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NATE

Février 2023, New-York

Le tintement des menottes contre le banc froid en ferraille sur lequel je patiente depuis deux heures me tire de mes pensées.

Ma tête va exploser, compressée entre les remords et les regrets qui m'assaillent et auxquels je dois faire face sans ciller. Je réalise qu'il est trop tard pour ces ressentiments. J'ai fait mon choix et je dois simplement l'assumer, en dépit de Gabriella et de notre amour qui s'en trouve altéré. Malgré ce que je lui avais promis et ce que j'ai bafoué.

De toute manière, je ne suis pas doué pour tenir les promesses. Il faut que j'arrête de me lancer dans ces manœuvres que je brise toujours.

Le flic chargé de m'incarcérer ne fait pas un bruit, seul son stylo qui froisse le papier me brûle les tympans de manière agressive. Il arbore une moue satisfaite qui me donne envie de lui arracher son sourire de la plus barbare des manières.

L'enfant que j'étais aurait été bien déçu d'apprendre qu'il allait gaspiller dix ans de sa vie derrière les barreaux. Personne ne rêve d'être un bandit. Personne ne prévoit de bafouer la loi. Parfois, cette éventualité s'impose comme une évidence. Parfois, c'est le seul moyen de s'en sortir. Parfois, c'est le seul moyen de survivre.

C'est la ligne de défense qu'on a choisie et c'est surtout la triste vérité, mais les jurés n'en ont pas tenu compte. Ils n'ont pas pensé au petit Nate qui, sans figure paternelle, a fait une mauvaise rencontre, au mauvais moment et a décidé de lui confier sa vie sans retenue, sans se douter que quinze ans plus tard, il en serait puni.

Lorsque la camionnette s'arrête devant la prison, des frissons d'horreur enduisent ma peau. J'ai froid, je suis frigorifié alors que le chauffage étouffe l'air de l'habitacle oppressant. Je peine à respirer correctement face au lugubre bâtiment qui se dresse face à moi et promet d'être ma maison pour les dix années à venir.

Dix longues années derrière les barreaux de cette prison connue et reconnue pour ses conditions de vie inadmissibles et sa dangerosité extrême.

D'habitude, ma témérité domine mes émotions, mais face à la situation, j'ai peur.

Je suis terrifié.

Les murs défraîchis des bâtiments visibles de l'extérieur dégagent une ambiance lugubre qui glace mon sang. Je jette un œil rapide aux hommes qui m'entourent, tous menottés, tous en partance pour la même destination.

Suite au verdict, les Louveteaux ont été disséminés aux quatre coins du pays. Nous avons tous été séparés, pour éviter que nos manigances ne continuent en prison.

Comme si Il Luppo n'avait pas continué sans nous. Comme si les trafics avaient cessé à notre condamnation.

Nous n'avons eu aucune nouvelle du Loup de New-York et nous n'en aurons aucune au cours de notre incarcération, car c'est ainsi qu'il fonctionne. Nous sommes ses Louveteaux, mais il tient à sa discrétion. On s'est fait choper et c'est tant pis pour nous. Il sera là à la sortie pour nous récupérer, mais pendant ces dix ans, ce sera comme s'il n'avait jamais existé. Comme si nous n'avions jamais travaillé pour lui.

— Terminus, tout le monde descend ! hurle le conducteur du minibus qui nous a menés jusqu'ici.

D'un même geste, tous les détenus se lèvent, moi y compris. Une ambiance morne règne dans l'habitacle, qui se prolonge alors que nous marchons en file dans l'allée qui nous mène à l'entrée de la prison. Personne n'a envie d'être là et certains ne tarderont pas à mettre fin à leurs jours. Cela se voit sur leurs visages aux couleurs pâles qui n'ont plus rien de vivants. Ils ont tous l'air morts.

LA MEUTEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant