Le Centre de Détection du Lense — ou Shost Frime Lense dans la langue locale — se situe en plein cœur de la ville, au sommet d'un îlot suspendu, cerné par une muraille de pierre claire aussi haute qu'intimidante. Même si j'ai déjà vu des bâtiments étranges dans ce monde, rien ne ressemble à celui-ci. Ici, tout semble peser lourd de secrets.
Nous devons franchir une dizaine de portails successifs, chacun accompagné de vérifications, de scans et de silences oppressants. La transition est saisissante lorsque nous pénétrons enfin dans un hall d'attente luxueux. Des tapis végétaux au sol, des arches lumineuses, des fontaines murmurantes, et autour de nous, de petits jardins éclatants de couleurs. Une brise douce embaume l'air d'un parfum floral et sucré.
Je me tourne vers Milo, l'air presque méfiant.
— Pourquoi est-ce que c'est si sécurisé et si luxueux ? Aucun autre bâtiment qu'on a visité jusque-là ne ressemblait à ça.
Milo répond à voix basse, le regard fixé devant lui :
— Parce que c'est là que travaillent les membres de La Parma. C'est ici que sont conservés les données de tous les lenses des habitants du Parmien, avec leur grade et leur historique. C'est aussi ici que se décident certaines des plus grandes décisions militaires et scientifiques.
Je hoche la tête. C'est donc ici que réside une partie du pouvoir. Derrière ces murs doivent circuler des informations capables de changer des vies... ou de les détruire.
Soudain, une porte s'ouvre sur notre gauche. Un homme en sort. Il est petit, à peine plus âgé que moi, mais il se dégage de lui quelque chose de magnétique. Sa démarche est vive, précise. Il ne nous accorde pas un regard et traverse la pièce pour disparaître dans un nouveau portail.
— C'était qui ? je chuchote.
— Lui ? C'est le Top 10, me répond Milo. L'un des dix individus les plus puissants du territoire. Il s'appelle Mathis et on ne le voit presque jamais. Garde bien son visage en tête, tu risques de ne jamais le revoir d'aussi près.
Il y a quelque chose d'impressionnant dans la manière dont Milo le regarde. Du respect, peut-être... ou de la rivalité ? Je n'ose pas demander.
Puis, une autre porte s'ouvre. Une femme vêtue d'un uniforme gris perle s'avance et appelle mon nom. Milo reste assis. Il me fait un signe d'encouragement.
Je suis la femme sans poser de questions. Nous traversons un couloir infini aux murs couverts de motifs mouvants, presque hypnotiques. Des portes numérotées défilent sur les côtés. Elle en ouvre une, m'indique de patienter à l'intérieur, puis ressort. La pièce est sobre : une table, une chaise, un bureau métallique. Pas du tout aussi luxueuse que le hall. Je m'assieds, les mains un peu moites. Quelques minutes plus tard, elle revient avec une fiche — la mienne, visiblement.
— Allez, suis-moi, dit-elle. Le test va commencer.
Nous traversons à nouveau le couloir et entrons dans une salle bien plus vaste. Des machines encombrent l'espace, certaines bourdonnent faiblement, d'autres projettent des hologrammes. Une fenêtre laisse entrevoir des jardins en contrebas et une immense aire labyrinthique. L'endroit a l'air conçu pour observer, tester, analyser... et juger.
— Je m'appelle Lyssa, dit-elle enfin. Je vais te faire passer une série d'exercices physiques, cognitifs et intuitifs. Certains te paraîtront étranges. C'est normal. Pendant tout le processus, des capteurs vont enregistrer ton activité biologique et énergétique. Le but est de définir le plus précisément possible le type de ton lense, et d'estimer son délai de manifestation.
Elle marque une pause, puis continue :
— Ton cas est particulier. Tu as déjà eu deux « pré-manifestations » — à 25% sur Terre, et à 50% en Fresse. Ces crises sont les signes que ton corps ne parvient plus à contenir l'éveil de ton lense. Il n'en reste plus qu'une : celle des 100%.
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Le lense
МистикаDes mutations génétiques peuvent se produire dans notre corps. Il ne suffit que d'une seule particulière et c'est tout l'organisme qui s'emballe afin d'accueillir une faculté magique extraordinaire: le lense. Apprendre à le manier est vital car un m...
