Eleanore
Dans le petit appartement d'une écrivaine de Nothing Hill, mercredi à 17h53 :
-- Si tu veux j'annule la séance de dédicaces, lança Charlie depuis la cuisine.
-- Ça va aller, ne t'inquiètes pas, dis-je timidement en reniflant.
J'avais sûrement les yeux rouges et gonflés. Je n'avais pas encore réussi à arrêter de pleurer depuis ce matin. Ce n'est pas le genre de pleurs tranquilles, non. C'était ceux-là même qui faisaient couler mon nez en m'obligeant à me moucher toutes les trente secondes et en laissant des sons étranges sortir de ma bouche.
J'étais tellement anéantie que je laissais cet état prendre complétement possession de moi sans pouvoir l'arrêter. Aaron m'avait brisé le cœur, pire il l'avait écrabouillé, piétiné, réduit en cendre. Je savais que le revoir serait une mauvaise idée mais je n'avais pas pensé que cet homme qui s'était montré aussi attentionné envers moi me ferait ça.
-- Il me faut juste quelques jours et ça ira mieux, je t'assure, affirmai-je pas convaincu par ce que je venais de lui dire.
Elle me tendit un mug de thé vert à la menthe que je pris en la remerciant. J'étais emmitouflée dans un plaid sur mon canapé. Je devais ressembler à un hamster bouffi en vieux pyjama côtelé. Je tremblotais de froid en essayant de réchauffer mes mains contre le mug brulant, c'était peine perdue, j'étais frigorifiée de l'intérieur.
Charlie m'avait appelé en début d'après-midi pour faire le point sur ma future séance de dédicaces et de lecture. J'étais restée au téléphone en sanglotant sans prononcer un mot. Une heure plus tard, elle avait débarqué avec des pots de glace, ma préférée : cookie dought. Et je lui avais raconté tout ce qui c'était passé en pleurant.
-- C'est bon, j'ai envoyé un message à Bashir, reprit-elle en s'installant à côté de moi. Ce soir c'est soirée pyjama entre filles. Tom arrivera après le boulot avec tes Fish and chips préférées.
-- Vous en faites un peu trop, reniflai-je en me mouchant avant de boire mon thé chaud.
-- Non, c'est ton premier chagrin d'amour. En tant que meilleurs amis, il est important que nous te soutenions comme il se doit. Tu te rappelles quand Tom s'est fait larguer par le musicien déjanté en troisième année.
-- Oui, gloussai-je en pleurnichant encore.
-- Tu avais viré son coloc et tu avais transformé leur chambre en une immense cabane avec tous les draps et les oreillers que tu avais trouvé. Tu avais carrément vidé notre chambre. Tu nous avais préparé tes fameuses margaritas et tu avais constitué un vrai garde-manger.
-- J'avais été piqué le frigo de cette pimbêche de Mona, poursuivis-je. Je tiens à dire que ça m'avait coûté une luxation d'épaule cette histoire et un avertissement de la vie scolaire.
Nous nous mîmes à rire toutes les deux en repensant à ce souvenir pittoresque.
Je ne savais pas que l'on pouvait rire et pleurer en même temps.
-- On avait tenu tout le week-end sans sortir, ajouta-t-elle hilare.
-- Tom avait insisté pour regarder des comédies romantiques et il avait fini par se moucher dans ses draps le dernier jour, tu te rappelles ?
-- Oh que oui, trop dégueu, grimaça-t-elle dégoutée.
-- C'est ma faute, j'aurais dû prévoir un stock plus important de mouchoir. À ma décharge, je ne pensais pas qu'un homme pouvait autant pleurer.
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La Proposition (Correction)
RomanceQue repondriez-vous si un bel inconnu vous faisait une proposition indécente en pleine rue? La proposition est claire: juste une nuit où tout serait possible. Une seule nuit sans aucuns tabous, sans aucunes retenues. Où chacun pourrait s'exprimer s...
