Les cliniques du droit chemin (Equateur)

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Introduction

En Equateur l'homosexualité n'est légale que depuis 20ans et elle reste toujours très mal perçue dans ce pays ultra religieux. Ainsi, plus de 200 cliniques privées illégales proposent de «soigner» l'homosexualité à coup d'humiliations et de privations.

Ces cliniques de «réhabilitation» ont pour but de remettre dans le droit chemin les patients qui y côtoient souvent des toxicomanes et des alcooliques. Les femmes internées pour homosexualité sont sommées de se maquiller, de s'habiller en jupe courte et de porter des chaussures à talons pour renouer avec leur féminité, sans oublier de se soumettre à d'intenses séances de lecture à voix haute de la Bible pour se repentir. Sur place les humiliations et le viol «correctif» sont fréquents.

Malgré ces actes de torture dénoncés par les ONG locales, le business des cliniques est florissant: les pasteurs qui dirigent ces établissements reçoivent d'importantes sommes d'argent en provenance d'églises évangélistes américaines ou anglaises. Les familles, elles, payent entre 500 et 2000$ par mois pour faire «soigner» leurs enfants.

Les parents envoient de force leurs enfants. De véritables centres de torture que les autorités ont du mal à éradiquer

Une fente dans la porte en bois laisse entrevoir la cour. Des câbles et des meublescouverts de poussière s'entassent dans le couloir. L'immeuble compte troisétages et toutes ses vitres sont teintées. Le ministère public l'appelle le"centre de torture". Il se trouve à 2,5km de Tena, dans la provincede Napo à 118km au sud-est de Quito.

C'est de là que s'est échappée Zulema C. il y a un mois. C'est là où, pendant
21j, on a essayé de "soigner" son homosexualité. Le message a été le même pendant les trois semaines qu'a duré son internement: "Dieu a créé l'homme et la femme. Nous devons te rééduquer. Tu es malade."

Le 16 juillet, elle est retournée sur les lieux. La police avait monté une opération pour arrêter les propriétaires et les employés de la "clinique". Quatre individus ont été détenus. Zulema les a accusés de maltraitance psychologique et de l'avoir nourrie avec des "aliments avariés".

Les établissements de soins qui proposent ce qu'ils appellent des "cures de déshomosexualisation" ne sont pas une nouveauté dans le pays. Les associations LGBT [Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transexuels] signalent leur présence depuis treize ans. 

Un cauchemar déguisé en thérapie

En 2001, María Auxiliadora a vécu une situation similaire à celle de Zulema. Ses parents l'ont internée de force dans une clinique située à Guayaquil [capitale économique du pays]. Son témoignage est consigné dans un rapport du Tribunal pour les droits de la femme en Equateur. Le 28 mai 2001, raconte-t-elle, des employés du centre sont entrés dans sa chambre et l'ont emmenée contre son gré. Elle se souvient d'un traitement nommé "l'aurore" parce qu'il était administré après minuit. Elle était jetée à terre nue, les bras derrière le dos et la tête sur le sol. On la traitait de "mâle" et on lui jetait des seaux d'eau glacée.

Susana a connu la même chose. En 2000, elle a décidé d'avouer à ses parents qu'elle était lesbienne. Sa famille a réagi en l'internant dans une "clinique" de Montecristi, dans la province côtière de Manabí. Elle y est restée quatre mois.

Après s'être échappée, Zulema est retournée à Guayaquil et a aussitôt raconté ce qui lui était arrivé. Lía Burbano l'a accompagnée dans sa démarche. Présidente de la Asociación Lésbica Mujer y Mujer [Association Lesbienne Femme et Femme], elle précise que "ce combat n'est pas contre les parents (qui obligent leurs enfants à changer d'orientation sexuelle) mais contre les centres qui font croire que l'homosexualité est une maladie et qu'il faut la soigner".

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