Chapitre 3

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J'entends des voix lointaines et brouillées. Comme si j'étais sous l'eau. Je cligne lentement des yeux et découvre un plafond blanc, uni, impersonnel. L'odeur de désinfectant m'agresse doucement les narines. J'ai mal à la tête. Un mal sourd, profond, comme un tambour dans mon crâne. Une silhouette apparaît dans mon champ de vision. Un jeune homme. Il a les bras croisés, le visage fermé mais soulagé. Jules ? Oui, c'est lui. Il me fixe, l'air fatigué mais rassuré.

Une dame arrive dans la pièce, pressée, concentrée. L'infirmière. Les souvenirs reviennent lentement, comme des bulles qui remontent à la surface : la douleur, l'effondrement, les cris des autres, la panique. Mon corps tendu, hurlant. Mes amis qui ne comprenaient pas. Et le noir.

L'infirmière vérifie quelque chose sur un petit écran qui bippe régulièrement à ma droite. Une machine est branchée à mon bras par un câble qui me tire un peu la peau. Elle note quelque chose sur une tablette avant de se tourner vers moi.

— Ne bouge pas ! s'écrie-t-elle en me voyant essayer de me redresser.

— Mais... je suis mal installé là...

— Je sais, mais reste calme. Tu t'es évanoui tout à l'heure, on ne sait pas encore pourquoi exactement. Il faut y aller doucement, d'accord ?

— Ça va mieux ? demande Jules, la voix un peu plus posée.

— Oui... ça va. Je suis juste crevé...

L'infirmière se redresse, attrape une boîte blanche sur l'étagère et tend vers moi un petit cachet dans une cupule.

— Tiens, prends ça.

— C'est quoi ?

— Un antalgique. Pour la douleur. Et un décontractant léger. Tu dois te reposer. Tu as des examens à faire à l'hôpital dans deux semaines. Scanner cérébral, électroencéphalogramme... Je n'ai pas pu trouver plus tôt, les créneaux sont pleins.

Elle marque une pause, me regarde droit dans les yeux, sérieuse.

— Les pompiers t'ont stabilisé, mais on doit savoir ce qui a causé ce malaise. Ce genre de crise... ce n'est pas banal, tu comprends ?

— Oui... merci beaucoup. Je dois le diluer avec de l'eau ?

— Bien sûr. Et ton ami peut peut-être t'aider, s'il arrête de pianoter sur son téléphone.

— Je dis juste aux autres que Sohan est réveillé, grommelle Jules, sans lever la tête.

Il se lève sans plus attendre, va au petit lavabo au fond de la pièce, remplit un gobelet et me le tend. Je le remercie d'un signe de tête, avale le cachet, puis ferme les yeux. Quelques secondes, juste pour souffler.

Quand je les rouvre, Jules a disparu. À sa place, c'est Jonas. Il est affalé sur une chaise, les écouteurs dans les oreilles. Quand il lève les yeux et croise mon regard, son visage s'illumine. Il se redresse d'un bond, s'étire, puis vient s'asseoir à côté de moi. La chaise grince sous son poids, menaçant de céder à tout moment.

Le plus surprenant, c'est que je vais vraiment mieux. La douleur a disparu, remplacée par une sensation d'épuisement agréable, presque douce. Je m'assois dans mon lit, avec précaution. L'infirmière me lance un regard attentif mais ne dit rien. Je lui adresse un sourire en guise de remerciement. Je me lève doucement et rejoins Jonas, qui termine de ranger ses affaires. Il jette un œil à l'horloge accrochée au-dessus des affiches anti-tabac. 18h. Le lycée commence à se vider.

— On doit pas trop traîner... Ça va mieux ?

— Oui. Tu es là depuis quelle heure ?

— 16h. Thomas était là avant moi, il a fait 15h-16h. On s'est relayés. Au début... avant que tu t'écroules, j'ai cru que tu voulais esquiver l'éval de maths...

Le lenseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant