Cameron n'avait pas mis le nez hors de la petite maison jaune depuis plus d'une semaine. Le Docteur Griffin avait reçu le matériel médical qu'elle avait commandé et récupéré de l'ancien cabinet. La blonde s'était totalement consacrée à ses nouveaux patients, tentant tant bien que mal d'oublier ce baiser. Elle faisait en sorte de maintenir son esprit occupé, lui évitant de penser qu'elle aurait aimé être à la place de Niall Kavanagh. Mais la nuit, cette image lui revenait sans cesse, serrant son coeur et lui donnant un certain sentiment de dégoût, ses rêves la chassaient parfois en la remplaçant par d'autres images plus douces.
C'était dimanche. Le jour du seigneur si cher aux Irlandais, rendait le village inanimé et morne. Chacun profitait d'un vrai jour de repos bien mérité. Cameron faisait généralement de même depuis qu'elle avait accepté d'ouvrir le cabinet, elle profitait du repos dominical pour faire la grasse matinée et se détendre avant d'entamer une nouvelle semaine de consultation. Cependant, une personne avait décidé que ce dimanche serait différent pour Cameron Griffin.
Carman O'Woods était les yeux et les oreilles de Ballydangan depuis quatre-vingt-cinq ans. Molly n'était qu'une pâle joueuse à côté de la grand-mère de Liv. La petite dame avait bien perçu un changement significatif chez la jeune O'Woods depuis que l'Américaine avait débarqué en terre gaélique. Elle la trouvait plus joviale, plus souriante, plus pensive aussi. La brune avait toujours été une personne assez renfermée s'évadant grâce à ses livres et ses chevaux qu'elle comptait parmi ses seuls amis. Elle aimait s'isoler dans son petit cottage au toit de chaume qui se tenait à fleur d'océan pour échapper au monde qui l'entourait. Carman pensait que Liv s'y rendait régulièrement pour fuir. Fuir les regards des autres, les cancans et se plonger dans un monde rien qu'à elle où elle pouvait être Liv O'Woods, cette fille sauvage, mystérieuse et douce, capable de dompter les chevaux les plus farouches d'Irlande.
La grand-mère de la brune était tombée des nues lorsque Siobéan, la mère de Liv lui avait annoncé que sa petite fille allait épouser Niall Kavanagh. Ce jour là, le sang de Carman n'avait fait qu'un tour ne comprenant pas pourquoi la cavalière se forçait à épouser un homme qu'elle n'aimait pas. Carman pensait que la brune aux yeux d'Irlande était une rebelle, une femme indépendante qui n'avait pas besoin d'un homme pour exister. Car elle le savait, Liv n'aimait pas Niall.
Elle n'avait jamais vu sa petite fille avoir un geste tendre pour le brun aux cheveux bouclés, pas un sourire, ni même une intention particulière. Elle savait que Liv n'agissait pas par pudeur, mais parce qu'elle n'avait aucun sentiment pour le Kavanagh. Carman O'Woods avait dès lors compris de quoi il s'agissait. Sa bru avait poussé la cavalière à se marier lui avançant qu'il était temps, qu'il valait mieux être accompagnée d'un homme pour vieillir à Ballydangan malgré ses vingt-six jeunes années, et surtout qu'il serait d'une grande aide pour la ferme.
Le fils Kavanagh n'avait pas été choisit par hasard : aux dires de Siobéan O'Woods, en plus de faire partie de la plus riche famille du village, leurs affaires étaient prospères, il était beau, indépendant, avec une tête bien faite, et c'était un très bon catholique. Mais Carman ne le voyait pas de cet œil. Elle trouvait le brun, arrogant, possessif, manipulateur, parfois violent dans ses mots et dans ses gestes. Comment pouvait-elle accepter une telle union ? Si son fils courbait facilement l'échine devant sa bru, il n'en serait pas de même pour la petite dame au caractère bien trempé.
La vision du Docteur Griffin aussi blanche que la laine des moutons de Cahill Fitzpatrick, lorsque celle-ci était restée figée devant le baiser des futurs mariés lui avait mit la puce à l'oreille. Molly Donaghan n'avait fait que confirmer ses doutes. L'habitante de la maison bleu ciel avait appris par Maitilde que l'Américaine ne succomberait qu'aux charmes des irlandaises et avait révélé l'affaire à la O'Woods au détour d'un thé après la course de cheval.
VOUS LISEZ
Les filles de Galway
Romance"Toutes nos condoléances"... Voilà ce que disaient les gens après le décès de John Griffin. Cameron, sa fille, ne croyait jamais s'en remettre, jusqu'à cette dernière lettre l'invitant à entamer le voyage vers une nouvelle vie, là bas en Irlande, la...
