Un flocon de neige par-ci, une hache par là et on obtient la recette parfaite d'une vie sans pépins à New Garden. Car oui, ce petit village perdu au fin fond du Maine a tout d'un véritable havre de paix.
C'est du moins ce que pensait Heden Keye. Si...
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Je n'ai pas osé sortir en trois jours, depuis Thanksgiving. Cloîtrée chez moi, étouffée dans mes oreillers, c'est à peine si je suis descendue pour aller aux toilettes. Les mots de Caleb, puis Colby me hantent.
J'ai foiré. Sévèrement.
Et ils ont raison de ne plus vouloir me parler, même si Caleb s'est juste contenté de partir, sans chercher à plus se fatiguer. Pas comme Colby qui a surement déversé toute la haine qu'il éprouvait vis-à-vis de moi. Mais je ne peux lui en vouloir. Pas alors que j'aurais surement fait la même chose, si j'étais à sa place.
J'ouvre la bouche, prête à essayer de me persuader à moi-même que ce n'était pas si grave, que je n'avais qu'à aller m'excuser, cependant ma fierté reprend le dessus et aucun son ne franchit la barrière de mes lèvres. Le regard rivé sur mon plafond étoilé, je glisse mes bras derrière ma tête et souffle, amère.
J'aurais aimé qu'Ollie soit là, avec moi. Je l'aurais câliné jusqu'à ce qu'elle geint, se débatte et file se réfugier dans son panier, loin de mon étreinte fatale.
Mais à la place, quand je bascule ma tête en arrière, je ne vois que les quelques poils blancs qui sont restés dedans.
Même elle, n'est plus à mes côtés. Et je n'arrive toujours pas à passer à autre chose, comme si j'étais coincée entre l'ombre et la lumière. Un jour, puis un autre. Un clair-obscur qui me hante comme une paupière à demi-close.
Dans un gémissement strident, je me laisse rouler jusqu'à ce que je tombe sur mon parquet, mais même si la douleur s'enfonce dans mes coudes à la manière de petites aiguilles, je ne grimace pas.
Lève-toi.
Lève-toi.
Lève-toi.
La joue pressée contre le plancher, je ne fais aucun mouvement, pourtant. Une larme de fatigue dégringole le long de ma joue.
Si je sors maintenant... Quelle journée est-ce que le destin me réserve ?
***
Assise au volant de ma voiture, mon thermostat brûlant entre mes mains, je regarde le parking de la menuiserie prendre vie. Je ne suis restée chez moi que quelques jours, mais néanmoins, j'ai l'impression que tout a changé. Des sourires illuminent tous les visages, le travail s'enchaîne rapidement... Quelque chose de vraiment inhabituel quand il s'agit des habitants de mon village et de la matinée. Une appréhension cinglante fourmille le long de mon échine et mes doigts manquent de glisser sur mon café.
Il ne manquerait plus que je me brûle et que je mette à crier.
Un seul bruit de ma part et je pourrai peut-être ruiner la vie de tous ces bonnes gens.
J'aurais sûrement dû rester chez-moi. Leur foutre la paix.
Ouais.
Je me penche sur le contact pour démarrer, déterminée à garder mon nuage orageux au-dessus de mon unique tête, mais le visage de Carsen jaillit devant mon pare-brise comme le ferait celle d'une biche lors d'une nuit orageuse et nocturne. Je manque de sursauter et frappe sur la vitre pour le sermonner.