La pornographie porte-t-elle atteinte à la dignité des femmes ?
Comme la prostitution, la pornographie érige le corps, la sexualité et l’identité en un problème de justice. Les conditions de travail des actrices pornographiques semblent à peine moins difficiles que celles des prostituées et la pornographie reprend l’idée selon laquelle le corps féminin peut être consommé comme une marchandise. La pornographie existe sous forme littéraire depuis l’Antiquité mais elle est restée durant des siècles un phénomène réservé à une élite ou à une marge contestataire.
Elle connaît par contre une forte expansion au XXème siècle où elle devient un produit de consommation de masse même si elle est encore interdite dans certains pays. La progression des idéaux démocratiques favorisent -sans l’expliquer- cette massification puisque la neutralité de l’Etat en matière de conception du bien -y compris sur le plan sexuel- protège la production et la diffusion pornographique de même que la liberté d’expression et la liberté d’entreprise.
L’invalidité des arguments conservateurs contre la pornographie
La pornographie ne fait pas pour autant l’objet d’une acceptation définitive y compris dans les sociétés démocratiques. On reproche à la pornographie de constituer une menace pour l’individu consommateur, pour les enfants qui y seraient exposés, et plus généralement envers la famille et les institutions. Ces arguments en faveur de l’interdiction de la pornographie peuvent être qualifiés de communautariens en ce qu’ils font valoir que la pornographie heurte une conception du bien en matière de sexualité supposée commune ou jugée souhaitable.
Ils ont peu de chance d’aboutir dans les sociétés démocratiques où la distinction de la morale et du droit semble consommée et où domine la pluralité des conceptions morales et des sexualités. Seule l’invocation du tort objectif fait à autrui peut rendre légitime la limitation de la liberté d’un individu au nom de la préservation de celle d’un autre.
Mais il est difficile d’établir médicalement la nocivité de la pornographie et sa dimension additive, de sorte qu’il est difficile d’en interdire une consommation abusive. De même, lorsqu’on érige la pornographie en une menace pour les institutions sociales et notamment la famille, on est obligé de faire référence à une certaine conception de la famille ou de l’amour, centrée sur le cadre conjugal et la finalité procréative de la sexualité. Or, un Etat démocratique ne peut appuyer l’hégémonie d’un mode de vie.
En outre, s’il est vrai que dans nos sociétés, le matériel pornographique est de plus en plus facilement accessible aux enfants et aux jeunes, on peut considérer que c’est aux parents et non à l’Etat de définir les moyens par lesquels leurs enfants découvrent la sexualité. On peut préférer vivre dans une société où les enfants apprennent que les rapports sexuels gagnent à s’inscrire dans des projets durables, mais il s’agit d’une préférence morale qui ne peut déterminer l’Etat à sortir de sa neutralité.
La position conservatrive ou prohibitionniste en matière de pornographie n’est pas non plus justifiable du point de vue de la demande d’égalité entre les hommes et les femmes. Elle repose en effet sur une morale traditionnelle qui est elle-même défavorable à l’égalité des sexes. Lorsque des communautariens réclament l’interdiction de la pornographie, c’est parce qu’elle véhicule une sexualité supposée dégradante c’est -à-dire en contradiction avec certaines valeurs socialement admises, et non pas «contraire à l’égalité entre les hommes et les femmes».
Or, parmi ces valeurs communes, on retrouve la structuration générique des rôles sociaux voire la représentation patriarcale de la famille. En voulant interdire la pornographie parce que la promotion de la sexualité débridée et de la marchandisation du corps nuit à l’institution familiale et à la vocation reproductive de la sexualité féminine, on ne fait qu’opposer une morale dominante masculine à une autre morale masculine.
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Les sujets tabous
AléatoireCe que j'aime ? Le mystère. Ce qui m'insupporte ? Ne pas avoir de réponses. Le but de ce recueil ? Que les sujets tabous soient dévoilés. Qu'espères-tu ? Que les gens puissent apprendre de nouvelles choses et aussi faire tourner les informations hah...
