Lorsque je réouvre les yeux, je me tiens dans une petite pièce sombre, enchaîné à une énorme bûche. Des pas parviennent du couloir et Le Chef apparaît dans l'entre bâillement de la porte. Il me lance en français:
-Tu pensais vraiment pouvoir nous échapper ? Sale vaut rien.
Il fait surgir de son corps deux gigantesques lames, accompagné d'un bip sonore régulier faiblement perceptible. Le Chef me court dessus et brandit une de ses lames sur ma gorge. Il dessine un grand sourire et lève un bras en l'air prêt, à l'abattre. C'est alors que je me réveille d'un coup, en trans. Le bip sonore est maintenant tout à fait perceptible et je remarque que ça vient du lit de Visko. Un guérisseur s'avance vers moi et m'ordonne d'un ton sec de sortir de la pièce.
J'avais déjà fait des cauchemars à propos de La Fresse mais aucun ne m'avait semblé aussi réaliste que celui-ci. Il est vrai que j'avais souvent imaginé des tas de scénarios, comme par exemple que Milo était un employé qui me manipulait, que tout était faux, que Le Chef me traquait. J'avais partagé mes doutes et mes craintes avec Axel et Milo et tous deux m'avaient annoncés que Le Chef avait sûrement déjà oublié mon existence, trop occupé à tenter de vendre de nouvelles personnes. Milo m'avait dit que s'il voulait me manipuler, il ne m'aurait pas fait découvrir les bureaux de La Parma et encore moins une réunion importante. J'avais beau avoir été rassuré, je tente d'effacer mes souvenirs de la prison, en vain.
Je me tourne et observe les guérisseurs. L'un d'entre eux s'avance vers moi et m'ordonne d'un ton sec de sortir de la pièce. Même si leurs mouvements semblent calmes et précis, leurs yeux bleus trahissent la peur et la panique. Le corps de Visko est secoué d'un spasme violent me provoquant un hoquet de stupeur. Soudain, l'un d'entre eux hurle des paroles incompréhensibles. Une fille place ces deux mains sur la gorge de Visko et des symboles jaunes apparaissent tout autour d'elle, l'encerclant comme une armure d'or. Un second spasme parcourt le corps du blessé et tous les motifs disparaissent dans les bras de la guérisseuse et se dirigent vers la gorge de Visko. Lorsque la jeune fille en sort ses mains, il redresse la tête, les yeux fermés et se met à vomir encore et encore. Un jeune guérisseur me pousse hors de la pièce et me claque la porte au nez, me laissant seul. Pourquoi l'ont-ils fait vomir ? Comment un pouvoir de guérison peut-il être aussi puissant ?
Le vent du soir souffle doucement sur les pierres rugueuses du sol. Chaque pas que je fais résonne dans mes tempes. Je viens de sortir, ou plutôt d'être mis dehors, et mes jambes me guident presque malgré moi jusqu'au bâtiment d'Orian. Il fait nuit noire, mais je le reconnais facilement à sa silhouette trapue et ses petites fenêtres allumées.
J'entre sans frapper. À cette heure-ci, la pièce principale est presque vide. Quelques soldats traînent dans les recoins, assis, dos contre le mur, à moitié endormis ou plongés dans des cartes. Personne ne fait attention à moi. Tant mieux.
Orian est là, penché sur une grande carte posée sur une table massive, en train d'élaborer une stratégie. Il lève à peine les yeux quand j'entre.
— Tu devrais être en convalescence, dit-il, sans lever la voix.
— Ils n'avaient plus de place. Et... Visko... je crois que je ne pouvais pas rester.
Il me regarde un instant, puis hoche lentement la tête.
— Tu veux un endroit où dormir ?
— Je veux bien merci, je suis épuisé. Le sommeil artificiel des guérisseurs n'est pas très reposant...
Il me désigne une porte au fond.
— Demande à la femme dans le bureau un lit. Dis lui que tu viens de ma part.
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Le lense
ParanormalDes mutations génétiques peuvent se produire dans notre corps. Il ne suffit que d'une seule particulière et c'est tout l'organisme qui s'emballe afin d'accueillir une faculté magique extraordinaire: le lense. Apprendre à le manier est vital car un m...
