Un flocon de neige par-ci, une hache par là et on obtient la recette parfaite d'une vie sans pépins à New Garden. Car oui, ce petit village perdu au fin fond du Maine a tout d'un véritable havre de paix.
C'est du moins ce que pensait Heden Keye. Si...
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Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je fais ?!
Figée sur le pas de ma porte, je regarde les cercles d'eau percuter les rebords du petit lac, frayant leurs passages à travers les filaments de glace dont il est recouvert. Mon regard passe des colonnes de fumée à ça et mon corps se paralyse encore plus. Je suis tentée d'ouvrir ma porte, de la refermer et d'appeler la police depuis les recoins de mon chalet.
Mais même si je le veux de toute mon âme, je ne le pourrai pas.
Mes doigts se crispent autour de la poignée de ma porte d'entrée et pendant une fraction de seconde, je suis tentée d'aller courir pour voir ce qui s'est passé.
Dans un compris, je relâche tout, mon sac y compris et descend à nouveau afin de me rapprocher du rebord du lac. Je zigzague prudemment entre le set de jardin, passe ma main sur les chaises en essuyant la neige au passage et m'arrête devant quelques arbres dont les cimes se perdent dans les cieux nocturnes. Il n'y a pas que des branches, pas que de la neige. Mais un parachute, aussi.
Un putain de parachute.
Dans un froncement de sourcils, j'arque ma main vers le tissu qui pendouille mollement sur l'unes branches les plus basses et qui rejoint le trou formé dans la glace.
Et je réalise.
Il y a un humain, qui vient de tomber du ciel.
Un putain d'être humain qui vient de laisser la moitié de sa peau sur les branches impitoyables de ces pins.
- Oh merde, c'est pas vrai... C'est pas vrai !!
Toute ma peur et ma prudence se voient balayés d'un coup de vent et je laisse tomber ma veste dans la neige. D'un coup de pied, je retire aussi mes chaussures et ni une ni deux, plonge dans l'eau.
Le froid est si mordant qu'il avale mes cris de douleur.
Qu'est-ce que je fais, bordel ?!
Mes crises existentielles vont devoir attendre. Peu importe qui vient de tomber, il va très vite mourir s'il reste une seule seconde de plus dans l'eau.
S'il n'est pas déjà mort.
Je chasse l'idée dans un happement d'air et me plonge entièrement dans l'eau. L'eau glace immédiatement la cornée de mes yeux et je me mords l'intérieur de la bouche afin de ne pas l'ouvrir. À tâtons, je m'agrippe aux cordes du parachute jusqu'à parvenir à des sangles qui ne cessent de tirer vers le fond du lac.
Mon cœur pulse contre ma peau et l'eau glacée semble percer ma cervelle dans mon crâne.
Je dois remonter. Je dois remonter !
Mais pile au moment où je m'apprête à abandonner cette bataille, je parvient à discerner un bras sous mes doigts. De la peau.