Chapitre 37

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Les mortels ne savaient pas que le souverain des dieux et sa sœur se trouvaient parmi eux. En revanche, Zeus et Héra ne pouvaient dissimuler leur divinité que jusqu'à un certain point. Même en adoptant les traits d'enfants, de vieillards ou d'animaux, ils se démarquaient. Janus, sans savoir qu'elle était une déesse, n'avait pas pu s'empêcher de lui dédier un amour teinté d'une vénération incontrôlée. Elle était de loin bien plus puissante aujourd'hui qu'elle ne l'était lorsqu'elle vivait avec les mortels. Elle avait l'impression que Zeus n'essayait même pas de se fondre dans la masse, laissant dans son sillage, murmures, messes basses, suppositions... Les plus téméraires commençaient à former un cortège de fidèles de plus en plus important.

- Tu pourrais essayer de ne pas briller autant. Tout le monde nous regarde, gronda Héra en le suivant.

- Je pensais que tu aimerais l'attention, répondit-il, obéissant néanmoins.

- Tu insinues que je suis imbue de moi-même ?

- Tu es une déesse...

- Merci de ne pas présumer de mes qualités ou défauts. Tu ne me connais pas.

Elle était d'humeur belliqueuse. Arès adorait lorsqu'elle se disputait avec Zeus. Elle se souvenait de ses gazouillements de bébé qui s'élevaient de son berceau lorsqu'une rixe éclatait entre son père et sa mère. Il lui manquait terriblement.

- Héra ?

- Quoi ? s'agaça-t-elle, tout en comprenant qu'elle avait manqué une partie de leur conversation.

- Je disais que je m'excusais d'avoir été présomptueux.

Elle ne s'habituerait jamais à cette version étrangement tempérée de son ancien époux. S'était-il déjà excusé par le passé ? Peut-être au début de leur relation ? Pas une fois mariés en tout cas. Même si des excuses n'auraient pas pu atténuer la cuisante humiliation des adultères de son ancien époux.

- Héra ?

- Quoi encore ? soupira-t-elle.

- Je te demandais si tu avais une préférence.

- Non.

Elle répondit sans savoir de quoi parlait le dieu puisqu'une fois de plus, elle ne l'avait pas écouté. L'emploi du négatif était toujours de saison en sa présence, d'où sa réponse. Héra regretta ce raccourci facile presque immédiatement. Le dieu passa une main autour de sa taille, et avec une délicatesse dont il ne l'avait plus gratifiée depuis une éternité... ou deux, il la pressa contre lui avant de décoller. L'étreinte fut brève mais même une fois qu'il l'eut relâchée, le fantôme de celle-ci s'attarda sournoisement. Comme si ses bras enserraient encore son corps. Son parfum se lovant sinueusement entre les courbes et les plis de sa toge. Sa chaleur s'attardant sur sa peau. Elle ne le laisserait plus la toucher. Ses sens trahissaient son cœur. Ses désirs essayaient de réduire au silence sa raison. Sa haine et sa rage étaient les seules en qui elle pouvait avoir confiance.

La vue la détourna de ses noires pensées. Elle n'avait jamais été attirée par le monde des mortels. Les temples érigés en l'honneur des dieux étaient les seules prouesses architecturales qu'elle leur reconnaissait. Leurs palais n'égalaient pas ceux d'Olympe. Et si par malheur c'était le cas, une divinité se faisait toujours un devoir de punir l'ambition de ceux qui avaient cru pouvoir les surpasser. Dans de rares cas, un mortel parvenait à attirer l'attention sans susciter de jalousie et se voyait offrir l'immortalité. C'était le cas de l'architecte qui offrait cette vue à Héra.

- C'est... magnifique.

Le temple était perché en haut de ce qu'elle reconnut comme l'un des rochers des Météores qui supplantait toute la plaine de Thessalie. Elle pouvait voir au loin la ville de Kalambaka qu'il venait de quitter.

Oh My Goddess!Où les histoires vivent. Découvrez maintenant