Quelques fois la vie nous paraît terne, ennuyeuse ou banale, mais qu'en est-il quand l'imprévisible se mêle à la partie ? C'est comme la foudre qui s'abat sur vous sans crier gare.
C'est ce qu'Ornélia va découvrir, elle qui a une existence si ordina...
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« Chaque apprentissage est difficile, mais le pire d'entre tous, c'est d'apprendre à faire le deuil d'une personne. »
Frigorifiée, tremblante de la tête aux pieds, je remonte difficilement la rue, le regard dans le vide. Je me revois il y a quelques minutes, prête à franchir un cap que je n'avais jamais envisagé parce que ma souffrance était devenue insurmontable. J'ai toujours entendu dire qu'avec le temps, l'absence d'une personne devient une habitude, mais je dois être différente des autres parce que je ne perçois pas les choses ainsi. Mon amour pour elle ne me permet pas d'accepter qu'elle n'est plus. Quand elle est morte, une partie de moi s'en est allée avec elle. Nous nous connaissions depuis peu, mais il y a des épreuves qui vous lient à tout jamais. La plupart des gens ne vivront jamais ça et ils n'ont même pas conscience de la chance incroyable qu'ils ont, c'est ça le pire.
Aurais-je vraiment pu aller au bout si Livio ne m'avait pas interrompue ?
J'ai envie de croire que non, que ma conscience m'aurait botté le cul pour me rappeler son existence et que j'aurais pris en considération la dévastation de ma famille en apprenant mon décès. Cette image me broie littéralement.
Je ne suis plus que larmes, tremblements et fracas. La discussion que je viens d'avoir avec lui a réveillé tant de choses que je maintiens en sommeil depuis cinq ans, mais il a suffi que son prénom soit évoqué et j'ai flanché. Maintenant, je n'ai plus qu'une seule obsession : partir. Mais pour aller où ? Je suis prisonnière de mes angoisses, condamnée entre les murs de ma maison depuis ce fameux jour où tout a basculé. Selon ma psy, il y a des chocs qui causent de profondes séquelles dans notre tête et le reste de notre organisme sans que jamais, nous n'en comprenions le fonctionnement. C'est ainsi que je vis depuis toute cette année, incapable de contrôler quoi que ce soit et après la discussion que nous avons eue, je ne peux plus rester ici.
Il sait, il connaît l'histoire d'Agathe et il a joué la carte de l'hypocrisie en me demandant la date de sa mort alors que je ne suis pas naïve. Pour entendre parler d'elle, il a forcément dû se rendre sur sa tombe au cimetière en me suivant un jour où j'y étais, car c'était le seul moyen de faire le lien entre nous. Il me donne envie de vomir. Je ne pourrai plus jamais le croiser ni affronter son regard. Le jugement, la pitié, la compassion y seront présents et je les ai assez vus pour les supporter encore. Je dois partir, je n'ai pas d'autre option. Traînant ma carcasse en piteux état, je gagne l'intérieur de ma maison et me dirige par automatisme vers ma chambre dans l'objectif de faire ma valise. Une obsession, un mantra que je me répète encore et encore pour tenter de me convaincre que c'est la seule solution.
— Où tu... Ornélia ? Ornélia ?
J'attrape le premier sac que je trouve dans le bas de mon armoire et commence à le remplir sans savoir ce que je fourre à l'intérieur. Mon regard est dans le vague, j'agis sans réfléchir, mon corps ne veut plus souffrir. Pourtant, celle-ci s'intensifie en sentant une paire de mains qui se pose avec douceur sur mes joues, me forçant à interrompre cette mascarade dont je suis la protagoniste.