GABRIELLA
Décembre 2022, New-York
Il y a un mois, j'ai été touchée à la cuisse par balle, suite à mon enlèvement par une personne que je croyais être mon amie. Je suis toujours sous le choc de ma séquestration par Agatha.
Impression que je vais mourir. Manque d'air. Impossibilité de parler. Bâillonnée. Ligotée. Frappée. Une balle dans la cuisse.
Boum.
Le vide, le vide, le vide...
Si je m'en suis physiquement sortie, mon mental a pris un coup et poursuivre une vie sans crainte me paraît être une aberration.
Dans la bagarre, Agatha a été abattue par La Meute. Ils se sont chargés du corps, puis de nettoyer les lieux pour que personne ne tombe sur la scène de crime.
Nate a veillé sur moi nuit et jour, des semaines durant, pour calmer mes angoisses qui hantaient mes insomnies et appréhender le moindre de mes cauchemars.
La vie continue. En dépit de mes nouveaux traumatismes, le procès arrive à grands pas et ce n'est pas le moment de se laisser dépasser par des ressentiments.
Un frisson me parcourt lorsque je sors du bâtiment en verre où est situé mon bureau. Je resserre mon manteau sur ma poitrine et enfile mes gants avant de me mettre en route pour rejoindre mon appartement où Nate m'y attend déjà.
Je suis soulagée de passer le pas de la porte et de sentir la chaleur envahir mon corps. Après m'être débarrassée de mon manteau, je rejoins Nate qui est en pleine conversation au salon.
D'un doigt levé, il m'intime de me taire et j'obéis sans rechigner. En attendant qu'il se libère, j'en profite pour me glisser sous la douche. L'eau chaude enveloppe mes muscles de manière agréable, et détend mes nerfs contractés à cause du froid new-yorkais.
Plongée dans mes pensées, je ne remarque pas que Nate m'a rejoint, et je sursaute lorsque ses mains froides se posent sur mes hanches. Nos corps nus se rapprochent et son torse encore froid se colle contre mon dos déjà mouillé. J'incline le pommeau de douche pour que Nate puisse aussi profiter de la chaleur qu'offre l'eau.
Je sens déjà son érection pressée contre mes fesses, ce qui m'excite presque aussitôt, cet état de plénitude étant amplifié par les baisers que dépose Nate dans le creux de mon cou. Il laisse sa langue s'attarder par moment, me faisant tressauter lorsque cela arrive. Jamais personne ne m'a fait ressentir de telles sensations, si fortes, si puissantes, si vraies.
Toujours dos à Nate, j'attrape son membre entre ma main et entame des mouvements lascifs de la base jusqu'au gland.
— Amore mio, murmure-t-il, j'ai envie de te sentir autour de moi. Tu veux bien ?
Je veux. Je veux lui offrir ma bouche, sentir son membre pulser contre ma langue, voir son orgasme d'en bas, voir ses yeux se révulser et sa tête partir en arrière sous le coup de la jouissance.
Je me retourne et entame ma quête du plaisir de haut en bas de son corps galvanisé par le désir. L'ambiance est brûlante, tendue, mon vagin palpite si fort d'excitation que c'en est presque douloureux. Nate saisit le pommeau de douche pour humidifier mon dos afin que je n'aie pas froid et le contraste entre mon dos presque sec et la chaleur de l'eau dresse la pointe de mes seins.
Je couvre de baisers la naissance de son sexe, attardant ma langue par moments, mordillant sa peau par d'autres alors que ma main coulisse toujours le long de sa verge. S'ensuit un ballet rythmé par ma bouche auquel le corps de Nate répond par des gémissements spontanés qui accentuent mon excitation déjà bien présente.
Une fois propres, nos pulsions assouvies, nous nous installons au salon. J'ai hâte d'expliquer à Nate les excellentes nouvelles du jour pour notre procès.
Alors que je m'assieds en tailleur sur le tapis, face à Nate, il nous sert deux verres de vin. En dépit de tous les drames qu'a connus mon appartement, je ne me sens pas mal à l'aise dans mon salon. La présence de Nate annihile toutes mes craintes et éloigne les mauvais souvenirs qui reviennent parfois en force s'infiltrer dans mon esprit quand un bruit suspect retentit.
Ce moment reflète exactement tout ce que j'aime : Nate, du vin, du bon temps à deux. Du bonheur et le plus bel homme du monde qui me sourit, qui me bénit du regard.
L'amour est si beau avec lui.
— Si j'ai acheté une si bonne bouteille, c'est parce qu'aujourd'hui, nous fêtons notre victoire. Nous allons gagner ce procès. Ou du moins, en partie, je l'informe.
Il hausse un sourcil interloqué en ma direction. Je ne parviens pas à déchiffrer son air qui reste énigmatique.
— Le procureur te propose un accord.
— Dis-moi tout ?
— Il accepte d'abandonner les charges contre toi.
— Mais ? me répond-il.
— Il abandonne les charges contre toi si tu dénonces Il Luppo.
En passant une main dans ses cheveux bruns encore un peu humides, il allonge son dos contre le dossier du canapé. Après un long soupir qui annonce la couleur, il finit par durcir son regard et adopte un ton intransigeant pour me répondre.
— C'est hors de question.
Alors que j'ouvre la bouche pour rétorquer, il me coupe aussitôt.
— C'est non négociable.
Son refus me transperce de part et d'autre et tranche l'air comme une lance aiguisée.
Est-il en train de refuser une vie à deux pour protéger un mafieux ? Est-il en train de choisir la prison à la liberté ? Choisit-il Il Luppo à moi ?
Je suis partagée entre colère, haine, peine, incompréhension et désillusion. Et tant d'autres sentiments encore que je ne parviens pas à déterminer nettement.
— Je pensais que tu m'aimais, je murmure les yeux remplis de larmes que je tente difficilement de maîtriser.
— Putain Gabriella, ça n'a rien à voir ! Ne mélange pas tout, ne nous mêle surtout pas à tout ça !
— Ça a tout à voir, au contraire.
— Non Gab, putain, tu sais que je t'aime. Tu le sais très bien !
— Non je ne le sais pas ! Quand tu es parti...
— Ah, on en est revenu là ? me dit-il d'un air mauvais. Je pensais qu'on avait dépassé ce stade. Tu ne me feras pas changer d'avis. Finalement, je n'en veux pas de ce vin. On n'a rien à fêter. Je vais rentrer chez moi, ce sera mieux.
Les mots s'étranglent dans ma gorge, je ne parviens ni à m'excuser, ni à le retenir, aucun son ne franchit le seuil de ma bouche. J'ai peur de rester seule.
Je ne veux pas que l'on se quitte fâchés. La vie est trop courte pour se quitter fâchés, et si quelque chose lui arrivait sur le chemin du retour sans que l'on puisse se réconcilier, et si son cœur s'arrêtait dans les escaliers et s'il rendait son dernier souffle en arrivant chez lui, je ne pourrais jamais vivre avec le poids des regrets comme une enclume au-dessus de moi.
Il est hors de question que la rancœur prenne le pas sur l'amour.
Je me fais violence pour tenter de débloquer les mots qui sont coincés dans ma gorge et réussis à prononcer son prénom. C'est un bon début, mais pas suffisant pour qu'il reste.
— Ne me quitte pas, je bafouille. Reste ici, s'il te plaît.
Progressivement, ma voix retrouve son volume initial et mon assurance reprend le dessus sur la tétanie. Sortant de ma léthargie, je supplie Nate de rester et je n'ai pas de mal à le convaincre, toutefois la soirée est silencieuse, rythmée par des soupirs agacés et le bruit des cœurs brisés.
Nate et moi, nous nous étions promis qu'il n'y avait pas de fin malheureuse pour les gens qui s'aimaient.
J'y croyais dur comme fer. Je savais qu'on s'en sortirait. Nate allait forcément finir par accepter l'accord, puisqu'il m'aimait.
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LA MEUTE
RomanceGabriella et Nate filent le parfait amour lorsqu'un jour, ce dernier disparaît mystérieusement des radars ne laissant qu'un simple post-it sur le réfrigérateur. Quatre ans plus tard, bien que Gabriella ait réalisé son rêve de devenir avocate, sa vie...
