15

1.3K 34 5
                                        

NATE

Septembre 2022, New-York

Du grand Gabriella.

J'ai presque cru que ce déjeuner parviendrait à nous rapprocher quand on a laissé nos différends de côté et qu'on a abordé le passé. L'entendre parler de sa mère, de son père, d'Elisa, de Matthew... comme avant. Tout m'a replongé quatre ans en arrière, comme si le temps s'était figé juste avant que je l'abandonne.

Le brutal retour à la réalité me fout une violente claque à laquelle je ne m'étais pas préparé et ma tête manque de se décrocher de mon cou.

Je balance quelques billets sur la table avant de me lever. Rapidement, je pianote un message destiné à Il Luppo pour le prévenir que Gabriella a accepté de nous défendre, bien qu'il lui ait allègrement forcé la main en publiant cette annonce dans le Times.

Je ne manque pas de lui préciser qu'on va devoir débourser une coquette somme si l'on veut s'octroyer ses services.

Si Gabriella n'a globalement pas changé, elle s'est en revanche affirmée, et je suis fier de la femme qu'elle est devenue. Fier de voir le roc qu'elle est désormais, même si je sais pertinemment que sa carapace faite de marbre protège un cœur brisé.

Une fois dans les locaux de Gabriella, sa secrétaire m'indique qu'elle n'est pas présente. Prévoyante, elle m'a laissé les papiers à parapher. Son professionnalisme m'arrache un rire, bien que la situation soit plutôt triste : elle a contractualisé sa volonté.

Plus aucun contact à la fin du procès. Incapable de savoir si je saurais tenir parole, un goût amer s'empare de ma langue, puis de mon palais. Je déglutis difficilement pour tenter d'écarter cette amertume, mais rien n'y fait.

Je saisis à contre-cœur le stylo que me tend la secrétaire et marque un temps d'arrêt avant de signer le papier. J'hésite à deux fois, rebuté par la clause que Gabriella a insérée dans le contrat.

Ne plus jamais se revoir.

Jamais.

Ce mot me fait frissonner.

Finalement, peu importe la teneur de la clause, je n'ai pas le choix. Je suis obligé de signer. Il Luppo compte sur moi.

Je rends le stylo à la secrétaire et tourne les talons pour quitter le cabinet. Le retour à La Tanière est long : la ville est engorgée de voitures qui tentent de fuir New-York pour profiter des derniers rayons de soleil dans les Hamptons. Lorsque je pénètre sur la propriété, Paul, assis dans un rocking-chair sous le porche, fume une cigarette. Je sais qu'il m'attend pour que je lui raconte mon déjeuner avec Gabriella.

Paul est un sentimental et l'a toujours été en dépit de ses activités plus que critiquables. La noirceur de La Meute n'a pas réussi à atteindre son âme romantique et c'est peut-être bien la seule chose que la mafia a épargnée.

Il me scrute de ses yeux verts, essayant tant bien que mal de déchiffrer mon expression ou de capter un quelconque indice sur mon visage, mais je ne laisse rien transparaître.

De toute manière, il n'y a rien à en dire.

Alicia apparaît dans l'encadrement de la porte d'entrée et adresse un large sourire à Paul, qui lui répond par un sourire encore plus grand. Ses cheveux blonds coupés sous les épaules sont aujourd'hui relevés en un chignon désordonné qui lui donne un air juvénile.

— Alors ? me demande-t-elle.

— T'es vraiment comme ton mec, je peste. Qui se ressemble s'assemble, ce ne sont pas des conneries alors.

LA MEUTEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant