Chapitre 34

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Héra s'assura de ne jamais croiser le roi des dieux en dehors de l'heure du dîner. C'était d'ailleurs à ses yeux déjà beaucoup trop. Une fois par jour. Mais elle n'avait pas le choix. C'était une manière comme une autre de ne pas attirer les soupçons pendant qu'elle montait son « parti d'opposition ». C'est comme ça que l'avait appelé Athéna. Elle disait que c'était monnaie courante dans les démocraties humaines. Héra essayait de l'écouter le plus possible mais la déesse était d'une intelligence hors du commun, même pour ses pairs. Elle était difficile à suivre. Et même si les autres membres de leurs camps étaient dubitatifs, l'ancienne reine des dieux savait de source sûre – elle-même – qu'Athéna avait raison. Cette dernière, d'ailleurs, avait envahi ses appartements ce matin pour lui rappeler son principal problème :

- Un parti d'opposition qui n'a pas d'opposition concrète ne peut pas fonctionner, lui rappela la jeune femme à la logique implacable.

- Je sais ! s'agaça Héra.

- Pourquoi est-ce que tu t'opposes à lui ?

- Parce que c'est un tyran sans cœur ! Un traître, sournois, calculateur...

- Héra, ce sont tes convictions profondes, qui ne sont rattachées à rien d'autre que des sentiments. Aucun fait concret n'appuie tes dires. D'ailleurs si je puis me permettre, tu es celle qui rejette son amour, prête à le trahir en montant son entourage contre lui. Tu es sournoise et calculatrice.

- Tu n'as qu'à partir si ce que je fais ne te plaît pas !

- Et la colère t'aveugle.

- Merci Athéna !

- De rien.

La déesse était toujours très premier degré et d'un calme olympien. L'expression devait venir de là. En tout cas, ça ne pouvait pas venir d'elle puisqu'elle bouillonnait presque continuellement de rage. Elle n'avait effectivement absolument rien contre lui. En tout cas rien qui ne date pas de sa précédente vie. Sans compter que la plupart des personnes qui l'entouraient désormais auraient plus de raison d'être avec Zeus qu'avec elle vu comment elle les avait traités par le passé. Les seuls au courant qu'elle était réincarnée étaient Dionysos et sa mère Sémélé. Et Pan. C'était déjà trop. Surtout qu'il n'y en avait que deux sur trois qui avaient juré de garder son secret en jurant sur le Styx. Mais comme elle ne pouvait pas décemment réduire en cendre la personnification de la nature... En tout cas pas sans s'attirer les foudres de chaque créature de son culte étrange et décadent composé de satyres et de nymphes. Ils étaient en théorie très pacifiques mais ils pouvaient être pris de folie sous l'emprise de vins de Dionysos et des mélodies envoutantes et déroutantes de Pan.

- On est avec toi mais pour le moment on n'est pas contre lui.

Athéna s'inclina avant de partir, la laissant seule avec ce casse-tête.

Elle avait formé un groupe plutôt uni malgré les différences de tout un chacun. Athéna n'avait pas été difficile à convaincre. Les génies aimaient être nourris de connaissances. Héra s'était donc assurée de la rassasier. Plutôt que de la laisser cantonner à la bibliothèque du mont Olympe, elle lui avait présenté des artisans, des philosophes, des politiciens... Et Athéna les avait fait transcender leurs arts. Elle n'était pas juste la déesse de la guerre. D'ailleurs, ce n'était pas vraiment son rôle. Ça ne l'avait jamais été. Zeus avait juste été terrifié par Arès. Il avait bien évidemment fait en sorte que sa fille adorée, sa fille prodigue, ait parfait l'art de la stratégie afin de tourner leur fils en ridicule.

Dionysos et sa mère l'avaient rejoint pour Ariane... Et avec eux, elle avait pu rafler Pan. Même si elle n'était pas certaine de sa loyauté. Surtout que Demeter avait été hostile à la présence du dieu qui n'était selon elle que « chaos ». Mais sa sœur avait finalement accepté cette étrange alliance même si tout comme Athéna, elle ne voyait pas ça comme un regroupement « contre Zeus » mais plutôt « pour Héra ».

Oh My Goddess!Où les histoires vivent. Découvrez maintenant