que j'ai fait encore ?
- Mais on a besoin de lui !
- Tu lui diras, si tu le vois.
- Je le ferais. Crois-moi, je le ferais.
Je m'apprête à tourner les talons, plus énervée que jamais quand Eva se redresse subitement et me fait face.