Chapitre 7

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Lorsqu'une dame salua Jaya de loin, se tenant au bout du long couloir, je remarque immédiatement le sourire qui se dessine sur son visage. Cela doit être l'accompagnatrice du terrien dont elle m'a parlé. En effet, un jeune homme brun, avec des taches de rousseur et un regard timide, se tient à côté d'elle. Nous nous rapprochons d'eux rapidement, et avant que je n'aie le temps de poser une autre question, Jaya échange quelques mots avec la dame dans un langage incompréhensible pour moi. Je reste un moment interdit, observant l'autre garçon, qui semble aussi perdu que moi dans cet endroit étrange.

Lorsqu'ils ont fini leur échange, Jaya se tourne vers nous. Une lueur d'optimisme étrange brille dans ses yeux, contrastant avec la tension qui m'envahit. L'aitre garçon semble soulagé lorsqu'il entend notre langue.

- Hi, where  are you from ? je demande, ma voix hésitante.

- Hi, I'm from Canada répond-il avec un accent légèrement marqué.

- Oh, do you speak French ? e continue, le cœur battant.

- Un petit peu... je m'appelle Lucas. 

Sa timidité, bien qu'évidente, me rassure. Même s'il a l'air de ne pas savoir trop quoi dire, je comprends que nous pouvons enfin communiquer. En même temps, un frisson me traverse. Je sais que la situation est étrange, mais je me sens aussi soulagé de pouvoir avoir un échange, même simple, dans une langue que je maîtrise. Je lui explique rapidement que je m'appelle Sohan, mais avant que je puisse poser une autre question, Cléo, l'amie de Jaya, prend la parole en anglais.

- We need to hurry, nous dit-elle. We're going to a special place for people like you.

Je me sens soudainement encore plus perdu. Un lieu spécial ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Mais avant que je puisse réagir, Cléo ajoute, dans un ton plus rassurant, que là-bas, nous pourrons « contrôler cette chose en nous ». Le stress me saisit à nouveau, mais j'essaie de me concentrer sur ce qu'elle dit. Nous devons nous rendre dans un endroit où nous pourrons maîtriser ce que Jaya et Cléo appellent "la chose". Et il semble que le bus pour ce lieu part dans dix minutes, donc il est urgent de se déplacer.

Nous empruntons un escalier monumental en pierre qui descend en spirale, et je me surprends à me demander ce que cet endroit peut bien être. À chaque pas, le stress augmente. Le sol résonne sous nos pieds. Je garde un œil sur Lucas, qui semble tout aussi perdu que moi, mais il reste calme, comme s'il essayait de comprendre tout ce qui se passe autour de nous. Ce n'est pas le moment de paniquer, mais la tension est palpable.

En descendant, je remarque des lianes suspendues au plafond, composées de fleurs multicolores qui s'entrelacent de manière presque surnaturelle. Un fil d'eau court le long des murs, ajoutant une touche étrange à l'environnement déjà perturbant. Je me demande si j'ai perdu tout contact avec la réalité, si tout cela n'est qu'un rêve. Mais un poisson surgit soudainement d'un des ruisseaux muraux, se transformant instantanément en un être humain, suivi de trois autres. Je suis déstabilisé. Est-ce possible ? Ces personnes, qui ressemblent à des humains, sont-elles vraiment humaines ? Je me pose encore mille questions, mais la réponse m'échappe.

Lorsque nous arrivons au bas de l'escalier, un long couloir s'ouvre devant nous, débouchant sur un paysage totalement différent. Le ciel est d'un bleu éclatant, mais ce qui me fait immédiatement froid dans le dos, ce sont les deux soleils qui brillent dans le ciel. L'un est plus petit que l'autre, mais leur présence simultanée est perturbante. Je vois Lucas, les yeux écarquillés, regarder le ciel d'un air incrédule, comme s'il tentait de comprendre si ce qu'il voit est réel.

Les arbres autour de nous sont gigantesques. Certains ont des troncs si épais que leurs cimes disparaissent dans un enchevêtrement de branches denses. C'est surprenant. Au milieu de ces forêts étranges, il y a aussi des bâtiments, mais leurs formes sont différentes de celles que l'on connaît sur Terre. La nature semble être en train de se mélanger à l'architecture de cet endroit, comme si tout avait été conçu dans un seul but : nous déstabiliser encore plus.

Jaya prend un petit sentier, nous invitant à la suivre. Nous arrivons bientôt à un abri où déjà une cinquantaine de binômes sont rassemblés, attendant le départ. Cléo, qui nous accompagne, nous explique en quelques mots que c'est là que tout commence pour nous. Elle se dirige vers un guichet et revient avec deux tickets similaires à ceux que l'on peut avoir pour le métro. Ils sont en plastique, avec des symboles que je ne comprends pas. Jaya nous tend les billets.

- Et voilà, dit-elle d'un ton détaché. Nos chemins se séparent ici. Vous allez devoir aller vers l'endroit où vous distinguez les autres groupes. Le chauffeur prendra vos tickets et vous... Voilà, il n'y a qu'un seul arrêt, donc pas de stress.

Je hoche la tête, mais mon stress n'a pas diminué. Ce départ imminent m'angoisse encore plus. À côté de nous, Cléo donne les mêmes instructions à Lucas, et je me rends compte que je n'ai pas envie de partir seul. Mais je n'ai pas vraiment le choix, n'est-ce pas ?

Nous avançons jusqu'à l'endroit où des groupes se forment, prêts à embarquer. Là, une discussion entre deux personnes parlant espagnol attire mon attention, et je me rends compte qu'apparemment tous les voyageurs ici sont des terriens. Ce n'est pas uniquement des enfants, mais la majorité des personnes semble être plus jeunes, avec une limite d'âge qui ne doit pas dépasser les 30 ans. Tout autour de moi, l'agitation des gens est presque fascinante. Un individu arrive avec des ailes gigantesques, et se pose doucement dans une zone prévue pour ceux qui peuvent voler. Je regarde autour de moi, m'efforçant de comprendre ce qui se passe.

Soudain, un bruit de klaxon retentit. Un engin noir, étrange, arrive à notre niveau. Il est impossible de voir à l'intérieur. La porte s'ouvre, et les passagers commencent à monter un par un. Je me sens oppressé par la situation. L'engin est comme un bus, mais il semble bien plus avancé technologiquement. Je tends mon billet au chauffeur, un être étrange, avec de grands yeux et quatre bras. Il prend mon ticket, le passe dans une machine, puis me montre un siège qui s'illumine.

Je monte à bord, me dirigeant vers la place indiquée. À l'intérieur, c'est bien un bus, mais avec des sièges disposés différemment. Je m'assois près du couloir et observe la personne assise à côté de moi. C'est une jeune fille blonde, aux yeux bleus. Elle doit être bien plus jeune que moi.

Elle remarque que je la regarde et sourit avant de me demander :

-Alors, toi aussi tu es français ?

Surpris, je la regarde sans répondre tout de suite. Puis, après un moment, je me rends compte que toutes les personnes autour de moi parlent français. Un soulagement m'envahit, mais en même temps, une sensation de malaise persiste. Je hoche la tête, un sourire forcé sur les lèvres.

-  Oui... Tu sais ce qu'il se passe ? je demande, l'appréhension montant à chaque mot.

- Non, on ne m'a pas donné de détails... Tu t'appelles comment ?

- Sohan. Et toi ?

- Justine. Je suis bordelaise, et toi tu es parisien, c'est ça ?

Avant même que je ne lui pose la question de savoir comment elle le sait, je remarque un mot inscrit sur mon poignet : « Paris ». Je lève les yeux vers son poignet et vois « Bordeaux » écrit dessus. C'est étrange, je me demande comment ils ont pu nous marquer sans qu'on s'en rende compte. Cela semble presque trop parfait, comme si tout était orchestré. Justine, en revanche, ne dirait rien et observe tout, calme.

Les portes du bus se ferment soudainement, et une ceinture de sécurité se tend autour de nos tailles. Je croise le regard de Justine, tout aussi surprise que moi. Le chauffeur ne semble même pas s'en préoccuper. Puis, un bruit sourd retentit au-dessus de nos sièges, et une trappe s'ouvre. Des tubes en sortent, soufflant des boules roses dans l'air. Elles flottent, se positionnent devant nos visages et s'ouvrent, dégageant une odeur de fraise.

Une sensation de lourdeur s'empare de moi. Je lutte contre l'envie de m'endormir, mais la fatigue me submerge. Je jette un coup d'œil à Justine, qui est déjà endormie. Pourquoi nous endormir ? Qu'est-ce qu'ils veulent faire de nous ? Je dois résister, mais trop tard...  je me sens partir et tout devient flou.

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