Debout sous le filet d'eau chaude coulant de la douche des Poufsouffles, Louise effleurait du bout de ses doigts les cicatrices, moins fraiches qu'il y a quelques jours. La cicatrisation était visiblement en marche. Bientôt elle ne les verrait plus. Mais les regarder et les toucher était devenu comme un réflexe. Une crainte. Tant qu'elles seraient là, sur sa peau, légèrement fraiches, elles étaient la preuve nette de son passé.
La jeune fille soupira. Elle ne pouvait pas risquer que quelqu'un les voit. A l'hôtel, en compagnie de James, elle le faisait sans problème. Cela avait été un réflexe immédiat après la fuite. A l'époque ce n'était pas comme maintenant, ce n'était pas par crainte, c'était par souffrance. Les marques, trop fraiches, la brûlaient atrocement. La douche qu'elle avait prise à l'hôtel était peut-être une des premières de sa vie. Son corps, pas assez habitué, avait réagi par la douleur. Mais après elle avait continué de le faire par crainte. James n'aimait pas cela, il lui avait dit maintes fois.
Mais ici, pas question de faire les même chose qu'elle faisait avec James. Les murs avaient des oreilles. Ou plutôt des yeux, pour les tableaux en tout cas. Elle sourit à cette pensée. Alors que deux heures plus tôt, tandis que Mcgonagall venait de la jeter hors de son bureau, elle avait succombé à la panique en comprenant qu'elle s'était perdue. Elle s'était retrouvée à courir dans les couloirs, luttant pour ne pas fondre en larmes. Elle ne pleurerait pas pour si peu. C'était minime, comparé à ce qu'elle avait vécu.
Mais l'école semblait se transformer en labyrinthe. Au fur et à mesure qu'elle courait dans les couloirs, elle s'enfonçait en peu plus dans l'immense château. Elle avait fini par abandonner, par s'était laissée tomber le long d'un mur, se disant que quelqu'un tomberait bien sûr elle, ou qu'on finirait par remarquer son absence à Poufsouffle. C'est alors qu'une voix avait retenti. Trop fatiguée, Louise n'avait même pas eu la force de sursauter. Mais elle avait remarqué qu'une chose clochait : d'où venait la voix ?
Lentement, elle s'était relevée et avait tendu la tête. Personne à gauche. Personne à droite. Personne. Le couloir était vide. Elle s'était alors dit que c'était son imagination, mais elle avait à nouveau douté quand la voix avait resurgi. Elle avait alors levé la tête et avait compris. La voix venait du tableau face à elle ! Mais oui ! Les personnages présents lui faisaient de grands signes, c'étaient eux qui l'interpellaient depuis tout ce temps ! Elle s'était levée avec peine, et avait marché vers le tableau.
Une véritable famille y habitait ! Des enfants, au moins trois, une dame -sûrement la mère- avec un bébé dans les bras, deux personnes âgées et deux hommes, d'à peu près la quarantaine. Le tableau n'était pas grand, il devait faire la taille de deux feuilles de papier normales. La famille était toute petite, ils faisaient environ tous la taille d'une poupée. Le fond était terne, sans décor, juste du marron dégradé. En les voyant Louise eu de la peine pour ces pauvres gens. Comment était-ce, la vie dans un tableau ? Pouvaient-ils voyager ? Étaient-ils prisonniers de leur cadre ? Au moins, ils n'étaient pas seuls. Ils étaient entourés de leur famille, contrairement à elle...
L'un des deux hommes avait commencé à parler, mais Louise percevait leurs voix comme des chuchotements. Ne comprenant pas ce qu'il lui disait, elle lui expliqua qu'elle s'était perdue et qu'elle cherchait le chemin du dortoir des Poufsouffle. Ils se regardèrent un instant, puis firent des gestes mimiques, lui indiquant le sous sol, puis la gauche, et mimant ce qui faisait penser à la cuisine. Elle avait alors compris alors que le dortoir était près des cuisines, dans le sous-sol.
Elle s'était mis à marcher vers l'escalier menant aux cuisines en songeant à sa maison. Elle n'aimait toujours pas le fait d'être envoyée dans une maison aussi banale que Poufsouffle. Elle trouvait que c'était là où on envoyait les autres, qui ne correspondaient pas aux autres maisons, une sorte de déchetterie, sans vraiment de classe attitrée. Les dortoirs le prouvaient bien ! Son cœur s'était soudainement serré en songeant qu'au sous-sol, il n'y aurait sûrement pas de fenêtres, autrement dit elle ne verrait pas les étoiles. Elles qui étaient toujours là à veiller sur elle, elle ne pourrait plus voir leur douce lumière réconfortante dans le firmament.
Alors qu'elle se trouvait là sous la douche de sa chambre, elle se dit que Mcgonagall ne l'avait vraiment pas aidée. D'abord elle l'avait laissée se perdre dans les couloirs en sachant très bien qu'elle ignorait la direction des dortoirs, ensuite si jamais elle parvenait à la porte du dortoir elle savait que Louise ignorait également le mot pas passe ! Heureusement, elle était tombée sur ce fantôme, un homme gras avec des vêtements en lambeaux, qui disait être l'esprit attitré de sa maison. Il lui avait alors gentiment donné le mot de passe, et Louise avait pu entrer sans problème.
Finalement, elle était tombé sur des personnes bien agréables. Le professeur Lupin, les habitants du tableau, le fantôme gras, elle n'aurait jamais imaginé qu'il existait des personnes comme ça. Des humains capables d'aider sans rien en retour. Bien sûr, elles ne lui avaient pas sauvé la vie, mais ces petits gestes lui procuraient une sensation agréable. Ils l'avaient secourue alors qu'elle devait paraître ridicule. Ils auraient pu la laisser là bêtement, mais au lieu de ça ils l'avaient aidée, sans rien en retour.
C'était comme James, après tout. Il l'avait sauvée sans rien en retour. Elle était même un inconvénient pour lui, quand on y réfléchissait bien. L'hôtel, la nourriture, les affaires scolaires, tout ça c'était James qui avait dû s'en occuper. Mais est-ce que l'amour qu'il éprouvait pour elle compensait ? Elle l'espérerait. Elle se passa de l'eau sur le visage, songeant à l'auror. Que faisait-il en ce moment ? Pensait-il à elle ? Ou l'avait-il au moins fait pendant la journée ? Elle l'espérait aussi. Maintenant il devait être rentré chez lui, à nouveau seul, tout comme elle. Il lui manquait affreusement, et elle espérait légèrement que se soit le cas de son coté. Après tout elle ne voulait pas qu'il soit triste, mais si c'était pour le fait qu'elle soit loin de lui ce n'était pas vraiment la même chose. Cela voudrait dire qu'il tenait à elle. Et ça, elle le souhaitait plus que tout.
Elle sortit de la douche et revêtit un pyjama neuf, acheté la veille avec James. Un détail qui la rendit encore plus frustrée. Elle se laissa tomber sur son lit, dont la couverture semblait très épaisse. La chambre comportait trois lits à baldaquins, dont elle avait déjà rencontré les occupants. Deux filles, troisièmes années comme elle, qui semblaient se connaitre telles de grandes amies, ce qui laissait Louise à l'écart. L'une avait des longs cheveux auburns coiffés en une natte parfaite, des joues rebondies et un visage rougi par des taches de rousseurs.
L'autre jeune fille était blonde comme le maïs, et avait un teint rose. A côté d'elle, Louise paraissait blanche comme un mort. Les cheveux blonds de la jeune maledictus viraient certes au brun, mais ils paraissaient cependant très décolorés. Les deux amies avaient bavardé tout le long de la soirée en rangeant leurs affaires, permettant à Louise de se renseigner discrètement sur elles. La plus brune semblait douce mais très timide, un peu comme Louise, et se nommait Susan. Son amie quant à elle avait paru anxieuse tout le long de la conversation, et Louise avait réussi à comprendre qu'elle s'appelait Hannah de justesse.
Elles s'étaient couchées après avoir rangé leurs affaires, sans parler à Louise. Ce n'était pas plus mal, elle ne voulait pas se faire des amis dès le premier jour. En faite, elle ne voulait pas se faire d'amis du tout.
Louise se recroquevilla lentement au dessus de la couette, entourant ses bras autour de ses jambes repliées, posant sa tête de profil sur l'oreiller. Elle s'était trompée, la chambre disposait de fenêtres. Toutes petites et rondes, certes, mais c'était déjà ça. De plus la pièce semblait baignée de lumière, surement dû au fait du jaune présent sur presque tous les meubles. La luminosité lui plaisait, l'obscurité n'étant pas sa meilleure amie.
Louise n'était cependant pas très fan de la couleur, elle préférait ce qui était bleu. Bleu foncé, comme le ciel où brillent les étoiles, bleu clair, comme les yeux de James semblables aux siens, bleu marine, comme la mer qu'elle avait vue une fois dans sa vie. Elle aurait certainement préféré être à Serdaigle, où le bleu était présent partout. Mais si le Choixpeau l'avait envoyé ici, il y avait bien une raison non ? Depuis qu'il l'y avait attribuée, elle avait passé presque tout son temps à énumérer les points négatifs de cette maison. Mais peut-être qu'elle n'était pas si mal ? Peut-être était-ce seulement une Maison oubliée, dont on ne savait pas grande chose, un peu comme elle en fin de compte, mais qui cachait d'immenses secrets. Oui, en y réfléchissant bien, Louise ressemblait parfaitement à sa maison. Secrète, oubliée, mais peut-être avec des trésors cachés.
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𝐌𝐀𝐋𝐄𝐃𝐈𝐂𝐓𝐔𝐒 ── 𝖜𝖎𝖟𝖆𝖗𝖉𝖎𝖓𝖌 𝖜𝖔𝖗𝖑𝖉
Fanfiction❝ 𝐉𝐄 𝐍𝐄 𝐒𝐔𝐈𝐒 𝐐𝐔'𝐔𝐍 𝐌𝐎𝐍𝐒𝐓𝐑𝐄 ❞ ─ 𝐥𝐨𝐮𝐢𝐬𝐞. Louise a toujours détesté ce qu'elle était. Depuis sa tendre enfance, la jeune fille est maltraitée pour sa malédiction de sang qui l'oblige à se transformer en animal involontairement...
