"Je suis un homme victime de viol conjugal"

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Article écrit le 5 avril 2015 dans Madmoizelle.

Un début est toujours un moment important, à ne pas négliger, et je me suis longuement demandé comment entamer ce témoignage. J’ai finalement choisi cette simple phrase:

«J’ai été violé.»

Il m’a fallu longtemps pour le savoir, le comprendre, l’admettre. Parce que je suis un homme. Parce que la coupable était une femme. Parce qu’il n’y a pas eu de violence physique. Parce que nous avons vécu une longue histoire ensemble et qu’elle était ma compagne.

Parce qu’on dit qu’un homme a toujours envie.

C’est cette phrase qui a tout déclenché. Nous étions jeunes, j’avais 22 ans, elle 19, nous avions l’insouciance et la sexualité débridée qui vont avec; nous avions ce petit rituel qui consistait à nous sauter dessus sous la douche pour terminer, à peine séchés, sur le canapé, le lit ou le sol.

Et après six mois, le drame. Malgré les baisers tendres et les câlins, un jour l’envie ne venait pas. Lassitude d’une routine, manque de sommeil, soucis professionnels… Je me rends compte en écrivant ces mots que je n’ai pas encore abordé le problème que je cherche déjà à me justifier, comme si j’étais fautif.

Alors peu importe.

J’ai gentiment expliqué à ma compagne que je n’étais pas d’humeur. Ce furent des cris, des larmes, des récriminations. Je ne l’aimais plus, je me cherchais des excuses pour ne plus coucher avec elle parce que je la trouvais trop moche et grosse.

J’ai alors tenté de lui expliquer que ça n’avait rien à voir, que je n’étais simplement pas dans le bon état d’esprit, pas d’humeur, qu’elle n’avait rien à se reprocher.

Vint l’argument massue:

«Mais c’est pas possible, un mec ça a toujours envie ! Et si tu m’aimais vraiment tu banderais rien qu’en me voyant nue !»

J’ai donc essayé de lui dire. Que non, un homme n’a pas envie 24/24h. Que non, aimer une femme ne veut pas dire bander juste en voyant son décolleté. Que oui, parfois j’avais envie d’autre chose que de m’envoyer en l’air.

Non, un homme n’a pas envie 24h/24.

Mais elle ne m’écoutait déjà plus, elle en était à crier qu’elle allait se suicider parce que je ne l’aimais plus et n’avais plus envie d’elle.

Je l’ai alors prise dans mes bras pour la calmer, la rassurer. Et au milieu de ses pleurs, elle a commencé à m’embrasser, me caresser, à placer sa main sur mon entrejambe. Réflexe naturel, j’ai eu une érection. Elle m’a enjambé, introduit en elle.

Et pendant tout l’acte, je me suis demandé ce que je faisais. Je n’en avais pas envie, je n’étais pas excité, je ne VOULAIS pas faire ça, et surtout pas comme ça. Pour la première fois de ma vie, nos sécrétions me paraissaient dégoûtantes, je me sentais atrocement sale.

J’ai essayé de relativiser. C’était ma compagne, je l’aimais, je la savais un peu fragile psychologiquement. J’ai même fini par me convaincre qu’il n’y avait rien eu là d’autre qu’une relation entre adultes consentants et que j’aurais dû avoir honte de moi rien que pour m’être senti mal à l’aise.

D’après L'Express,

«En 2009-2010, 280 000 hommes âgés de 18 à 75 ans auraient subi au moins un acte de violence physique ou sexuelle au sein de leur ménage, selon un rapport de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). S’ils sont beaucoup moins nombreux que les femmes (663 000, selon la même étude), les hommes battus ne sont pas très bien identifiés : ce n’est que depuis 2007 que l’ONDRP les prend en compte dans ses enquêtes sur les violences conjugales.»

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