Je n'ai pas très bien compris ce qu'il s'est passé ensuite. Ou plutôt, c'est comme si mon esprit avait volontairement flouté les événements pour m'épargner. Le chaos, quand il surgit, n'arrive jamais par étapes. Il se jette sur vous, brutal, sans prévenir, sans vous laisser le temps de réfléchir.
Tout est allé si vite. Trop vite.
C'est Dupa qui a réagi la première. Une alerte dans sa voix, une tension dans ses épaules, puis ce geste vif : elle a rappelé sa petite créature d'un sifflement sec, presque animal, et lui a ordonné — dans une langue que je ne comprenais pas totalement, mais dont l'urgence transperçait — de répandre sa poudre révélatrice. Une fine poussière dorée, à peine visible à l'œil nu, s'est alors dispersée au-dessus du champ de bataille comme une brume magique. Et soudain, les formes sont apparues. Des dizaines, peut-être plus. Des silhouettes autrefois invisibles, tapies, masquées, prêtes à frapper.
Ils étaient là. Ils nous attendaient.
Des renforts du Pago n'ont pas tardé à surgir. De la terre elle-même. Comme si elle les recrachait. Les soldats jaillissaient du sol dans un fracas sourd, soulevant la poussière, faisant vibrer l'air autour de nous. Il y avait quelque chose de spectral dans leur apparition. Leur maîtrise du camouflage était effrayante d'efficacité, et leur coordination, impeccable. Ils ne criaient pas. Ils frappaient.
Je me suis retourné vers Axel.
Il n'a pas hésité.
La porte intérieure — celle qui reliait notre poste à l'intérieur des remparts — a claqué derrière lui alors qu'il descendait en courant l'escalier de pierre. J'ai entendu les battements précipités de ses pas se perdre dans les entrailles du mur, puis, quelques instants plus tard, la terre elle-même a tremblé. Une vibration profonde, presque organique. Axel venait de faire jaillir un pilier de roche — immense, brutal, qui s'est élevé comme un poing vers le ciel.
Il en a fait surgir d'autres. Des piliers jumeaux, massifs, qui s'abattaient sur les assaillants avec une force impressionnante. Certains volaient littéralement sous le choc. D'autres étaient pris au piège entre deux masses rocheuses et ne se relevaient pas.
Les lignes ennemis du fond étaient décimées par des boules d'énergie violettes. Précises. Puissantes. C'était la signature parfait de la fille qui nous avait escorté. Elle était là, cachée je ne sais où, à semer le chaos dans leurs rangs.
Moi, je suis resté figé un instant, incapable de comprendre ce qui se passait. Le cœur battant, la gorge sèche, les mains moites. Mon regard cherchait un point d'ancrage. Un ordre. Une direction.
Puis, j'ai vu.
Un soldat, à l'arrière, un peu en retrait. Il ne bougeait pas comme les autres. Il lançait des attaques à distance — des projectiles étranges, pulsants, chargés d'énergie électrique. C'était lui, le danger réel. Pas ceux qui se précipitaient sur les murs, mais celui qui, derrière, les couvrait en balançant de puisantes attaques longues distances.
J'ai saisi une des lames accrochées au mur. Elle était froide, bien équilibrée, et étonnamment légère. Un souffle. Je l'ai propulsée, utilisant mon lense sans réfléchir. La lame a traversé l'air comme un éclair, silencieuse, précise. Elle l'a atteint à la gorge. Une tâche sombre s'est répandue sur son col. Il a titubé. Puis s'est effondré.
Je suis resté là. Immobile.
Je venais de tuer un homme.
Et pourtant, rien. Pas de nausée. Pas de tremblement. Juste... une sensation étrange de calme. Comme si mon corps et mon esprit avaient accepté l'idée depuis longtemps, sans me le dire. Il fallait survivre. Voilà tout.
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Le lense
ParanormaleDes mutations génétiques peuvent se produire dans notre corps. Il ne suffit que d'une seule particulière et c'est tout l'organisme qui s'emballe afin d'accueillir une faculté magique extraordinaire: le lense. Apprendre à le manier est vital car un m...
