Esa : Surtout quand quelqu'un semble m'avoir aimé

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Altheia fixe ces deux flèches puis fait demi-tour. Elle aussi comprend que comme une métaphore, j'ai brisé l'une en désirant l'autre.
_Attends Altheia je...
Mais elle est déjà partie, quand je la rejoins dans cette remise. L'intérieur est un atelier, rempli de tableaux recouvert chacun de draps poussiéreux.
Altheia se dirige avec lenteur mais assurance vers celui du centre.
Et puis en un mouvement, elle dévoile une toile et je cesse de respirer. Mon dos dénudé, un draps blanc jusqu'à ma taille et ma tête reposant sur un oreiller.
Je mets quelques secondes à réaliser, Altheia me tourne le dos et fixe cette œuvre dont j'essaye d'avoir le souvenir.
Et puis comme si elle lisait dans mes pensées, elle baisse la tête :
_ Tu ne peux pas te rappeler.

Elle tend sa main vers l'arrière, et je lui tend mon avant-bras parce que je sais de quelle manière elle compte m'expliquer.

Un autre atelier, il y a de ça des centaines d'années. Assise sur un tabouret, elle peint doucement chacun de mes traits. Quand elle se retourne pour poser son pinceau sur sa palette en bois, le visage d' Altheia est méconnaissable : un sourire l'illumine.
Elle recule et semble juger son œuvre quand la porte s'ouvre avec fracas.
_Altheia, on m'a dit que je te trouverais ici et que...
Le temps se suspend et Kairy rentre dans une colère inexplicable :
_ Qu'est-ce que...
Elle plaque Altheia au mur :
_Pourquoi peins-tu Calista nue entre des draps ?! Tu as osé me faire ça ?! Elle  est à moi et à personne d'autre !

Et sans qu'Altheia n'ai eu le temps de réagir, une balafre ensanglantée orne sa joue.
Kairy semble enragée. Elle prend alors la toile entre ses doigts, Altheia essayant de s'expliquer :
_Kairy, ce n'est pas...

Et puis un déchirement fend l'air, celui de cette toile traversée par le genou de Kairy et par la douleur d'Altheia qui retentit. Kairy l'attrape par la gorge:
_Ne t'approche pas d'elle à moins que ça soit moi qui te l'ordonne tu as bien compris ?


Kairy s'en va aussi vite qu'elle est arrivée. Et moi je suis abasourdie par la scène que je viens d'observer.

**

De retour dans cette remise dans le temps présent , Altheia parcourt du bout des doigts cette toile au long trait abîmé. Elle se retourne et me regarde, avec encore après tous ces siècles passés, cette douleur si présente.
Mes doigts sur sa joue et elle ferme les yeux :
_ J'avais mis des jours entiers, je voulais qu'elle te fasse honneur à toi la femme que j'aimais. Alors je l'ai réparé et je l'ai soigneusement caché. Pour que plus jamais personne ne sache qu'elle a un jour existé.
_ Pourquoi ne pas lui avoir dit que c'était moi et pas Calista ?
_Elle n'était pas au courant pour toi. Je voulais te protéger de Calista. Elle a simplement défendu celle qu'elle aimait elle aussi. Elle a cru que je lui avais  volé cette fille qui faisait battre son cœur comme tu faisais battre le mien.
Sans comprendre pourquoi, une douleur s'insinue en moi quand elle parle au passé.
_J'aurais fait n'importe quoi Esa.

Elle recule de quelques pas et me tourne le dos :
_ Je ferais n'importe quoi,  quitte à m'effacer et à...
Ce geste qu'elle s'éloigne me fait si mal que je veux vérifier. Je ne sais pas si je vais le regretter et je ne veux pas le savoir. Je m'approche d'elle et pose mes lèvres sur les siennes. Un baiser qui semble me ramener des siècles en arrière. Celui où Altheia y met tout ce qu'elle ressent pour moi.

Comment ai-je pu oublier certaines de ces années même il y a des siècles, surtout quand quelqu'un semble à tel point m'avoir aimé ?

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