GABRIELLA
Octobre 2022, New-York
Les semaines qui suivent nos retrouvailles sont pleines de soleil. New-York s'assombrit à mesure que l'automne progresse alors que mon cœur, lui, est en plein été.
Je marche dans les rues, emmitouflée dans mon écharpe de cachemire, un sourire collé sur mon visage qui nargue tous les New-Yorkais dont les mines renfrognées ne sont pas sans rappeler celles des gardiens de prison.
D'un pas fluet, je rejoins Matthew et Agatha pour le déjeuner. Matthew a réservé dans un nouvel endroit qui propose des bagels sans gluten et de la nourriture végétarienne, ce qui convient parfaitement à Agatha qui enchaîne les régimes étranges pour purifier son âme depuis que les substances illicites ont déserté son corps.
Lorsque j'arrive au rendez-vous, Agatha et Matthew sont déjà attablés. La chaleur de l'établissement apaise instantanément les gerçures qui prennent naissance sur mes lèvres. Le drame, c'est qu'à chaque fois que Nate m'embrasse, je grimace. Mais de la même manière qu'il faut souffrir pour être belle, il faut souffrir pour être heureuse.
Les discussions battent leur plein, les rires de Matthew et Agatha retentissent et se mêlent au mien, les ventres se remplissent, la nourriture est délicieuse et cela se voit puisque les assiettes sont vides lorsque le serveur vient les débarrasser.
Je lève les yeux au ciel lorsque Matthew entreprend de raconter pour la vingtième fois — au moins — l'histoire du petit flic.
— Non mais Gabi, même si tu as déjà entendu cette histoire, elle vaut la peine d'être écoutée encore et encore !
Il n'a pas tort, cette anecdote a le don de raviver mes rires à chaque fois qu'il me la conte. Matthew est déjà hilare alors qu'il n'a même pas commencé à la raconter.
— Je traînais sur les applis de rencontre, jusque-là rien de neuf sous le soleil, on croise toujours les mêmes têtes de nœud dans New-York, lorsque je tombe sur un mec plutôt beau gosse, une jolie photo de profil avec un bonhomme bien souriant, je me dis celui-là, il est pour moi ! Ni une, ni deux, on match ! Ni une, ni deux, je l'invite à venir passer la soirée chez moi. Ni une, ni deux, il est sur le pas de ma porte avec un drôle de sac à dos bien rempli, mais je ne relève pas. Je me dis qu'il pense peut-être passer la nuit chez moi, quel ambitieux ! Personne ne passe jamais la nuit chez moi. On fait notre affaire et hop, retour à l'envoyeur !
Agatha a du mal à respirer tant elle rit déjà. Matthew a une manière bien à lui de raconter les histoires qui les rend toutes hilarantes. Même s'il raconte un décès, son public rit à gorge déployée.
— Bref, il entre, et je n'y vais pas par quatre chemins. Je lui saute au cou, à la bouche, à la mite, ce que vous voulez, mais nous copulons rapidement.
— Il voulait dire à la bite, je précise à l'intention d'Agatha.
— Gabriella Solenza ! À la mite ! Pas de gros mots !
— Bite, bite, bite, bite, bite.
— Gabriella, tout le monde nous regarde ! se plaint Matthew.
— Oh ça va ! je raille. Tout le monde dans cette pièce a soit déjà vu une bite, soit en a une qui pend entre les jambes !
— Bon, reprenons, dit alors Matthew en récupérant son sérieux. J'étais à quatre pattes, il n'était pas bien loin derrière moi, quand soudain il me propose de jeter un œil au contenu de son sac. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvre que dans ce sac, il n'y a que des accessoires sexuels loufoques ! Des menottes, une matraque, un képi de policier, une ceinture, bref, la totale pour un jeu de rôle sexuel. Alors là, je lui dis, je t'arrête tout de suite, je ne fais pas dans les jeux de rôle !
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LA MEUTE
RomanceGabriella et Nate filent le parfait amour lorsqu'un jour, ce dernier disparaît mystérieusement des radars ne laissant qu'un simple post-it sur le réfrigérateur. Quatre ans plus tard, bien que Gabriella ait réalisé son rêve de devenir avocate, sa vie...
