Quelques fois la vie nous paraît terne, ennuyeuse ou banale, mais qu'en est-il quand l'imprévisible se mêle à la partie ? C'est comme la foudre qui s'abat sur vous sans crier gare.
C'est ce qu'Ornélia va découvrir, elle qui a une existence si ordina...
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« Quand tu penses avoir tout perdu, la vie te fait réaliser qu'il est possible que ça soit encore pire que l'instant d'avant. »
J'ai réfléchi une bonne partie de la nuit, pesé le pour et le contre. J'en suis venue à la conclusion que je ne peux pas laisser mes sentiments pour ce Sicilien m'aveugler plus longtemps. Je dois m'assurer en priorité que ma famille est en sécurité et qu'elle le restera, car je n'ai aucune idée de l'avancement du projet « témoins protégés ». Personne n'est venu nous trouver pour nous dire que nous devions faire nos valises tout en nous fournissant de nouvelles identités. Il est vital que je prenne les commandes de la situation, car je ne compte pas attendre que ma paranoïa d'un nouveau kidnapping prenne plus d'ampleur. Elle me pourrit déjà assez mes journées sans compter mes nuits que je passe à me rendre malade en imaginant cette possibilité.
La mère du brun a tenu parole concernant notre évasion en bateau, mais qu'advient-il de la suite ? Qu'est-ce qui me prouve que son dégénéré de fils ne reviendra pas à la charge ? Après tout, il n'a pas obtenu ce qu'il voulait. Son argent et ses foutus dossiers sont toujours dans un coffre à la banque et quelque chose me dit qu'il ne lâchera pas l'affaire avant de récupérer son dû. Je ne peux pas envisager de revivre ça, c'est déjà un miracle que nous nous en soyons sortis et je ne compte pas jouer avec ma chance. En parlant de ça, les médecins acceptent que je rentre chez moi ou plutôt chez mes parents, car je ne me sens pas de rester seule après ce que j'ai traversé. Quant à mon père, ils veulent qu'il reste encore un peu et c'est préférable, car il ne montre rien, mais je sais qu'il souffre.
Eliott a dû partir pour ouvrir le salon de thé. Il ne voulait pas, j'ai dû batailler à coup d'arguments valables pour qu'il parte enfin d'ici. Je sais qu'il s'est fait du souci pour moi, mais je refuse qu'il mette encore plus sa vie sur pause. Ce qui était le cas depuis ma disparition. Je ne l'ai jamais vu aussi épuisé et soucieux. J'ai vraiment une chance immense d'avoir un ami aussi précieux que lui. Camélia doit venir me chercher dans quelques minutes, mais en attendant, je tente de détendre mes muscles crispés sous l'eau chaude de la douche. Un nuage de fumée m'enveloppe et je repars dans mes pensées en constatant les dégâts sur ma peau. Mon corps m'était déjà difficilement acceptable à cause de mon sein en moins, mais de le voir ainsi couvert de bleus à moitié noirs, ça me file des frissons d'horreur. C'est comme si je revivais tout une énième fois. La violence de ses coups, la détermination dans son regard. Ettore est le mal en personne. Le diable le possède.
J'ai cru mourir sous ses attaques, j'ai cru qu'aucun avenir ne m'attendait alors de me retrouver ici, dans un lieu sécurisant, me paraît irréel. Une partie de moi a toujours la sensation d'être coincée dans cet enfer. L'odeur d'humidité ne quitte pas mes narines, même si j'y suis restée peu avant que Livio ne me conduise dans sa chambre. Un traumatisme ne vient pas de sa durée, mais de son intensité. Ma fragilité émotionnelle me rend encore plus sensible que les autres. Mes poings se crispent contre la paroi en carrelage et ma tête la rejoint en pensant à lui. Il ne m'a jamais fait mal physiquement, mais la trahison et les coups de couteau dans le dos sont tout autant à prendre en compte. Ils vont laisser des séquelles irréversibles sur moi.