Après avoir vomi pendant près d'une minute, je m'attendais à me sentir mal, vidé, nauséeux. Mais non. Ce n'est pas du tout ce qui se passe. Au contraire, une sensation fraîche m'envahit, comme si quelqu'un avait glissé une pastille de menthe dans mon cerveau. C'est... agréable. Trop agréable pour quelque chose d'aussi dégoûtant que vomir. Bizarrement, j'aurais presque envie que ça continue. Mais évidemment, je ne dis rien. Je garde ça pour moi. Qui pourrait croire que vomir peut procurer du plaisir ?
Je prends le mouchoir que Mila me tend et fais semblant de me moucher pour ne pas éveiller les soupçons. Elle me propose de l'eau, je prends la bouteille d'un air naturel, bien que je ressente un pincement de regret en sentant cette sensation mentholée disparaître de ma bouche. Une partie de moi aurait aimé la garder un peu plus longtemps. Juste pour comprendre. Ou peut-être parce que c'était, d'une manière étrange, apaisant.
— Ça va ? demande Jonas, inquiet.
— Ouais, je crois que c'est juste un coup de chaud, je réponds en allant m'asseoir à côté de Mila sur le banc du parc.
Mais au fond de moi, je sais que ce n'était pas qu'un coup de chaud. Tout ça... la lumière verte, le vertige, le vomi parfumé... Ça fait trop d'étrangetés pour ne pas être lié. J'essaie de ne pas me prendre pour le héros d'un film de science-fiction, mais ça devient difficile de ne pas sentir que quelque chose cloche — et que ce quelque chose me concerne directement. Ce n'est pas juste une coïncidence. Ça ne peut pas l'être. C'est comme si quelque chose essayait de me dire : « Tu vois ? Tu sens que c'est pas normal ? »
Mon téléphone vibre. Mila sort le sien en même temps que moi. Notification. Le même message pour tous. Elle la lit à haute voix, les sourcils un peu froncés, en sautant des mots comme si elle lisait vite :
— C'est le lycée... Madame, Monsieur, suite aux récents événements hmmmm... nia nia nia... des mesures de sécurité ont été prises... blablabla... les cours reprennent demain matin aux horaires habituels et faudra présenter un justificatif d'appartenance au lycée... hmm... carte de cantine ou carnet obligatoire. Voilà.
Elle fronce les sourcils, l'air dubitative, presque un peu agacée.
— Vous allez y aller ?
— Franchement, je sais pas... mais on a quand même des cours importants...
— Pareil. J'veux pas me retrouver à la bourre, surtout que j'ai déjà du mal avec l'histoire. Et puis, ça fera du bien de retrouver un peu de normalité, non ? Même si c'est une normalité un peu bancale.
Je hoche la tête et envoie un message à mes parents. « Le lycée rouvre demain, j'y vais avec les autres. Rien d'inquiétant pour l'instant, je vous tiens au courant. »
— Les autres viennent aussi ? je demande.
— Jules a dit oui. Thomas aussi. Gabin, en revanche, ses parents veulent pas qu'il sorte. Ils flippent trop. Ils regardent trop les infos.
Ça fait presque deux heures qu'on est au parc. Le soleil tape doucement, et je commence à avoir faim. J'interroge Mila du regard.
— Tu comptes manger où ?
— J'avais repéré une pizzeria la dernière fois, mais vu l'ambiance dans le coin, je doute qu'elle soit ouverte. Tout est fermé ici, c'est mort.
Jonas lève la main, comme un gamin qui veut parler et qui bouillonne d'une bonne idée.
— J'ai mieux. On prend le métro, je vous emmène dans un quartier que je connais bien. Il y a un buffet à volonté pour 12€. C'est pas donné, mais franchement, la bouffe est dingue. C'est super varié. Quinze minutes de trajet, max.
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Le lense
ParanormaleDes mutations génétiques peuvent se produire dans notre corps. Il ne suffit que d'une seule particulière et c'est tout l'organisme qui s'emballe afin d'accueillir une faculté magique extraordinaire: le lense. Apprendre à le manier est vital car un m...
