Je me réveille brutalement, allongé sur un sol froid et dur, bien plus dur que celui de ma précédente cellule. L'air est sec, presque métallique, et mes membres endoloris protestent à chaque mouvement. Cette cage est plus étroite, étouffante. Je me redresse lentement, la tête encore embrumée par un mal lancinant, et remarque que nous sommes trois. Deux autres silhouettes sont repliées dans des coins opposés, silencieuses. Aucun des deux ne me prête attention, et contre toute attente, cette indifférence me rassure. Ici, l'anonymat semble être un bouclier.
Leur allure me frappe : bien que vêtus des mêmes uniformes usés que tous les autres détenus, ceux-là sont massifs, bien bâtis. Pas décharnés comme ceux que j'ai côtoyés auparavant. Leur musculature semble presque incongrue dans cet environnement de souffrance. Quand je tourne la tête vers l'un d'eux un peu trop longtemps, il capte mon regard, sourit doucement et s'approche à pas calmes. Il parle en anglais, sa voix étonnamment douce pour un homme de sa carrure :
— Comment tu te sens ?
Je réponds faiblement, en articulant difficilement :
— Ça va... Juste un mal de tête.
Il hoche la tête comme s'il comprenait. Puis, sans mot dire, il me tend une assiette. Dessus, une grosse part de quelque chose qui ressemble vaguement à une tarte salée. Loin du fruit bleuâtre et du pain sec qu'on m'imposait jusqu'alors.
— C'est pour toi, dit-il. Moi et John, on a laissé ça pour toi.
Je bredouille un merci, mille fois, pris de court par cette générosité inattendue. J'en prends une bouchée. Ce n'est pas bon. Pas vraiment. Mais comparé à tout ce que j'ai avalé jusque-là, c'est un festin. Et ça a un goût : celui de la chaleur humaine, rare et précieuse ici.
Je jette un œil à la cage, à ses parois métalliques. Je remarque d'autres cellules autour. Trois groupes en tout, chacun séparé. Dans l'un d'eux, j'aperçois une silhouette familière. Le vieillard. Il est vivant. Un soulagement intense m'envahit, mêlé à une appréhension plus sombre : si lui est encore ici, alors ça veut dire que tout ne fait que commencer.
Un claquement métallique résonne dans le couloir. Une porte s'ouvre lentement, grinçante, et un garde se découpe dans l'embrasure. Il s'avance jusqu'à un petit panneau mural, appuie sur un bouton. Toutes les cages s'ouvrent dans un bruit sec, sinistre.
Mes deux compagnons se lèvent sans dire un mot. Le plus imposant – celui qui m'a donné la tarte – me regarde et me dit simplement :
— Je m'appelle Blaze. Suis-moi. Fais comme moi.
Je ne discute pas. J'obéis, poussé par une peur confuse mais bien présente. Je sors de la cage, passe devant le garde. Ses yeux me transpercent. Il me pousse sèchement dans le dos pour me faire avancer. Pas besoin de comprendre sa langue pour en saisir l'ordre.
On entre dans une immense salle, plus grande que toutes celles que j'ai vues jusqu'ici. Le plafond s'élève très haut, peut-être à dix mètres. Tout est gris. Nu. Aucune décoration, aucun repère. Juste des murs froids et un silence pesant.
Au centre, légèrement surélevé, trône Le Chef. Assis sur une estrade, il observe la foule. Tous les détenus sont là, formant une masse silencieuse et tendue. Pas de Lucas, pas de visages connus. Je suis seul.
Un frisson me parcourt l'échine. Je sens que quelque chose va se jouer ici. Quelque chose d'important.
Le Chef se lève. Il parle d'une voix forte, parfaitement articulée. L'anglais. À sa gauche, un écran projette une traduction en français, à sa droite, en espagnol :
« Bonjour à tous. Comme annoncé la semaine dernière, se tiendra dans deux semaines le marché aux humains. Vous êtes ici car vous allez potentiellement y être conviés. »
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Le lense
ParanormalDes mutations génétiques peuvent se produire dans notre corps. Il ne suffit que d'une seule particulière et c'est tout l'organisme qui s'emballe afin d'accueillir une faculté magique extraordinaire: le lense. Apprendre à le manier est vital car un m...
