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GABRIELLA

Septembre 2022, New-York

Aujourd'hui, j'ai perdu deux affaires et j'en suis malade.

Les cas étaient épineux, les prévenus avaient peu de chance de s'en sortir indemnes, mais ma déception est telle que j'ai absolument besoin de la noyer dans des Spritz en terrasse.

Quoi de meilleur qu'un Spritz bien frais pour décompresser ?

Dans un verre à ballon rempli de glaçons, verser :

9cl de Prosecco (ses bulles délicates picotent les papilles),

6cl d'Aperol (son goût amer éveille les sens),

3cl d'eau gazeuse (histoire de dire que ce n'est pas que de l'alcool).

Une rondelle d'orange, une paille et le tour est joué.

Ces dernières semaines depuis le retour de Nate ont été éreintantes et comme un malheur n'arrive jamais seul, ce week-end, je déjeune chez mes parents. J'ai repoussé ce moment depuis trop longtemps, et je ne peux pas refuser cette fois, car ma grand-mère sera présente.

Isabella est très en forme pour son âge, mais je suis consciente qu'elle n'est pas éternelle. Ses cheveux blancs toujours impeccablement coiffés lui donnent une classe indéniable qu'elle se plaît à entretenir en accordant la couleur de son foulard Hermès à celle de son sac à main. Bella aime par-dessus tout son fils — mon père —, et ses petits-enfants. Elle déteste plus que tout sa belle-fille — ma mère —, et son auxiliaire de vie.

J'avale une gorgée de ma boisson, tout en repensant à Nate. Je n'ai plus eu de nouvelles de lui après avoir ignoré son message.

Jusqu'à hier soir.

J'étais tranquillement dans mon bain quand mon téléphone a vibré, m'indiquant un message entrant d'un numéro que je connaissais par cœur.

Inconnu : Il faut que l'on se voie. Donne-moi

une date, une heure, un lieu et je serai là.

Nate.

J'ai roulé des yeux, puis reposé mon téléphone.

Il fallait absolument qu'il reparte d'où il venait, et que je reprenne progressivement mon processus d'oubli en omettant cet interlude perturbateur.

La fin de la semaine se déroule sans plus d'encombre et surtout, sans nouvelles de Nate. Je n'ai pas pris la peine de répondre à son message, quant à lui, il n'a pas refait surface.

Alors que je me gare sur le parking de ma maison d'enfance, Speedy me fonce dessus, m'inondant les mollets de bave pendant que je tente de sortir tant bien que mal de ma voiture. La fête du golden retriever de la famille continue sur toute l'allée de gravillons et se finit dans le salon familial. Après quelques caresses à Speedy, je me relève pour faire face à ma mère qui m'observe de la cuisine.

— Je vois que vous avez fait quelques changements, dis-je à ma mère en jetant des œillades aux alentours.

En quelques années, la maison de mon enfance conviviale et chaleureuse s'est muée en une maison témoin qui n'a plus rien d'intime. Les photos de famille ont été remplacées par des cadres impersonnels et des toiles d'artistes que personne ne connaît. Les meubles rustiques et authentiques ainsi que les nappes aux couleurs joviales ont laissé leur place à des meubles blancs et sans âme. Même le retour des enfants entre ces quatre murs ne ravive absolument pas la flamme.

Nous nous dirigeons vers l'extérieur où trône une table à l'abri du soleil. L'ombre est offerte par une délicate tonnelle en fer forgé où courent du lierre et du jasmin qui s'entremêlent et procurent une douce odeur printanière en plein mois de septembre.

LA MEUTEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant