Je peinais à faire redescendre mon agacement, il faut dire que je ne pouvais pas être surpris, à chaque rencontre avec le duc, je savais que garder mon sang froid relevait du miracle. Je me réinstallais sur la selle de Lucy avant d'attraper ma gourde. Les hommes autour de moi étaient silencieux, se contentant de suivre l'allure de mon cheval. J'avais qu'une hâte rentrer au château et retrouvé mon épouse. Son ventre était bien arrondis et le médecin affirmait que la naissance ne saurait tarder. C'est pourquoi je prenais garde de ne pas m'éloigner à plus de plusieurs heures de cheval du château. J'étais partagé par un mélange de hâte et de peur. Mary m'assurait que je ne serai jamais comme mon père mais j'avais été élevé par cet homme en grande partie. Je ne pouvais m'empêcher de penser que si je n'étais pas comme lui, je possédais tout de même une part de lui. Et je priais chaque jour pour que ce ne soit pas ses excès de colère. Mary me faisait confiance et j'avais confiance en elle pour me remettre à ma place si je dérapais. Mais si un jour cela arrivait je ne me le pardonnerais jamais. Penser faire souffrir ma famille était pour moi inimaginable mais le doute persistait. Et je pensais que me reposer sur mes lauriers et penser que ça n'arriverait jamais était la pire idée.
- Un cheval ! s'exclama le garde sur ma droite en pointant au loin un cheval au galop.
Je plissais les yeux pour tenter d'identifier la personne qui se rapprochait de nous. Elle venait de dépasser une colline derrière laquelle se trouvait le château. Mon instinct me poussa à entrainer mon cheval au galop dans sa direction. En quelques minutes, je le rejoignais et reconnaissais un des gardes de la reine. Mon sang ne fit qu'un tour, et je demandais sans le laisser le temps de parler :
- Qu'est-ce qu'il se passe ? La reine va bien ?
Le garde prit quelques (trop) secondes pour reprendre son souffle, augmentant mon inquiétude par la même occasion. Je le fusillais du regard.
- La reine est... elle est en couche. Le médecin a dit que...
Je ne prenais pas la peine d'écouter la suite et lançait Lucy au galop vers le château. Je ne remercierais jamais assez le destin de m'avoir mis un cheval aussi rapide entre les mains. A peine arrivé dans la cour que je sautais du dos de ma monture pour partir en courant vers nos appartements. Je ne me souciais pas de savoir si un écuyer parviendrait à contrôler Lucy ni ne prêtais attention aux personnes qui m'interpellais. Mon seul but était de rejoindre mon épouse et mon enfant bientôt à naitre ou déjà né. Cette pensée fit iriser les poils de ma nuque.
Un cri retentit dans le couloir, faisant remonter une nouvelle crainte à la surface. Celle de perdre Mary en couche. J'étais au courant des risques et cela me donnait des sueurs froides. Je ralentis le pas en apercevant un petit groupe devant la porte de nos appartements. Les conseillés étaient présent et un prêtre. Que faisaient-ils là ? Je m'apprêtais à rentrer dans la pièce quand le prêtre me coupa la route.
- Il vous faut rester à l'extérieur votre majesté.
Je n'étais pas croyant et jurais seulement par mon épée, c'est pourquoi je fronçais les yeux d'incompréhension.
- C'est la coutume. M'expliqua l'homme alors qu'un nouveau cri retentit.
- Vous croyez sérieusement que je vais rester dehors alors que ma femme hurle de douleur ?
Mon ton était froid et ne laissait aucune place à la discussion. Je poussai d'une main l'homme sur ma route et rentrais dans la pièce. Stupides coutumes.
Quand je rentrais dans la pièce, la première chose que je vis était Mary accroupi, les mains sur le lit pour se stabiliser. Une femme s'approcha de moi et vint refermer la porte que j'avais oublié. J'étais paralysé, ne sachant que faire. Tout le monde dans la pièce semblait savoir ce qu'il devait faire et moi, que devais-je faire ?
- Vous devez attendre votre majesté, vous n'êtes pas prête à accoucher. Fit le docteur.
Mary releva la tête vers lui, son front était plein de sueur et ses cheveux lui collaient au front alors que Eme y passait un tissu humide. Ses yeux verts quant à eux foudroyèrent le médecin.
- Je peux vous assurez que je suis prête et que cet enfant veut sortir. Alors monsieur je-sais-tout, faites votre boulot et...
Sa phrase fut coupé par un cri de douleur qui me réveilla de mon immobilité. Je me précipitait à son côté et l'embrassais rapidement. Son visage se détendit de soulagement.
- Oh mon dieu, tu es là. Souffla-t-elle.
- Désolé du retard.
Elle souris avant de crier une nouvelle fois. Eme m'indiqua de prendre sa place en me tendant le tissu. Je la remerciait d'un hochement de tête.
- Je dois vous ausculter, votre majesté. Allongez-vous.
Mary rouspéta mais obtempéra. Je lui caressais les cheveux tout en lui chuchotant des mots réconfortants.
- Vous êtes prêtes votre majesté. Vous pouvez pousser à la prochaine contraction.
Mary commença à se rassoir et de se remettre dans sa position initiale, mais le médecin l'arrêta.
- Ce n'est pas conventionnel. Vous devez vous rallonger.
Mary laissa échapper un grognement à la fois de douleur et de colère.
- J'ai parfaitement conscience de comment je peux ou non accoucher. Et il est hors de question que je le fasse selon vos préférences et vos stupides coutumes.
Je ne savais aucunement qu'il existait différente manière d'accoucher, c'est pourquoi je restais silencieux.
- Yseult ! appela Mary.
La femme de chambre arriva rapidement avec une bassine et de l'eau. Mon épouse se tourna face au lit pour s'y appuyer alors que je me contentais de lui caresser le dos, impuissant. Elle pointa du doigt le médecin d'un air menaçant.
- Vous ne partez pas parce que si ça se complique vous servirez peut être enfin à quelque chose.
Mary me prit la main et me la serra si fort que je n'étais pas sûr de la sentir encore bouger après mais ne dis rien. Yseult lui prodigua des conseils comme si elle avait déjà fait cela et très vite on entendit les pleurs d'un bébé. Yseult coupa le Gordon ombilical et enveloppa le nourrisson dans un linge avant d'inciter Mary à s'allonger pour lui tendre l'enfant. Le médecin vint alors prodiguer des soins à Mary quand Yseult lui laissa la place mais mon épouse n'en avait cure. Elle n'avait dieu que pour le petit bonhomme qui continuais de pleurer. Elle se mit à pleurer en berçant l'enfant avant de relever les yeux vers moi.
- Alexander deuxième du nom. Me chuchota-t-elle avant de me tendre le petit garçon.
J'acceptais son offre et pris mon fils dans mes bras. Il était si petit et si fragile. Je sus en voyant ses petits bras bouger que jamais je ne laisserais quelqu'un lui faire du mal et que jamais le mal ne viendrait de moi. Cela m'était impossible alors que je ressentais tant d'amour pour lui.
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Respire
RomanceUn pays en guerre qui n'a qu'une seule échappatoire ? Des soldats morts ? Des familles détruites ? Quand Mary comprend que le seul moyen de mettre fin à tout ça est de perdre sa liberté en se mariant avec l'ennemi, un homme froid, calculateur, indif...
