Chapitre 27

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Sur le chemin du retour, un silence lourd s'installe entre nous.
Pas un mot, pas même un regard.
Milo marche un peu devant moi, les épaules légèrement tendues, les mains enfoncées dans les poches de son manteau. La lumière des lanternes suspendues au-dessus des sentiers flotte dans l'air tiède, projetant des ombres tremblantes sur le sol de terre battue.

Avant de quitter la salle du Conseil, il avait échangé quelques mots brefs avec Mathis, puis m'avait simplement adressé un rapide mouvement de sourcil, comme un ordre muet : on y va. Depuis, plus rien.
Son visage est fermé, comme sculpté dans la pierre, et à mesure que nous avançons, son mutisme me pèse de plus en plus.

Je garde le silence moi aussi, le regard fixé sur ses pas, mes pensées tourbillonnant comme des feuilles mortes.
Je n'ose pas l'interrompre. Quelque chose, dans la tension de ses gestes, dans la raideur de sa nuque, m'en dissuade.
Je me demande si c'est la colère, la déception, ou quelque chose de plus inquiétant.
La plupart des visages, en quittant la réunion, étaient empreints d'inquiétude, presque de résignation. Mais Milo, lui, est resté impassible, son expression hermétique, impossible à déchiffrer.

Je tente de deviner.
Est-ce la peur ? Le doute ?
Ou est-il en colère contre nous, contre lui-même, contre le monde entier ?

Je repense aux applaudissements qu'il avait offerts, sobres mais sincères, aux discours qui prônaient l'envoi de troupes.
S'il a soutenu cette décision, alors pourquoi cette ombre dans ses yeux ? Pourquoi ce silence ?

La question me brûle les lèvres. Je lutte quelques pas de plus, mais finalement je cède.

Je m'éclaircis discrètement la gorge.

—Milo ? Qu'est ce qu'il y a ?

Ma voix est un peu plus faible que je l'aurais voulu.

Il ne ralentit pas sa marche. Ne tourne même pas la tête.

— Rien.

La réponse claque, sèche, sans chaleur. Je fronce légèrement les sourcils. Pas à moi, Milo. Pas comme ça.
Il me connaît suffisamment pour savoir que je ne me contenterai pas d'une pirouette.

Je presse un peu le pas pour me mettre à sa hauteur.

— Tu es sûr ?

J'essaie d'adoucir ma voix, de la rendre plus neutre.

—Tu ne dis plus rien depuis tout à l'heure.

Il inspire profondément, presque malgré lui, et laisse échapper un soupir qui semble porter tout le poids du monde.
Pendant quelques secondes, il ne répond pas, et je me demande s'il va tout simplement m'ignorer.

Puis, enfin, à voix basse :

— Ne t'inquiète pas.

Une pause. Une hésitation.
Et, plus bas encore, comme s'il me confiait un secret :

—Enfin... en réalité, je ne pensais pas qu'on en arriverait là. Je ressens quelque chose que je n'ai pas ressenti depuis un long moment.

Mon cœur rate un battement.
Ce ton-là, je ne lui connais pas.

— Ah oui ? je demande doucement. Et de quoi s'agit-il ?

Milo ralentit imperceptiblement. Il lève les yeux vers le ciel où quelques étoiles, timides, commencent à percer à travers la brume du soir.

—J'ai peur, Sohan.

Ces mots, simples, tombent entre nous comme un couperet.

Je m'arrête net, surpris, presque choqué.
Milo.
Celui qui avait toujours paru si sûr de lui, si solide, si inébranlable.
Milo a peur.

Le lenseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant