Un flocon de neige par-ci, une hache par là et on obtient la recette parfaite d'une vie sans pépins à New Garden. Car oui, ce petit village perdu au fin fond du Maine a tout d'un véritable havre de paix.
C'est du moins ce que pensait Heden Keye. Si...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
La honte me submerge au point où je n'ai pas arrêté de balbutier de la matinée, lorsque Caleb s'adressait à moi.
Pendant toute la nuit, j'ai combattu aussi bien la fièvre que la question existentielle qui m'a forcé à me jeter sur sa bouche comme une affamée.
Sur le désir qu'il n'a visiblement pas partagé.
Sur son rejet glacé.
Putain, mais quelle débile...
Cependant, Caleb ne montre rien. Pas une gêne, pas une remarque. Moi qui m'attendais à un discours sur ce qu'on peut et sur ce qu'on ne peut pas faire... Je n'ai eu droit qu'au même bonjour convivial qu'il me lance à chaque fois.
Comme si rien ne s'était passé.
Comme s'il n'avait pas enfin avoué ce qui lui était arrivé, ce qu'il avait fait, au-dessus de la stratosphère...
Comme s'il n'avait pas rendu mon baiser, pendant un bref instant.
Pourtant, ce n'est pas vrai.
J'ai bien senti la douleur qui l'étranglait. Sa bouche sur la mienne. Sa main dans mon dos.
Sa queue enflant entre mes cuisses lorsque nos langues se sont entrechoquées.
Je manque de peu de casser ma tasse entre mes mains serrées, alors que je suis assise sur le porche, une couverture sur mes genoux, ondulant sur la balançoire qui me permet de voir Carsen en train de discuter avec Caleb.
Venu tôt ce matin même, le bûcheron a bien meilleure mine que moi, même s'il a sauté dans le lac, lui aussi.
Il a l'habitude. Bien plus que moi, en tout cas.
Je marmonne quelques mots qui sont inaudibles même pour ma personne, avant de jeter un coup d'œil furtif sur Prescott qui essaye tant bien que mal de venir s'asseoir à mes côtés. Son poids fait grincer les boulons de la balançoire quand elle prend enfin place. Dans un soupir las, elle agite le sachet de thé dans sa tasse fumante et je souris lorsque je remarque les moufles qui gante ses mains. Des bonhommes de neige... Comme ceux tricotés dans son bonnet.
Prescott fait partie de cette même catégorie de personnes à New Garden qui semble ignorer la présence de Thanksgiving avant la venue du père Noël.
Mais aussi de celles qui te diront d'aller te faire foutre, parce qu'elle aime les réveillons, les surprises, les branches de gui sous les portes.
Prescott la biscotte, quoi.
Celle-ci fronce les sourcils et après avoir passé sa main sur ma joue, marmonne avec sa douceur légendaire.
- Tu vas mieux, Heden ?
- Ouais, ouais, ouais. Génial.
Mon regard se porte à nouveau sur Caleb. Sur le soleil qui a fait place aux épais nuages chargés de neige et qui lancent à présent ses rayons sur ses cheveux dorés. Sur ses mâchoires puissantes. Sur ses lèvres pleines. Sur son torse maculé dans son pull et ses bras musclés.