NATE
Mars 2023, New-York
Les journées ne sont pas longues lorsque l'on est bien entouré. Gabriella me suffit et le temps défile à une allure ahurissante, si bien que nous ne voyons pas les jours passer. Nous partageons nos journées entre des balades, des après-midis pâtisseries, le rattrapage de sa culture cinématographique qui est à chier et beaucoup — beaucoup — de moments sous la couette.
Toutes les pièces y sont passées, dans toutes les positions et voir le sourire béat de Gabriella après chaque partie de jambes en l'air me conforte dans ma décision.
Je l'aime tellement que ça me laisse sans voix à chaque fois. Sa beauté me transcende, son odeur est planante, elle sent la vanille et l'amour à la fois et laisse derrière elle des volutes de bonheur que j'inspire et j'aspire pour me nourrir de cette allégresse que je crains de perdre.
Chaque jour qui passe m'éloigne un peu plus de la peine et me rapproche un peu plus d'elle et j'aime me sentir heureux dans ses bras. Ses jambes qui enserrent ma taille et ses mains qui se croisent dans mon dos sont tout ce dont j'ai besoin. Jusqu'à la fin de ma vie.
Rien qu'elle et moi.
Je l'aime tellement que c'en est indécent. Elle est mon exception, mon évidence. Ma muse, ma passion. Elle a ensorcelé mon cœur au moment où ses yeux se sont posés sur moi, ce premier jour, sur la terrasse de ce bar, dans cette fraîcheur qui nous glaçait jusqu'à l'os alors que le désir me calcinait jusqu'à la moelle.
Et quand bien même notre rencontre était un calcul, ce qui en est advenu n'était pas prévu, mais délicieux. Tellement puissant.
Gabriella m'a ramené à la vie quand je pensais qu'il n'y avait plus d'espoir pour moi.
Quand je pensais que je serai seul pour l'éternité.
En retournant à ma contemplation du plafond, je peste intérieurement en réalisant que même si Giovanni se trouve derrière les barreaux, les survivants de La Meute comme de L'Épine, veulent ma peau.
Les premiers pour avoir vendu aux flics leur tête pensante, les seconds pour avoir entraîné leur chef dans la chute du Loup.
Depuis que ma décision est prise de dénoncer Giovanni, je n'ai absolument pas pensé à ce qu'il adviendrait de moi si je n'étais plus un Louveteau.
Que faire de mes journées ? Et de mes nuits ? Vais-je supporter de vivre normalement en me rappelant tous les jours de ma vie que j'ai ôté la leur à des hommes ?
Vais-je supporter que Gabriella m'associe à un tueur ?
Vais-je accepter de vivre en paix avec moi-même ?
Je vais certainement être rayé du Barreau et interdit d'exercer ce métier auquel j'ai dédié une partie de ma vie avant de tomber dans les trafics de La Meute. Je peux d'ores et déjà oublier ma vie d'avocat, juriste, conseiller juridique ou tout autre profession en rapport avec le domaine du droit.
Le problème, c'est que je ne sais rien faire d'autre et je suis rongé par la peur de me retrouver seul face à moi-même, cherchant désespérément qui je suis, ce que je veux faire et ce que je veux tout court — mis à part Gabriella, bien entendu.
On ne se pose pas ces questions-là lorsqu'on fait partie d'une mafia. On avance. On se bat. On obéit. Et chaque matin, on recommence.
Il n'y a pas de place pour les états d'âme. Je ne suis rien, "je" n'existe pas. L'individualité est impensable. Nous sommes un tout et seule la volonté d'Il Luppo prédomine dans chacune des décisions qui sont prises. La collectivité et la démocratie ne sont que des leurres destinés à appâter les plus faibles pour les rallier à notre cause. Cela étant fait, tout nouveau Louveteau ne devient qu'un clone du précédent.
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LA MEUTE
RomanceGabriella et Nate filent le parfait amour lorsqu'un jour, ce dernier disparaît mystérieusement des radars ne laissant qu'un simple post-it sur le réfrigérateur. Quatre ans plus tard, bien que Gabriella ait réalisé son rêve de devenir avocate, sa vie...
