ATTENTION : dépression, violence, évocation homophobie.
La coiffure
°°°
« Old Enough To Understand » de Benjamin Sem.
Théo n'aime pas ses cheveux. Il les trouve longs et gras. Il déteste son reflet dans le miroir, il veut changer ça. Il a tenté par le passé de couper lui-même sa tignasse blonde, il a dû vivre six mois avec un énorme trou sur son crâne avant que ça ne repousse. Il grimace en déposant la paire de ciseaux sur le bord du lavabo. Il n'a aucune idée de la façon de faire, il est coincé dans le corps d'un autre. Il souffle.
Soudain, trois tocs accompagnent la porte qui s'ouvre. Une frimousse apparaît sur le pas de la salle de bains.
- Tu veux bien me couper les cheveux ? demande Théo en le regardant droit dans les yeux.
- Moi ?
Decker hoche la tête, puis tend l'arme du crime vers Boris qui accepte gentiment.
Pavlikovsky mène Théo dans le salon qui a une baie vitrée fantastique pour ce genre d'activités manuelles. Il le fait asseoir sur un siège et part chercher une serviette qu'il entoure autour de la nuque du blond. Paire de ciseaux, peigne et tondeuse en mains, un sourire sadique fleurit sur les lèvres du noiraud.
- Si tu oses faire une fantaisie je te jure que je te mets une balle entre les deux yeux, menace Théo d'une voix rauque.
Boris rit, il le connaît trop bien.
- Détends toi ! Je ne couperais qu'une oreille sur deux.
Decker déglutit difficilement. Boris mouille ses cheveux pour enfin attaquer. Une concentration rassurante déforme les traits de l'ukrainien.
Mille coups de ciseaux virevoltent autour du crâne du blond, des mèches tombent par terre, la tondeuse glisse sur les différentes zones qui composent la tête de Théo. La séance a duré une heure trente, Boris s'est appliqué tout le long.
- Et voilà, lâche-t-il en se reculant pour admirer son œuvre d'un peu plus loin.
Un sourire fier apparaît sur ses lèvres, Théo pousse un soupir de soulagement. Il se lève et se dirige en direction de la salle de bains. Ses yeux s'écarquillent telles deux soucoupes volantes, il n'en croit pas ses yeux. Depuis tant d'années sa dépression le consumait à feu doux, tout sentiment avait quitté son corps et la chute vers l'enfer était proche. Il a su tenir bon pour faire bonne figure, Boris a contribué à sa remontée. Il s'est battu afin de rendre fier Boris, et il l'est terriblement. La dépression est une maladie qui te ronge petit à petit. Au début tu ne ressens qu'une fatigue aggravée, un manque de goût pour toutes les activités qui se présentent à toi, parfois, des pensées suicidaires traversent ton esprit et tu ne manges plus ou l'inverse. C'est un cercle vicieux qui te cloue dans une souffrance permanente. Tu es pessimiste continuellement, ton entourage trouve ça de plus en plus pesant pour leur santé mentale et finit par te lâcher complètement. Te laissant dans une profonde détresse qui ne guérit pas. Boris est intervenu avant sa descente, il l'a soutenu et aidé lors de ses thérapies chaque semaine. Il a été là, et c'est le plus beau geste qu'on lui a jamais fait.
Théo passe sa main dans ses cheveux courts, le délaissement de son hygiène est aussi un symptôme plutôt inconfortable de la dépression. On ne veut plus se doucher ni se brosser les dents et ça dégoûte plus d'un. On se laisse mourir.
Une larme coule sur sa joue, puis deux, puis trois. Un vrai torrent dégouline sur son visage, son corps est pris de spasmes plus ou moins conséquents. Il craque.
VOUS LISEZ
Love in Society
Fiksyen PeminatC'est un recueil de petites histoires sur les ship suivant : Le Byler qui est sur les personnages de Will et Mike dans l'univers de Stranger Things. Le Boreo qui est sur les personnages de Théo et Boris dans l'univers du Chardonneret ( The Goldfinc...
